Pour le mois à venir le programme est assez simple : se reposer, refaire le plein de rhum, recevoir Florent et sa petite famille pour une virée en Guadeloupe et se préparer à transater.
C'est avec un pincement au cœur que nous quittons Saint-Martin ce 2 mai au matin. Nous ne reviendrons pas de sitôt dans ces eaux chaudes et colorées des tropiques que nous aimons tant.
D'un autre côté on est tout heureux de rentrer après presque 4 années de vagabondage sur les mers du globe.
Nous entamons notre dernière traversée océanique du voyage, mais pas la plus facile. Sur ce trajet, finis les alizés. On rentre avec les dépressions qui courent d'Ouest en Est. Vous savez celles qui font les tempêtes en Bretagne et une tramontane ou un mistral bien soutenu chez nous.
vient le moment de faire de l'Est. Là les choses se corsent.
Ce sont les vents des dépressions qui nous poussent accompagnés de petits fronts de précipitation. En même temps la température baisse. Terminé les quarts de nuits en short/tee-shirt dans le cockpit. On a ressorti les bonnets, les cirés et la couette pour celui qui dort dans la couchette.
La mer commence a être bien agitée et Ilovent joue aux montagnes russes.
400MN avant l'arrivée aux Açores, une grosse dépression est annoncée sur notre parcours. Affronter 40 nœuds de vent et jouer les héros ne nous enchantent guère, nous faisons donc un bon crochet vers le sud pour l'éviter (On redescend à la latitude de Madère tout de même !).
Nous profitons de cette escale pour découvrir les Açores. L'accord du vert et du bleu nous rappelle la Nouvelle-Zélande que nous avons tant aimé.
Un jour de grand soleil, nous faisons le tour de l'île en voiture et on tombe littéralement sous le charme de cette île.
C'est précipitamment que nous partons de La Horta le 2 juin.
La veille un coup de vent annoncé a fait dérapé l'ancre de 2 bateaux qui étaient devant nous au mouillage. Le premier ayant embarqué celui juste derrière lui comme un jeu de domino. Il s'en est fallu de peu que nous soyons le 3eme domino.
Un autre coup de vent est annoncé pour le surlendemain. Beaucoup plus costaud que celui-ci. On prend alors la décision de partir pour se réfugier à la marina de Sao Miguel, l'île voisine. On part donc en mode fuite devant la dépression annoncée sur les Açores. Et on fait si bien qu'on arrive à la marina sur le coup de 3 heures du matin. Pas vraiment une heure pour s'arrêter. Du coup on se dit : autant continuer jusqu'à Gibraltar.
Notre routeur n'est pas chaud-chaud. C'est lui qui nous accompagne depuis la terre sur les grosses traversées. Il est vrai que la fenêtre météo n'est pas parfaitement idéale. Voici ce que je lui écris pour le convaincre que nous continuons en connaissance de cause : "nous sommes conscients qu'après la dép, nous devrons gérer les calmes de l'anticyclone, puis les alizés portugais bien soutenus et éviter de se faire attaquer par les orques".
Tout un programme !
Puis la météo s'emballe. Les rafales annoncées à 25-30 nœuds deviennent une constante. On prends 3 ris dans la grand-voile et on laisse un petit bout de solent. Cette configuration nous permet de continuer à faire de l'Est vers Gibraltar.
Mais au bout de 24 heures, la mer devient difficilement maniable. Les creux atteignent 2.50 m et sont très rapprochés (7 secondes). ça commence à devenir casse-bateau. Pas le choix, il faut faire du sud pour amortir les à-coups de la houle. (décidément ça devient une habitude !)
On se fait secouer comme des pruniers. A bord difficile de se faire à manger ou de prendre une douche. On restera une soixantaine d'heures en mode "survie". Enfin le vent se calme. On est près de la côte marocaine entre Rabat et Casablanca. Il est temps de remonter vers Gibraltar. Avec 15-20 nœuds de vent au portant c'est le rêve.
Malheureusement à 80 MN de l'arrivée sur le coup de 22 heures, on se retrouve "piégés" dans une véritable toile d'araignée de filets de pêcheurs, étalée sur des kilomètres. Bien sûr ce qui devait arriver, arriva : un filet se prend dans l'hélice bâbord. Par chance, les safrans et l'hélice tribord sont libres.
On passe le rail des cargos avec un seul moteur et le solent et de nuit bien sûr sinon c'est trop facile.
On se dit qu'avec la chance que l'on a, il ne nous manque plus que l'attaque des orques. On sait qu'ils sont dans le coin. On choisit de suivre la bordure nord du rail des cargos en se disant que les orques ne nous repèrerons peut-être pas près des gros tankers.
Bonne stratégie ou pas ? C'est avec soulagement qu'au petit matin on coupe le cap d'Algésiras pour entrer dans la baie de Gibraltar sans avoir croisé les épaulards.
Voilà ! Nous avons fait le tour du monde en voilier.
On ne sait pas trop si on doit rire ou pleurer. Ce qui est sûr c'est qu'on est heureux, fiers et exténués.
Un tour du monde ça se mérite jusqu'au bout !