Ce village a rayonné grâce au thermalisme développé au XIXe, et fut un lieu de villégiature de la bourgeoisie de Turku. Aujourd’hui, avec ses maisons en bois préservées, c’est une destination de séjour touristique. Simplement la différence avec la France et les pays de l’ouest de l’Europe, c’est que nous vivons ici l’antithèse du surtourisme. Nous nous sentons bien partout dans ce lieu réputé, mais parfaitement serein.
Tranquille. Presque trop ? C’est une question. Même en ville, le climat humain est détendu. Nous n’avons jamais vu d’insultes ou d’altercations entre Finlandais. Aucune tension dans l’air. Il doit y en avoir bien sûr, de la tension, mais elle n’est absolument pas apparente.
Nous avons fait quelques mauvaises manœuvres à certains carrefours, nous orientant mal dans ces villes entièrement nouvelles pour nous, et tous se sont arrêtés sans klaxonner. Nous l’éprouvons comme une bienheureuse anomalie : en France nous aurions déjà reçu plusieurs bordées d’injures.
Petit aparté à propos de la protection sociale en Finlande et de la qualité de vie. Ce n’est pas pour rien qu’elle est souvent citée comme une des premières nations d’Europe pour la protection de ses habitants. Couverture santé universelle, éducation gratuite jusqu’à l’enseignement supérieur et assez peu coûteuse au-delà, congés parentaux importants, soutien aux familles avec jeunes enfants, ainsi qu’à la vieillesse. Ils font la course en tête dans les pays scandinaves qui sont en général très avancés. Les impôts, assez élevés en Finlande, servent à cela. La difficulté majeure actuellement est le vieillissement de la population qui fait monter fortement les coûts et pose des problèmes de déficit public. Actuellement la politique est une politique de droite conservatrice. Elle baisse les impôts et rabote les budgets publics, mais l’activité repart mollement : les exportations de la Finlande étant relativement faibles, il faut compter sur la consommation intérieure, mais les budgets des ménages ont baissé avec la réduction des soutiens sociaux. Le serpent se mord donc la queue. Si vous ajoutez l’explosion des budgets militaires avec la menace que la Russie de Poutine fait peser sur la Finlande, il n’est plus nécessaire d’en dire davantage sur les sources de problèmes pour la société finlandaise.
Il y en a plus de 3 millions pour 5 millions d’habitants !
C’est un équivalent du café chez nous : on y vient discuter et se détendre au terme de sa journée.
Mais en sortant de l’église, nous apprenons d’une habitante que c’est aujourd’hui la fête annuelle de l’île et que c’est à deux kilomètres de là où nous sommes. Ni une ni deux nous y faisons un tour. D’autant plus que l’heure du déjeuner a sonné.
Le père du compagnon de Stina est né aux Etats-Unis en 1924 et il est venu en Finlande avec ses parents en 1934 (c’est notable car le chemin ordinaire à l’époque était plutôt inverse). Cet homme est donc un Finlandais à l’ascendance américaine ; et il nous dit qu’il est heureux de ne pas être Américain.
L’hiver l’île de Norskatta compte 60 habitants. L’été, un peu plus de 1000. Outre les habitants actuels et d’autrefois, des gens de Turku ou d’Helsinki y ont également fait construire une résidence secondaire.
Entrons donc la visiter.
Alors en route pour Nagu !
La Finlande n’en possède pas moins quelques industries lourdes, telle Nordkalk. Grosse entreprise, aujourd’hui multinationale, de production de chaux et de calcaire créée en 1898 et dont le « grand homme » fut Emil Sarlin, engagé en 1904, ingénieur et directeur général durant 50 ans. Il donna son envergure internationale à la boîte. Mais en développant fortement l’axe du ciment, il a modernisé nos sociétés et accru la production de gaz à effet de serre (la production de ciment en est un des plus gros responsables).
L’archipel de Turku n’a pas volé sa réputation. Et au moment de le quitter ce dimanche 12 juillet au soir, nous constatons que nous avons bien vécu 4 jours de dolce vita.