Moins de 600 MN séparent les deux îles. A l'échelle d'un tour du monde, cette distance c'est pas grand chose. Pourtant elle restera pour moi une des traversée les plus stressantes.
4 jours de traversée c'est rapide, mais la fenêtre météo est courte car un front venant du sud s'approche. Nous avons juste le temps de passer. C'est donc un petit peu préoccupé par le timing que nous envisageons le départ. En partant le 22 bon matin ça devrait le faire.
Mais les autorités indonésiennes en rajoutent en nous faisant attendre jusqu'à 16h pour nous donner notre clearance de sortie. C'est donc seulement en fin d'après-midi que nous prenons la mer.
Nos amis du voilier Essentiel sont avec nous et nous naviguerons ensemble pour un bout de temps car nous avons le même programme au moins jusqu'en Afrique du Sud.
Conclusion : grâce à tout ces contretemps, on se prendra 35 noeuds pendant 48 heures, une arrivée de nuit à Christmas et des ronds dans l'eau devant l'île jusqu'au lever du jour sous la pluie car le maître de port nous interdit de rentrer de nuit.
"Mais que diable sommes nous venus faire en cette galère !"
Heureusement l'Ile de christmas se révèlera très accueillante. Mentalité australienne oblige ...
Pour une fois une traversée sans histoire et bien ventée donc rapide.
A l'arrivée les eaux turquoises des Keelings sont éblouissantes et inattendues. On se croirait en Polynésie.
On voit arriver un matin un petit proto de course de 5.80m de long.
C'est celui de Renaud qui est le premier de la Mini Ocean Globe Race. Quelques heures plus tard arrivera Dan le second.
Ils font le tour du monde en course en solitaire sur des mini bateaux.
Y'a des plus fous que nous !
Si vous voulez suivre la course : https://minigloberace.com/results/#leg2.5
Cette fois-ci on va traverser l'Indien pour de bon. Une dépression se forme au nord des Cocos. Soit on part avant, soit on attend plus de 10 jours et on part après. On opte pour la première option. On ne sait pas encore que cette dep va nous faire bien cavaler !
Nous filons entre 8 et 11 nds sur une mer agitée d'une double houle Sud et Est de 3 m.
Nous avons quittés les Coco Keelings le 8 septembre. Et nous naviguons coincés entre une dépression qui se forme au nord de notre parcours et des alizés très soutenus 25-30 noeuds qui remontent du Sud-Est.
Depuis le départ la houle croisée nous secoue comme des pruniers. La mer est grise presque lugubre.
Chaque jour qui passe, la météo empire.
La dépression qui devait descendre dernière nous fait finalement route vers l'ouest (comme nous).
Les alizés sont vraiment fort et lèvent une mer déchainée.
Pour calmer le jeu, notre routeur Bob nous conseille de remonter vers le NW. Nous sommes plus portant et la vie quotidienne redevient un peu plus facile.
Mais nous sommes toujours en mode activités minimum : manger, dormir, lire et écrans.
Impossible de faire des jeux de société, d'écrire mon blog ni même de faire un scrabble sur le téléphone : le cerveau est en mode survie sinon c'est mal de mer assuré.
Quand les emm... volent en escadrille !
A 650 milles nautiques de Rodrigues, sur le coup d'une heure du matin en allumant le moteur tribord pour prendre un ris supplémentaire, celui-ci se met à caler.
J'aperçois alors sur notre tribord une bouée ronde fluo rose de 80 cm de diamètre, au moins, collée à notre coque.
C'était tellement inattendu que je n'arrivai pas à dire à JC ce que je voyais. Je lui répétais :" il faut que tu viennes voir, il faut que tu viennes voir..."
Une analyse rapide nous indique que les bouts accrochés à cette bouée font à peu près 5cm de diamètre et qu'ils empêchent le safran bâbord de bouger. Constat : nous avons pris dans notre safran une partie de ces énormes filets dérivants qu'utilisent les bateaux de pêche industriels.
nous ne sommes donc plus manœuvrant. Autour de nous c'est la furie, 28 nœuds, nuit noire tellement c'est nuageux, paquets de mer qui nous tombent dessus et vagues de 2,50 m. Pour la première fois depuis 4 ans de navigation je flippe vraiment. Et nous sommes au milieu de l'Océan Indien donc autant dire au milieu de nulle part. Pas la peine de demander du secours.
Plusieurs tentatives pour débloquer ce bout sont infructueuses et nous le mettons en "stand by/sécurité" en se disant qu'on plongera demain matin quand il fera jour.
Tout est bien qui finit bien !
En attendant, afin de rendre le bateau un peu manœuvrant JC descend dans la cale moteur pour désolidariser les safrans (Vive les catas où il y a 2 moteurs et 2 safrans). Nous remettons en route et avançons à 4 nœuds à peu près dans la bonne direction.
Jean-Charles part se coucher puisque c'est moi qui suis de quart. 10 mn après il remonte prit d'un doute : il souhaite vérifier que nous n'avons pas de voie d'eau dans la cale.
Et là ... MIRACLE ! La bouée s'est dégagée toute seule. Elle traîne 30 m derrière nous, accrochée au bateau puisque nous l'avions sécurisée.
Ne voulant pas que la même mésaventure arrive à un autre bateau nous souhaitons remonter tout le dispositif mais nous renonçons car c'est trop lourd. Nous couperons le bout au ras de la bouée.
Celle ci promène donc toujours ses rondeurs roses fluos sur l'océan Indien mais ne pourra plus s'emberlificoter dans les bateaux de passage.
A 3 heures du matin, JC resolidarise les deux safrans et nous repartons.
Nous continuons toujours vers l'ouest pour fuir le mauvais temps, mais notre destination c'est Rodrigues. Au sud-ouest de l'océan Indien. Après trois jours de fuite, on descend vers le sud et on se retrouve travers au vent. Les vagues sont croisées et atteignent jusqu'à 4 m. Et Ilovent file a des vitesses folles et des surfs à 16 nœuds.
En débarquant à Port Mathurin, nous nous retrouvons déjà un peu en Afrique. C'est très peu touristique et le port est un port de commerce. Il n'y a pas de marina pour les plaisanciers. Seuls quelques dizaines de bateaux de voyage s'arrêtent ici chaque année.
Le port est assez petit, aussi nous sommes obligés de sortir du port à chaque fois qu'un cargo de ravitaillement arrive dans l'île.
Les formulaires d'entrée sont aussi fait pour ces gros bateaux. Nous remplirons environs 50 pages de formulaire pour les formalités d'entrée et de sortie : record mondial de paperasse battu !
Une fois à terre les habitants se révèlent souriants et avenants. Curieux et étonnés que nous arrivions de France sur un bateau à voile et avec seulement Jean-Charles et moi à bord pour le manœuvrer.
Anse Mourouk : spot de kitesurf mondialement connu
Entraînés par nos amis d'Essentiel, kite-surfeurs invétérés, nous partons mouiller dans le lagon de l'anse Mourouk. L'entrée de la passe est impressionnante mais on entre dans le lagon sans difficulté.
Un peu de tourisme sur une île authentique
Sans grande difficulté ni mauvaise conditions, cette traversée aurait dû se passer sans incident. Mais comme en ce moment on les accumule …
A mi-parcours, alors que nous sommes au portant dans un bon 25 nœuds avec une houle de 2 m bien formée (et dans une nuit sans lune comme d'hab'), la drisse de la grande voile se casse en haut du mât. La voile descend sans trop de bruit et va se coincer dans les bas-haubans. Après avoir étudié toutes les solutions possibles la faire descendre depuis le pont, on se résoud à accepter qu'il faut monter au mât.
Me voilà donc à une heure du matin, assise sur ma chaise de calfat à 7 m du pont, forçant pour décoincer cette pu... de latte de grand-voile.
L'exercice est épuisant car il faut se tenir avec jambes et bras pour ne pas se faire cogner contre le mât et soulever la voile pour la sortir du hauban dans lequel elle est prise. Après 1/2 heure d'efforts, j'ai réussi à dégager 20cm de toile mais 5 cm sont encore bloqués. Je n'en peux plus. Mes muscles sont tétanisés. Jean-Charles me redescend et monte à son tour. Il dégage les 5 cm restant en moins de 20 mn mais avec un effort aussi épuisant que le mien.
On refait une drisse de fortune avec la balancine et nous repartons.
Nous sommes éreintés et j'ai à ce moment là une pensée émue pour tous ceux qui ont réalisée cet exploit en solitaire et dans les quarantièmes lors des courses au large.
Une île contrastée entre richesse et pauvreté, nature sauvage et tourisme de masse.