Avant de vous raconter notre journée à Phnom Penh, je voudrais une fois encore vous raconter une histoire.
Celle ci nous a été racontée par un monsieur croisé lors d'une de nos balades, et qui nous a fait ce récit:
Ce monsieur trouvait que rien ne se passait bien dans sa vie, ses choix conduisaient à des catastrophes, il ratait tout, et quand il n'était pas malade il se blessait. Pourtant il faisait toujours le même rêve, un singe venait lui parler et lui décrivait avec précision le tatouage de serpent qu'il devait se faire faire, pour être sous la protection de l'esprit .
Un jour, où en préparant le repas il se blessa une fois de plus, ce fût la fois de trop, et il partit chez le tatoueur. Il lui expliqua en détails le tatouage qu'il désirait, et au fil des jours , reprenant confiance en lui en pensant être sous la protection de l'esprit du serpent, sa vie s'améliora un peu plus chaque jour.
Devenu guide touristique, un jour qu'il emmenait un groupe faire un trek dans les montagnes, loin de chez lui près de la frontière avec le Laos, il fit une pause assis sur un tronc. Un homme sorti de la forêt, et vint s'assoir près de lui. Il lui demanda comment allait sa vie, et comme notre homme étonné lui répondait que tout allait bien, le visiteur lui répondit qu'il avait fait le bon choix, puis il se leva et reprit son chemin.
Le guide est encore aujourd'hui persuadé que l'inconnu croisé était l'esprit du serpent venu le saluer.
Cette histoire, racontée par le guide que nous avons croisé lors d'une balade, montre la spiritualité des Cambodgiens. En grande majorité bouddhistes, ils gardent en eux les traces de la lointaine religion animiste de leurs ancêtres, et il ya devant presque chaque maison, magasin, hôtel ou restaurant, un autel dédié aux esprits du lieu et des ancêtres.
Notre journée commence par une balade en cyclopousse à travers les rues de la ville, pour arriver ensuite au Palais Royal.
Les cyclopousses sont mis en place par une association, qui offre ainsi à des agriculteurs, qui n'ont pas de travail durant la saison sèche ( qui est aussi la saison touristique) un complément de revenus. Cette balade nous plonge au cœur de la circulation totalement folle de la ville, mais nous offre également une immersion que l'on ne peut pas avoir derrière les vitres d'une voiture ( oubliez la marcha à pieds, il n'y a pas de trottoirs et la circulation est folle !)
Une fois arrivés au Palais Royal, nous visiterons la salle du trône, et ses différents trônes, apparat, cérémoniel et "quotidien", nous approcherons des différents pavillons utilisés par la famille royale, et nous visiterons également la Pagode d'Argent, ainsi appelée car le sol est recouvert de dalles d'argent de 1kg chacune, soit au total 50 tonnes d'argent. Sans compter le Bouddha en or massif de 90 kg, qui trône au fond du temple. Ce Bouddha a été réalisé avec la taille et le poids du roi Norodom.
Malheureusement il est interdit de prendre des photos dans les salles, nous avons du nous contenter des extérieurs qui sont déjà très beaux!
En 1342, à l'emplacement de la capitale actuelle du Cambodge, n'existait qu'un village de pêcheurs sur les rives du Mekong.
Pendant la saison des pluies, alors que le fleuve était en crue et envahissait tout autour, une femme nommée Mme Penh, vit un tronc tournoyer dans le courant, elle trouvait étrange que ce tronc reste là à tourner, alors que le courant aurait dû l'emporter au loin.
Elle réussi à l'attraper avec beaucoup de mal, et étonnée découvrit à l'intérieur quatre statuettes de Bouddha. Elle décida pour les protéger, de réunir les villageois et à eux tous ils construisirent une colline au sommet de laquelle ils bâtirent un petit temple pour y vénérer les statues.
La ville actuelle se nomme Phnom Penh, ce qui veut juste dire " la colline de Mme Penh" .
La colline existe toujours, les statuettes ont disparues , mais un autre temple a remplacé le premier, et est rempli de statues de Bouddha, et de Mme Penh, et ici on vient vénérer Bouddha, et demander la protection de Mme Penh .
Il existe plusieurs marchés à Phnom Penh, mais le plus connu est le marché russe. Rien de russe à vendre, mais dans les années 60, quand le pays était tourné vers l'Est, de nombreux Russes vivaient ici, et c'était leur endroit préféré, le nom est resté.
On y trouve de tout, des bijoux, des fringues, de la quincaillerie, de l'alimentation, et même des moteurs de moto ou de camion, et toutes sortes de marchandises !
On l'a bien exploré, et croyez moi ça vaut le détour!
De 1975 à 1979, les Khmers Rouges, dirigés par Pol Pot et ses complices, tuèrent près de la moitié de la population cambodgienne, 3 millions sur 7 millions d'habitants.
Quand ils arrivèrent dans la ville de Phnom Penh, alors que le pays était plongé dans une guerre civile qui durait depuis 4 ans, ils furent accueillis en libérateurs par une foule en liesse qui pensait la paix enfin revenue.
48h plus tard, ils vidaient la ville de ses habitants, commencèrent pas exécuter tous les supposés "intellectuels", ce terme recouvrant les fonctionnaires, les instituteurs, les commerçants et les médecins.
Le reste de la population fut déportée pour être envoyée dans des camps de concentration, où ils mourraient à la tâche, utilisé pour du travail de force, aussi bien les hommes que les femmes ou les enfants, nourris d'un bouillon clair trois fois par jour.
Aujourd'hui notre visite concernait la sinistre prison S21, anciennement un lycée, transformé en centre d'interrogatoire et de torture par le régime. Environ 20 000 personnes franchirent ses portes, seules 11, 7 hommes et 4 enfants , les franchirent vivants dans l'autre sens. Tous les autres furent abattus sur place, moururent sous la torture, où furent envoyés sur un site distant de 14 km, où ils étaient exécutés et jetés dans des charniers.
Aujourd'hui le gouvernement recense plus de 80 000 charniers sur le territoire du pays, et on ne peut pas recenser ceux qui existèrent au cœur des forets. Notre guide nous expliquait que son oncle et sa tante, arrêtés un jour, ont disparus et leurs corps n'ont jamais été retrouvés.
Dans ce lycée, les prisonniers étaient enfermés dans deux types de cellules, dans les premières, ils étaient attachés par des chaînes sur un lit en métal, sur lesquels ils étaient torturés, frappés, on les laissait dans leurs déjections pour les déshumaniser.
Les autres étaient enchainés dans des cellules de 1m de large sur 2 de long, ils n'étaient extraits de leurs cellules que pour rejoindre la salle d'interrogatoire et de torture voisine. Le règlement complètement délirant interdisait aux prisonniers de pleurer ou de crier durant les séances de torture!
Les salles sont restées en l'état, et certaines ont été aménagées pour recevoir des photos des prisonniers, et des photos des découvertes macabres à la fin du régime. J'ai choisi de ne pas photographier les images les plus dures, les plus violentes, celles qui m'ont profondément marquées.
Mais aujourd'hui, quand dans les rues je croise tous ces cambodgiens, qui sourient pour rien, juste pour le plaisir, quand je vois la gentillesse de tous ces gens que je ne verrais que quelques minutes dans ma vie, et quand je vois la vie incroyable qui palpite dans les rues de la ville, je me dis que si on cherche une définition de la résilience, il faut venir ici!