Jour 10 - En allant au Lac Titikaka

Publiée le 28/09/2019
On quitte cette Amazonie surprenante, nous changeons de paysage pour le Lac Titicaca.

Nous prenons un taxi à 6.30, qui nous amène à un terminal de bus dans la Paz où se font les allers-retours pour le lac Titikaka. Avec pour seul petit déjeuner des cookies achetés à l’arrêt de bus, nous partons pour 4h de route en direction de notre premier arrêt, Copacabana. C’est là que se trouve l’agence qui organise notre court séjour (petite anecdote, ici les cookies s’appellent « kuky »...). Pendant ces 4h de trajet, nous devrons descendre du bus pour traverser le lac : les voyageurs en bateau, le bus sur une barge. La traversée dure 15 min, après quoi nous reprenons la route pour Copacabana, oú nous arrivons à 11.30. Une jeune fille à l’agence nous attend, nous enregistrons notre voyage et elle nous propose de manger dans un restaurant pas loin, celui de son frère (repas compris dans le prix du séjour). A Copacabana, il y a du monde. Beaucoup de restaurants et de la musique à chaque coin de rue. Seulement le restaurant du frère est le seul vide et sans musique. Qu’à cela ne tienne, on s’installe en terrasse pour profiter du soleil et de la musique du restaurant voisin. Il fait chaud et la soupe au quinola qui nous est servie est bonne. De même que la truite et ses petits légumes. Nous terminons à peine notre repas que le taxi nous attends déjà, pour nous amener à l’embarcation qui nous amènera ensuite au nord de l’île où se trouve notre auberge. Cela fait beaucoup de trajet pour un tout petit bout d’île ! Mais c’est la partie la moins touristique, nous serons donc seules au monde avec notre guide dans un village peuplé de 3000 habitants, de moutons, de vaches, de chiens. 


Effectivement, lorsque nous arrivons à quai au village, personne. L’eau est marine et turquoise, des bateaux à moteur sont amarrés à des pontons en bois plus ou moins stables, l’île tombe à pic dans l’eau avec d’un côté des falaises rocheuses arides et de l’autre un profil de terrasses vertes clairsemées de maisons. Nous avançons sur le ponton jusqu’à la rive et deux hommes accoudés à un portail nous accueillent d’une voix timide. Ils nous mènent à l’auberge, 200m plus loin au bord du lac. En chemin, nous rencontrons Franco, notre guide. Un quinquagénaire mince et buriné, aux cheveux raides et noirs sous un chapeau type panama en feutre bleu marine impeccable. Il porte un pantalon de costume en laine bleue marine, une chemise épaisse bleue aussi et un gilet sans manches marron, avec des chaussures solides noires. Un peu voûtée, sa silhouette ressemble à celle d’un vieux voyageur au style colonial au milieu de ce paysage quasi méditerranéen.


Une fois nos affaires posées dans la chambre - qui est propre et confortable - nous partons avec Franco pour une balade dans l’île. Ce que nous ne savons pas à ce moment-là, c’est que nous attaquons une randonnée de 4h à 3865m d’altitude, qui passera au sommet de l’île à 4000m. Ok pour la randonnée, j’en ai pris mon parti, mais il fait quand même très chaud et à cette altitude, nous avançons au ralenti. Nous longeons le lac et grimpons dans la montagne, passant les unes après les autres 3 des 7 portes incas qui balisaient le chemin jusqu’au temple du soleil Chinkana au sommet de la montagne. Nous apprenons d’ailleurs que « Titi » signifie Puma et « Kharkha » roche. Initialement « Titikharkha », la déformation du langage a ensuite donné « Titikaka». Cette balade est superbe : le paysage rocailleux, la végétation sèche, les eucalyptus plantés partout à flan de montagne, le lac en camaïeux de bleus qui s’étire en plage de sable blanc devant les habitations en terre cuite ; tout est paisible, calme, l’air est frais et pur et la Cordillère Royale en fond de lac pose le décor d’une vraie bulle de tranquillité.

Nous avançons lentement jusqu’à la « bouche du Puma », cette roche jaune sacrée la plus importante au monde, selon notre guide. Posée comme une crête au sommet de la montagne, à quelques mètres du temple du soleil, elle serait l’origine de la naissance du dieu soleil. Elle se divise en deux : à droite, deux fentes horizontales représentent la bouche du soleil et la bouche de la lune. A gauche, un énorme trou dans la roche jaune représente la bouche d’un Puma couché regardant vers le coucher de soleil. Devant la roche, une table de pierre entourée de douze assises cubiques taillées dans la roche. Autour de ce premier cercle, 4 autres pierres situent les quartes points cardinaux. Il s’agit là d’un lieu de rituel sacrificiel, en hommage au soleil, à la lune et au Puma. Au temps des incas, les plus belles filles étaient achetées ou enlevées à leurs parents dès leur petite enfance pour être éduquées (Cuisine, couture...) et endoctrinées par les prêtres locaux. Le jour de leur 18 ans, ces jeunes filles encore vierges étaient amenées sur la montagne et le cœur leur était arraché sur la table de pierre pour en faire offrande à ces trois divinités. La roche était ainsi arrosée de sang chaud, avec lequel on faisait des dessins en mémoire du sacrifice. A quelques centaines de mètres du rocher du Puma, un cimetière d’ossements a été retrouvé par des archéologues.

Plus loin, nous slalomons entre les restes du temple jusqu’à une petite source d’eau. Intarissable au milieu de ce décor sec, il s’agirait d’une eau sacrée. Notre guide nous demande de nous tremper les mains et le visage mais aussi d’en boire une gorgée. Je m’y risque mais Héloïse ne veut pas boire : on verra demain si j’ai eu tort...

Nous redescendons tranquillement cette route sinueuse et caillouteuse, jusqu’à l’auberge. Sur le retour, deux moutons nous ouvrent la marche. Le soleil a tourné et le vent se lève, il fait frais et il nous tarde de rentrer nous reposer. N’oublions pas que nous nous sommes couchées à 1.00 du matin, levées à 6.00. Un peu de repos ne sera pas de refus ! Cela tombe bien, Franco nous indique que le repas sera à 20h, puis nous donne les branches d’une plante qu’il vient de cueillir et qui sent la menthe ; il s’agit de la Mounia : on demandera au cuisinier de nous en faire une infusion, il parait que ça traite les maux de têtes et d’estomac dûs à l’altitude. Tout va bien mais on ne sait jamais, puisque j’ai bu l’eau sacrée...

Il est 18h, nous avons donc le temps de nous reposer avant le repas. Héloïse prend une douche, puis nous allons manger. Il fait nuit, pas un chat dehors, un vent incroyable souffle depuis le lac et le bruit des vagues qui déferlent sur le sable créent un décor digne du film Shutter Island. Tout emmitouflé dans un gros manteau, avec des gants et un bonnet , l’homme qui tient la petite auberge dans laquelle nous dormons apparaît et nous accompagne pour nous montrer le chemin ; il nous laisse sur le seuil du restaurant et repars chez lui au milieu des bourrasques qui ne se calment pas. Nous aurons une soupe au quinola comme ils en ont le secret et une truite saumonée grillée accompagnée de riz et de légumes ; le repas est copieux. Nous sommes seules dans ce restaurant, unique lieu éclairé au milieu du village, les façades ouvertes aux quatre vents devant le lac et ses pontons, auxquels sont accrochés des petits bateaux que nous ne voyons pas tant la nuit est noire. Nous avions été prévenues que l’endroit n’amenait que peu de touristes, mais à ce point...

Une fois le repas terminé nous rentrons à la lueur de notre téléphone portable, au milieu de ce village désert. Dans la chambre il fait bon et les couvertures sont épaisses. Nous dormirons bien puisqu’il n’est que 21h et que le petit déjeuner est à 8.00.

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