Dès nos premiers pas dans Rantepao, l’architecture originale des Tongkonans nous frappe. Ils sont partout ces bâtiments plus imposants et majestueux les uns que les autres, ornés de cornes de buffles par dizaines, de fresques colorées de rouge et noir et de coqs en figures de proue. Leur forme de bateau inversé rend encore hommage à l’animal fétiche des Toraja : le buffle.
Ils sont partout ces bovidés placides, bien gras et luisants de boue ou de l’eau dont on les asperge avec soin. Les plus rares, albinos ou tachetés, peuvent atteindre des prix exorbitants et sont âprement négociés au marché hebdomadaire de Rantepao. Et il en faut des buffles pour aider les morts à passer dans l’au-delà. Ici les familles s’endettent lourdement à chaque funérailles pour honorer leurs ancêtres aux cours des fameuses cérémonies qui mêlent traditions animistes et christianisme.
Lors de notre premier jour à Rantepao, nous partons explorer les villages alentours en quête d’une de ces cérémonies. D’après nos informations recueillies discrètement auprès des guides touristiques qui monnayent chèrement ces visites, le chef du village de Alang-Alang doit être célébré cette semaine. Parmi les rizières, nous suivons tant bien que mal le ballet des scooters et des voitures garnis de victuailles et de passagers, sarong noir en travers des épaules et foulard sur la tête. Heureusement, alors que nous étions sur une fausse piste, un jeune homme vient nous proposer son aide. D’abord un peu méfiants, nous nous laissons guider par Bua, son grand sourire et son anglais approximatif.
Petit à petit, la voix qui ne cesse de s’égosiller dans un micro se rapproche, et nous découvrons avec stupeur un village éphémère rutilant. Des stands de bambous décorés de rouge et noir entourent une allée centrale où les buffles mais aussi un cheval, un cerf et une vache sont exposés. Le cercueil et le tau tau du défunt (représentation en bois hyper réaliste façon musée Grevin) sont mis en valeur et des centaines de personnes assis par famille écoutent plus ou moins attentivement le speaker qui rend hommage au mort.
Impressionnant, grandiose et fastueux, mais nous ne nous sentons pas très à l’aise à observer cela malgré les sollicitations de Bua qui nous invite à prendre place dans une des cabanes sur pilotis. Nous quittons les lieux rapidement avant les sacrifices rituels, toujours accompagnés de notre guide qui semble trouver plus de plaisir à nous faire découvrir son univers qu’à écouter la litanie du maître de cérémonie.
Lors des quelques jours qui suivent, nous nous immergeons un peu plus dans cette culture si particulière. D’un village à un autre, d’un marché à un resort avec piscine, nous retrouvons partout ces courbes élancées de cornes de buffles, ce culte des morts et cette importance des animaux d’élevage. Ici ils sont intimement liés et presque indissociables.
Pour notre dernier jour à Rantepao, Gaspard et moi organisons une expédition familiale dans la montagne à pied. Objectif : atteindre un point de vue incontournable sur toute la vallée depuis Batutumonga.
8h : petit dej vivifiant au buffet d’un hôtel tout proche.
9h : départ en bemo (minibus local) pour le marché puis voiture partagée jusqu’au départ de la rando.
9h30 : ça monte tranquillement à travers le rizières et les bambous qui craquent sous la chaussure.
10h30 : premier arrêt à Bori. Magnifiques mégalithes, tombes creusées dans la pierre et enfants qui glissent sur les rambardes. Puis ça repart raide. Bonbons pour le courage, histoires et chansons pour s’occuper l’esprit.
11h30 : un peu de musique au loin, nous attire et nous fait traverser les rizières à travers champs. Nous débarquons dans un village modeste accompagné de plusieurs enfants qui crient « bulé » (étranger) ou « hello miss ». Une cérémonie funéraire se termine, les cochons sont débités et rôtis, les traces de sacrifices encore bien visibles. Une dame à l’anglais impeccable nous explique tout cela et nous remet sur le bon chemin direction Deri.
12h30 : ça grimpe toujours. Paysages de rizières magnifiques mais les estomacs commencent à crier famine et à Deri, pas de warung. Une petite épicerie nous procure une glace vite fondue comme notre énergie. Alors on tend le pouce.
13h : pris en stop par des profs, nous gagnons qqes précieux mètres de dénivelé vers le col de Batutumonga.
13h30 : les restos du col sont en vue mais nos réserves sont vides. Il faut rester motivés.
14h : enfin la vue magnifique s’offre à nous ainsi qu’un bon plat de nasi goreng et des frites !!
14h30 : petite sieste au soleil, jeux de cartes et préparations mentale pour la descente.
15h : ça redescend tranquillement vers Pana. La vue sur les rizières est superbe mais le cimetière Toraja prévu un peu moins. Le site a du être aménagé à un moment pour le tourisme, mais semble abandonné depuis quelques temps et la végétation a déjà repris ses droits.
16h : la descente commence à être longue. On tente un peu de stop. Bcp de scooters mais peu de voitures. Capucine perd son short et demande un changement de chaussures.
17h : le jour décline, la route plonge dans la vallée en lacets, on se rend compte qu’on a bien grimpé 1400m de D+… Le moral des troupes chute à nouveau. Petite pause ravito dans une boutique de bord de route et on commence à envisager les pires scénaris.
17h15 : notre sauveur nous ouvre les portières de son 4x4. Enfin, nous sommes embarqués vers la vallée et 15mn plus tard, nous finissons par arriver à Rantepao.
18h : arrivée à notre homestay.
Belle journée, gros challenge relevé. Bravo à tous.