Retraite montagneuse à Mae Hong Son

Publiée le 24/01/2019
Aperçu de nos cinq jours à Mae Hong Son, dans le nord-ouest de la Thaïlande, près de la frontière birmane

C'est au cœur des montagnes que se situe Mae Hong Son. Cette destination se mérite : 6h de trajet en bus de Chiang Mai, via une route sinueuse de très exactement 1.864 tournants (haut-le-cœur garanti) !

Ici, loin de l'animation de Chiang Mai, le calme règne. Il n'est d'ailleurs pas rare de croiser des voyageurs en retraite spirituelle.

Cette ville d'environ 6.000 habitants s'articule autour d'un lac, au bord duquel un temple coquet s'illumine la nuit. Dès le coucher du soleil, les voyageurs se mêlent aux habitants au marché artisanal et se délectent des spécialités culinaires locales, assis par terre sur des nattes le long du lac. 

Tout ici inspire la douceur de vivre et la quiétude. Nous ne devions y rester que 2 jours. Finalement, nous avons rallongé notre séjour sur place tellement nous nous y sentions bien !


Vue sur le lac de Mae Hong Son
Le temple illuminé de Wat Chong Klang
Une des nombreuses rues paisibles de Mae Hong Son
Sur le chemin vers le temple bouddhiste Wat Phra That Doi Kong Mu
Vue sur la ville du temple Wat Phra That Doi Kong Mu, situé au sommet d'une colline

Expédition commando à travers la jungle

Désireux de combler nos envies d'aventure, nous nous rendons dans l'agence locale "Nam Rim Tour", réputée pour ses treks hors des sentiers battus. Nous rencontrons le gérant, Dam, un personnage haut en couleur. Enthousiaste et blagueur, il nous convainc de prendre part le lendemain à l'un de ses treks à la journée. Selon ses dires, la randonnée dure "maximum 5 à 6h de marche" en prenant bien le temps. Parfait pour nous remettre en jambes en douceur avant le Népal !

Dès le lendemain, nous embarquons dès 7h30 à l'arrière d'un pick-up. Le trajet dure une heure et nous en profitons pour discuter avec Moss, notre guide. Celui-ci a 29 ans et cumule les casquettes : guide durant la haute saison, traducteur, "druide" (il compose lui même des potions et remèdes à base d'herbes, d'écorces et de plantes médicinales), fermier saisonnier dans son village d'origine et aspirant professeur. Un vrai slasheur !

Le trek démarre tranquillement en passant par deux villages de minorités ethniques : l'une, Hmong et l'autre Karen. Un couple d'habitants Karen nous accueille avec la plus grande gentillesse qui soit dans sa modeste demeure sur pilotis. Ici, pas d'électricité ni d'eau courante, pas de meubles ni de fioritures. Une vie simple dans ce village isolé de 50 habitants (16 familles, 2 religions), Adorable, le couple nous invite à prendre le thé.

Le trek se poursuit à l'ombre de la jungle humide, où nous nous enfonçons de plus en plus. Les choses sérieuses commencent alors. Les chemins rocailleux laissent progressivement place à une flore exubérante. C'est avec le plus grand naturel que notre guide, Moss, sort son imposante machette de son sac pour débroussailler le passage devant nous et se frayer un chemin à travers la jungle. Ici, pas de sentier tracé, il faut se faufiler tête baissée entre les branches, les lianes, éviter de trébucher sur les racines, escalader les troncs couchés, tout en esquivant les toiles d'araignées ! Mère Nature impose sa loi. Le chemin est chaotique mais nous nous sentons pleins de ressources.

Après plusieurs heures de marche éreintantes et de sudation, nous bivouaquons. Moss en profite pour nous confectionner en 5 minutes top chrono de jolies tasses en bambou a l'aide de sa machette de compet'. Toujours en mode Mac Gyver, il nous montre également comment s'abreuver, en cas d'urgence, d'eau cachée dans les troncs des bambous et se prépare une nouvelle potion magique à siroter à base d'écorces...

Nous reprenons notre route dans la jungle chaude et luxuriante et arrivons au clou du spectacle : deux magnifiques cascades isolées.

Jungle fever
Cascade au cœur de la jungle

À ce instant, il est environ 15h de l'après-midi et Moss commence soudain à s'agiter en nous pressant de repartir. À notre grande surprise, il nous apprend qu'il reste au minimum 4h intensives de marche, qu'il nous faut remonter la rivière (20m de large) et la traverser pas moins de douze fois (!) avec de l'eau jusqu'à la taille. Nous n'avons pourtant pas traînés mais le trek s'avère beaucoup plus exigeant qu'annoncé... Vu le timing serré et n'ayant nulle envie de passer la nuit ici, nous hâtons le pas.

C'est en mode para-commando que nous alternons les passages les plus ardus sur les cailloux glissants, les escalades de rochers, les zigzags dans la jungle touffue, les traversées de rivières périlleuses à lutter contre le courant... Cette course effrénée nous a rappelé de grands souvenirs : l'ascension du fameux volcan mont Rinjani en Indonésie, où un mental solide était absolument primordial dans l'effort ! 

Malgré ce rythme plus que soutenu, nous passons la dernière heure de notre trek dans un clair obscur inquiétant.

N'ayant pas prévu de finir si tard, nous n'avons évidemment pris aucune lampe frontale avec nous... C'est donc véritablement "à l'aveugle" et par tâtonnement que nous nous extirpons tant bien que mal de cette jungle noire, par une escalade périlleuse de rochers escarpés et sous l'invasion de moustiques affamés. Selon Moss, la vue au sommet des rochers est superbe... Mais il fait totalement noir !

Ça y est, il est 18h50 et nous sommes enfin arrivés au barrage où le pickup vient nous rechercher. Il nous aura donc fallu, en tout, 10 bonnes heures de marche pour réaliser ce trek. Le bon vieux Dam nous a bien eu ! Nous qui nous attendions à une petite balade de santé en prévision du Népal, avons eu droit a un entraînement militaire en bonne et due forme, qui aurait pu faire fantasmer n'importe quel survivaliste ! Notre guide Moss admet, en effet, que son boss aime piéger ses clients... Notre journée de trek était en fait une sorte de condensé en accéléré de la formule "3 jours de trek" qui était aussi proposée. Quel blagueur ce Dam ! Allez, sans rancune !  Ce fut sans conteste un des moments forts de notre début de voyage et nous ne sommes pas prêts de l'oublier. :-)

Bilan de cette journée : Plus de 37.000 pas, de la sueur, des émotions, des fous rires, de bonnes discussions avec Moss et des tutoriels de survie, une dizaine de piqûres de moustiques et d'araignées (mon front s'en souvient encore) et une blessure de guerre à la jambe droite pour Blaise. 

Blaise et notre guide ingénieux, Moss

Incursion en Birmanie

Il est également amusant de mentionner que lors de notre séjour à Mae Hong Son, nous avons eu l'opportunité de traverser la frontière birmane. C'est grâce à Nong, un guide recommandé par notre guesthouse, que nous avons pu explorer plusieurs petits villages reculés du nord du pays et traverser cette frontière à pieds... le temps d'aller déguster une bière Myanmar de l'autre côté. 

De l'autre côté de la frontière, dans un petit village birman (absent de Google Map)

C'est sur cette halte rafraîchissante que nous quittons Mae Hong Son pour redescendre vers le sud du pays. Chok dee (santé) à tous !

2 commentaires

Triococo

Passionnant ! Ce sont des épisodes de ce genre qui donne tout le piment des voyages. Bonne continuation ;-).

  • il y a 3 ans

Libellule

Passionnant, on peut dire que c’ est l’aventure ( c’ est aussi le but et c’ est réussi) merci pour ce récit plein d.’Imprévu..

  • il y a 3 ans
1 Voyage | 37 Étapes
Mae Hong Son, Thaïlande
20e jour (17/01/2019)
Étape du voyage
Début du voyage : 29/12/2018
Liste des étapes

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