Tallinn est certainement la plus belle ville médiévale conservée d’Europe du Nord. Occupée par les Danois, puis les Chevaliers teutoniques, puis les Suédois et enfin les Russes, avant d’accéder en deux temps, au XXe siècle, à une indépendance chèrement payée (en particulier à l’époque stalinienne avec la résistance des « frères de la forêt ») et dont tous les Estoniens savent le prix.
Sévèrement endommagée par les bombardements russes de 1944, la ville a été très bien restaurée avec le soutien de l’Unesco.
Car au moment de partir nous découvrons le nouveau quartier branché de Rotermann bâti à partir des entrepôts, moulins, usines fondés au XIXe siècle par l’industriel du même nom. On y trouve des cafés, restaurants, des expositions d’art contemporains ou des performances. La reconversion est particulièrement réussie.
Nous quittons à regret cette ville que nous aimons beaucoup. Notre but est de découvrir une des îles célèbres d’Estonie. L’une est grande, une autre toute petite, une troisième de taille intermédiaire. C’est cette dernière, l’île d’Hiiouma, qui a notre préférence : on en fait le tour en un peu plus de 200 kilomètres et elle est réputée plus sauvage que sa voisine, la grande Saaremaa plus vouée à l’accueil touristique.
C’est donc parti !
Le midi, nous arrivons au bourg de Riisipere. Au bord d’un étang dévolu à la pêche et à la baignade, nous pique-niquons et en profitons pour… nous baigner, ce qui n’est pas encore arrivé si souvent durant ce voyage.
Nous sommes toujours seuls.
Comme le dénivelé n’a rien à voir avec celui de la Finlande, nous roulons bon train. C’est d’ailleurs vraiment le cas de le dire car nous empruntons durant environ 50 kilomètres une ancienne voie ferrée datant de l’époque de la Russie impériale, définitivement abandonnée au début des années 2000 et devenue piste cyclable.
Elle semble droite à l’infini.
C’est le moment où Ghislain fait ce qu’il fuit d’habitude à vélo : écouter de la musique à travers ses AirPods. Une telle voie ferrée isolée s’accommode bien avec la BO du film Out of Africa qu’il redécouvre avec plaisir.
Mais hélas cette voie ferrée n’est pas seulement envoûtante et mystérieuse. Elle est aussi un lieu tragique. En 1941, juste avant l’invasion allemande, puis en 1949, Staline a fait déporter des milliers d’Estoniens vers la Sibérie. Ils ont été arrachés à leur pays et à leur terre depuis cette voie ferrée. La plupart ne les reverront jamais.
Un panneau nous explique que 80 % des déportés de 1941 ont trouvé la mort dans l’année qui a suivi.
Staline ne supportait pas le désir des Estoniens de retrouver leur indépendance. La lutte durera des années encore (jusqu’en 1952 les Estoniens tiendront tête à la domination soviétique et lutteront contre l'assujettissement). Staline traitait les Estoniens insoumis de néo-nazis. Poutine a bien appris sa rhétorique.
Mais le temps est venu de songer au lieu où nous passerons la nuit. Il n’y a pas grand-chose sur cette île, cependant nous avons repéré sur la carte un Laavu en pleine forêt. Nous nous mettons donc en route sans nous douter des difficultés qui nous attendent.
Il est censé se trouver à une dizaine de kilomètres.
Il n’en reste plus grand-chose. En revanche on y trouve…
Effectivement il est construit dans une vieille usine de textile. Spécialité de la ville avant 1940, la production était envoyée vers Tallinn par l’ancienne voie ferrée parcourue avant-hier.
Il fait mauvais et nous sommes un peu fatigués, alors nous décidons de nous poser et de visiter l’exposition de peinture contemporaine où sont réunies les œuvres de jeunes peintres baltes de moins de 40 ans. Voici la photo de quelques tableaux parmi ceux qui nous ont marqués.
C’est en fait à la fois le plus haut et le plus ancien de l’île : sa construction avait été exigée par les marchands de la Ligue hanséatique au début du XVIe siècle. C’est le troisième plus ancien phare au monde encore en activité.
Nous continuons à nous enfoncer dans ce que Ghislain nomme la Bretagne d’Hiiumaa (cf la carte quelques photos plus haut). Et à son extrémité nous trouvons le troisième et dernier phare.
….. nous prenons notre dernier ferry et nous retrouvons le continent. Nous allons maintenant vivre une transition vers la Pologne 🇵🇱 via l’Estonie 🇪🇪, la Lettonie 🇱🇻 et la Lituanie🇲🇲.