FRANCE, ENFIN...

Publiée le 21/03/2020
Comment nous avons réussi à rentrer chez nous, finalement

D’aéroport en aéroport

Nous arrivons à Rio heureux d’avoir déjà franchis cette étape. L’avion était quasiment vide et nous avons donc pu tous nous allonger pour dormir sur les sièges libres. A peine le décollage effectué tout le monde dormait, Il semble que nous ayons tous fait nuit blanche à l’aéroport qui ne contient aucun endroit vraiment confortable pour se poser. J’ai rarement vu un avion aussi calme et comme il n’y avait aucun service prévu (à cause du virus) donc nous n’avions que cela à faire, dormir et récupérer un peu.

Arrivés à Rio on s’est installé pour prendre un petit déjeuner. Nous étions tous les trois nauséeux et fatigués. Tom et Nasta avait un vol le soir-même pour Paris via Amsterdam. Moi un vol direct le lendemain soir. Avant d’aller à l’hôtel nous reposer, nous nous sommes dit qu’on ne risquait rien à se mettre sur la liste d’attente sur le vol direct de ce soir. Surtout moi car la situation étant fragile, impossible de prévoir ce qu’il pouvait se passer en 24h. On ne savait pas trop où en était le Brésil dans les mesures de restriction, si ce n’est que l’état d’urgence avait été déclaré.

Au comptoir Air France, Il y avait déjà une quinzaine de personnes qui faisaient la queue. Ça N’allait pas très vite mais on se dit que c’était plutôt bon signe car les hôtesses avaient l’air de trouver des solutions pour les personnes présentes et cela prenait du temps. 

A un moment la chef des hôtesses ferma la queue quelques personnes après nous. On approchait de la pause déjeuner et elle anticipait sur le moment où elle devrait fermer. Mais quelques petits malins vinrent quand même se mettre dans la queue. Lorsqu’elle s’en aperçut elle se leva et prit les choses en main. Les pauvres hôtesses, elles bossaient comme des dingues, essayaient de satisfaire tout le monde et en plus devaient faire le gendarme. Les gens s’accumulaient derrière les barrières et les hommes de la sécurité de l’aéroport râlaient et essayer de négocier avec le personnel d’Air France car cela bloquait le passage. En effet le nombre de gens augmentaient rapidement et on ne pouvait plus passer.

Franchement les pauvres employées d’Air France étaient tellement sollicitées, elles ont fait preuve d’une patience exemplaire. Ce fut enfin notre tour. Je demande s’il y a moyen d’être mise sur la liste d’attente pour ce soir, oui pas de problème. Tom et Nasta le font également. Je suis numéro 19. Elle nous demande de venir à 15h (le vol part à 16h30). Ils appelleront les personnes qui peuvent partir. Ok. On essaie d’avoir des infos sur les probabilités de départ des vols. Elle nous explique que les choses évoluent d’heure en heure. Ce qui est valable maintenant ne le sera peut-être plus demain. Bon au moins c’est clair et en attendant elle nous a mis sur la liste. Nous avons obtenu ici ce qu’il était impossible d’obtenir à Santiago. Notre sentiment se confirme que nous avons fait le bon choix en venant au Brésil. Se confirme également que nous courons après le temps. En venant ici nous avons gagné les deux jours qu’il nous manquait à Santiago. 

Nous trouvons un endroit pour patienter dans le terminal. pas la peine d’aller à l’hôtel pour 3h d’attente même si celui-ci est dans l’aéroport. D’autant plus que l’hôtel m’a envoyé un message en brésilien que nous ne comprenons pas et qui est évidemment en rapport avec l’épidémie. On ne sait pas trop s’il est judicieux de quitter le terminal. Nous avons peur de ne plus pouvoir y entrer ensuite. A Lima, l’armée contrôle l’aérogare et ne laisse accès qu’aux personnes qui ont une carte d’embarquement.

On profite de cette pause pour déjeuner. Ensuite, on se prépare au cas où l’on soit accepté sur le vol de 16h30.  On monte avec une demi-heure d’avance sur l’horaire demandé et je pense que nous avons bien fait. Quand on arrive là-haut il y a beaucoup de monde et ils ont déjà appelé certaines personnes de la liste. Entre les gens qui font encore la queue pour essayer de trouver un vol et ceux qui sont sur la liste d’attente ça fait un sacré bazar. Certains commencent à s’énerver. Les pauvres hôtesses qui sont au guichet sont vraiment assaillies de toutes part. De temps en temps, une hôtesse de l’enregistrement vient et appelle une personne de la liste d’attente. On se dit qu’on a quand même une chance mais c’est surtout quand l’enregistrement sera terminé et qu’ils feront le décompte qu’on saura combien de places restent pour ceux qui attendent. Ce moment arrive. Une dame vient nous voir et demande que toutes les personnes encore en attente la suivent. Cela permet de désengorger le comptoir. Elle précise bien qu’elle ne pourra pas faire partir tout le monde donc qu’on ne la tue pas si on ne peut pas partir. On rigole. Franchement tout le personnel ici est vraiment au top. Patient, pro et ils arrivent encore à faire des blagues et garder le sourire.

Je me retrouve deuxième dans la queue mais à ce moment là je pense que de toutes façons ils appelleront les gens dans l’ordre de la liste. En fait non. On me fait signe d’avancer vers l’enregistrement. Tom et Nasta sont juste derrière moi. Fébrilement je demande à l’hôtesse si elle pense qu’il y aura une place pour moi. Oui madame mais il faut juste le temps que je bascule votre résa de demain. Yes ! Je suis soulagée. De toutes façons cela les arrange car ceux qui partent aujourd’hui libèrent des places pour les jours suivants. Je suis d’autant plus rassurée que nous avons appris que le Brésil fermerait ses portes le 23. La situation va donc devenir très difficile aussi ici car tout le monde va essayer de partir avant.

J’ai ma carte d’embarquement. Je dois me dépêcher car l’embarquement commence dans 5 mn. Tom et Nasta partiront finalement sur le vol prévu via Amsterdam à 20h. Mais au moins ils ont enregistré et le vol est bien annoncé donc c’est ok. On se dit au revoir très rapidement car je dois y aller. On se verra peut-être à Paris s’ils n’arrivent pas à prendre de train pour Metz. Je leur ai proposé de les héberger s’ils étaient coincés. Je leur ai donné mon adresse, on se tient au courant.  Je cours vers l’immigration et le contrôle. L’aéroport de Rio est grand et il me faudra bien 20 mn pour rejoindre la salle d’embarquement ; celui-ci a déjà commencé. On partira avec un peu de retard car les derniers passagers à enregistrer mettent un peu de temps à arriver. Normal, tout se fait un peu au dernier moment.

Une fois à bord la pression se relâche. J’ai l’impression que la course contre la montre est terminée. Je réalise que dans quelques heures je serai à Paris. J’ai passé ces derniers jours à mettre toute mon énergie à trouver un moyen de rentrer chez moi. J’ai parcouru des centaines de kilomètres, passé des heures sur internet pour trouver un billet, dans les aéroports à attendre, sur les groupes facebook pour me tenir informée et aussi informer les autres, cogiter avec toutes les informations et contre-informations que nous recevions pour faire le tri et trouver une stratégie de retour.

Heureusement que nous avons bougé au Brésil et à temps, sinon nous n’aurions jamais pu rentrer. Et heureusement que j’étais avec Tom et Nasta. Nous avons bien rigolé et on s’est serré les coudes ce qui a vraiment fait la différence. Je salue les groupes facebook et toutes les personnes qui ont donné des infos et essayer de nous orienter dans nos recherches ainsi que toutes les personnes qui m’ont soutenu pendant ces jours de doutes. Même si parfois cela nous a fait rire car, systématiquement lorsque nous recevions des messages de nos proches,  les gens nous disaient de contacter l’ambassade ou de contacter AF sur le mail qui avait été donné. Infos que nous avions déjà et démarches que nous avions faites dès le départ mais qui n’ont été d’aucune utilité. A la fin nous en rigolions dès qu’un message arrivait et cela nous permettait aussi de détendre l’atmosphère. 

Cette fois c’est vraiment terminé. C’est comme si ces derniers jours avaient été une espèce de tourbillon d’évènements que nous n’arrivions pas à maitriser. Malgré tout on s’en est sorti. Nous avons eu de la chance et fait les bons choix ; cela tient à peu de choses. Je ne vais pas non plus dire que je suis contente de rentrer, d’avoir interrompu mon voyage et de me retrouver en confinement. Mais il nous a vraiment semblé qu’il n’était pas raisonnable de rester sur place et de prendre le risque d’être ostracisé et rejeté dans un pays étranger dans le contexte d’une situation de crise mondiale sans précédant. Alors oui nous avons un petit goût amer dans la bouche, oui nous sommes perplexes de voir tout ce qui se passe mais au moins nous serons chez nous. Et je suis contente d’avoir croisé la route de Tom et Nasta qui sont tellement sympas et qui m’ont permis de vivre ces événements de manière plus légère. J’espère que nous aurons l’occasion de nous recroiser et pourquoi lors d’un prochain voyage ?

Epilogue

J’ai retrouvé mon fils, ma maison, mes chats :) Mes plantes, enfin celles que mon fils n’a pas laissé mourir ;) Il fait froid, il fait gris, je suis fatiguée et je me demande ce que je fais ici. Il va me falloir un petit temps d’adaptation. Tom et Nasta viennent d’arriver.à Amsterdam, eux aussi sont au bout de la route. Cette crise a interrompu des voyages, des parcours professionnels, des projets, des relations, des vies... aussi. On ne sait pas combien de temps cela va durer, on ne sait pas ce qui en ressortira ; pour une fois nous ne pouvons vivre que l’instant présent, sans pouvoir nous projeter. C’est quelque chose de nouveau pour beaucoup d’entre nous. Cette période devrait être propice à la réflexion, au repos, à l’enrichissement intérieur. Je souhaite que chacun puisse tirer le meilleur parti de ce confinement car il y a toujours quelque chose chose de bon à prendre et à apprendre.

J’ai reçu, pendant que j’étais en vol, un mail du consulat qui répond au formulaire que nous avions rempli. Ce mail vient un peu tardivement. Il donne les consignes et les conseils que nous aurions aimé avoir plus tôt. Dire aux voyageurs  le 20 mars dans la journée de se rendre au Brésil pour prendre des vols Europe avant le 23, c’est trop tard. Peu de gens auront la possibilité de le faire.

J’ai reçu un nouveau message de Annick et Gilles qui sont coincés en Argentine comme beaucoup d’’autres. Je vous souhaite à tous bon courage et je suis certaine que des solutions vont se mettre en place. Bientôt, chacun aura retrouvé son foyer et les siens (et du bon fromage !)..

J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce blog de voyage, même si parfois ce fût une contrainte. Ce sera aussi une mémoire de mon voyage et de mon itinéraire car j’ai tendance à oublier certaines choses. Je renouvellerai l’expérience si j’ai l’occasion de repartir un jour. Et je compte même retracer nos derniers voyages, du moins les plus récents,  pendant le confinement, ça nous donnera une occupation :).

A bientôt donc pour de nouvelles aventures !

2 commentaires

Anne

anneben

Super blog de voyage Cecile, vraiment très plaisant à lire. et je suis très contente de te savoir rentrée. Bisous !

  • il y a 2 mois
Gilles et Anick

GillesetAnick

Bonjour,
Encore nous !! Content de voir que vous êtes bien rentrés chez vous.
Nous aimerions tellement en dire autant mais nous sommes toujours bloqués en Argentine à Buenos Aires.
Nous avons été pris de cour et de vitesse.
Nous avons eu beaucoup de mal a rejoindre la capital depuis Salta et maintenant nous cherchons à partir mais ce n'est pas simple.. mais vous connaissez cela... Nous partageons totalement votre analyse sur l'inutilité des mesures des ambassades. Ces administrations devraient revoir leur mode de fonctionnement, ils faudrait qu'elles s'adaptent un peu plus...4
En attendant nous avons bien compris en vous lisant qu'il faut se debrouiller seul et ne pas hésiter à camper à l'aéroport c'est ce que nous allons peut-être faire en attendant un éventuel vol...
Profitez bien de votre 'Home sweet home' :))

  • il y a 2 mois