Swinoujscie est la dernière ville polonaise avant la frontière allemande. Nous y dormons le mercredi 19 août.
Mais juste à côté de la tour, le Kurna Chata nous attend pour une ultime expérience culinaire polonaise. Nous voulons marquer le coup, et sur ce terrain ce n’est pas en dysharmonie avec les propensions de Luther qui n’étaient pas à l’ascétisme.
Nous préférons donc ne pas séjourner trop longtemps et nous continuons ce vendredi 21 notre approche de Berlin.
Mais la vraie belle ville du coin, c’est Prenzlau.
Après le bain, nous nous rendons à Melzow pour la Sommerfest.
Mais notre attention est attirée par une affiche qui signale un concert le même soir à l’église de Melzow. Il s’intitule « Tango ». Nous allons voir par curiosité.
Bien nous en a pris !!
Mais le plus extraordinaire est d’avoir entendu Catalina Sophie chanter le tango devant cette chaire de prédication luthérienne, accompagnée de ses compères Federico Aguirre au piano et Leonel Gasso au bandonéon.
Concert mémorable. Et nous vous proposons d’écouter une version très particulière de La foule d’Édith Piaf.
…. alors que nous ne sommes plus maintenant qu’à une bonne centaine de kilomètres de Berlin. Mais il faut ressortir doudounes et coupe-vent : la température a chuté brutalement et il ne sera plus question de se baigner !
…. qu’il a dû faire très chaud 🥵 autour de Berlin ces deux derniers mois. Bien des arbres sont abîmés.
Et après un ultime camping…
Il n’y a pas de doute, les Allemands sont supérieurs à nous pour préserver les milieux.
Berlin. 5137 kms et 84 jours de voyage autour de la Baltique.
La boucle est bouclée, mais cela ne signifie pas que nous revenons au point de départ comme nous en sommes partis.
L'itinérance sur la longue durée permet des réflexions que la vie ordinaire n’autorise pas. Elle rompt la trame continue des jours. Chacun de nous deux revient en ayant mûri certaines choses dont les fruits le surprennent et qui le regardent. Il y a aussi des fruits pour le vieux couple que nous formons, et la chance d’avoir pu vivre le tiers du voyage avec un de nos fils.
Mais indépendamment des questions personnelles, et qui le restent, quelles conclusions, quels enseignements tirons-nous de ce voyage ?
Ce que le voyage à vélo m’inspire : il est une invitation à la découverte et à l’inattendu, qui se cache parfois là où on ne l’attend pas. Sortir de sa zone de confort permet de constater que nos peurs viennent souvent de l’excès de confort qui entoure nos vies
Avoir « sa maison sur le dos » donne une sensation de liberté et de légèreté (malgré le poids significatif de nos montures !) que nous allons quitter avec regret. Et la vie au grand air en est une des plus belles composantes
Ce que ce voyage en particulier, m’a appris : beaucoup de choses sur l’histoire de ces pays « coincés » entre l’Allemagne nazie de l’époque et l’URSS et sur les souffrances endurées par ces peuples et dont on parle peu : Finlande, Pays baltes et Pologne ont payé un lourd tribut aux conflits du XXe siècle A ce sujet, je vous conseille vivement de lire le roman d’Olivier Norek Les guerriers de l’hiver qui évoque avec talent la guerre menée par l’URSS en Finlande : David contre Goliath … Sillonner ces pays et y voir les signes de ces conflits aide à comprendre les enjeux des conflits actuels et la fragilité de la paix Si seulement nos dirigeants pouvaient s’arrêter un instant pour réfléchir aux moyens de préserver la paix plutôt qu’à la manière d’affirmer sa puissance…
Voilà notre septième voyage à vélo terminé. Déployé sur une longue durée, il confirme ce que nous avions déjà éprouvé : la joie de l’itinérance, la liberté du mouvement sans les contraintes liées à l’auto. Contact direct avec les éléments (odeurs, vent, paysages, sons, pluie, soleil,…), sollicitation permanente du corps sans brutalité, et avoir la possibilité de savourer les paysages, au lieu de les traverser si vite que c’est à peine une « overview ». Avec le vélo, pas d’apparition disparaissante, et en plus, vous pouvez vous arrêter quand vous voulez.
Ce que ce voyage nous a montré aussi, c’est que nous dépendons étroitement du vaisseau Terre, de la planète vivante. Étant originellement des animaux, des vivants parmi les vivants, nous faisons corps avec elle. Or le décalage entre ce que nous vivions et ce que vivaient nos amis et nos proches, nos contemporains de France et de Suisse, ce décalage était énorme. Une température entre 13 et 29 degrés au max pour nous (deux journées à 32 qui nous ont paru une fournaise), et de leur côté les nouvelles que nous avions étaient une succession de vagues à 35-40 degrés où la plupart du temps il fallait se cacher. Cela nous a choqués de savoir que le parti d’extrême-droite français, reconnaissant enfin le réchauffement climatique, proposait comme solution de laisser les choses aller mais de climatiser tout le monde, condamnant nos enfants à un confinement annuel de 3 mois…. Le même parti qui avait tellement gueulé contre le confinement du Covid-19 propose un confinement répété tous les ans…. Avenir radieux….
Non. Nous avons un corps. Nous sommes faits pour un contact direct avec le monde. Et nous devons en prendre soin.
Le voyage à vélo nous permet de sentir, d’éprouver dans la chair, que le monde n’est pas un objet à notre disposition, mais un milieu où l’on s’insère, avec lequel il faut composer, avec humilité.