La boucle est bouclée

Publiée le 28/08/2026
La fin du voyage approche et nous rejoignons l’Allemagne pour nous rendre à Berlin où nous prendrons le train de retour !

Swinoujscie est la dernière ville polonaise avant la frontière allemande. Nous y dormons le mercredi 19 août.

La tour Martin Luther est tout ce qui reste de l’église éponyme, détruite en mars 1945.

Mais juste à côté de la tour, le Kurna Chata nous attend pour une ultime expérience culinaire polonaise. Nous voulons marquer le coup, et sur ce terrain ce n’est pas en dysharmonie avec les propensions de Luther qui n’étaient pas à l’ascétisme.

Le cadre du restaurant est d’ailleurs enjoué, aux couleurs de l’enfance.
Et Ghislain n’hésite pas à se régaler d’une spécialité pas tout à fait végétarienne…
Jeudi matin 20 août. Nous allons une dernière fois au bord de la baltique, …
C’est une belle journée qui débute…
Nous passons la frontière quelques minutes plus tard…
…. dont la Trabant nous rappelle très vite que c’était la DDR
Nous retrouvons avec plaisir les voies vertes allemandes…
La porte médiévale d’Usedom.
Ghislain joue au souverain dans sa calèche…
La pause déjeuner à Usedom a lieu dans un restaurant original et fort sympathique.
Au fond des anciennes écuries rénovées, un orgue électrique ayant appartenu … aux Doors !
Nous poursuivons notre route à travers champs et lacs.
Avec quelques surprises : ici le Karnin lift bridge ….
Nous parcourons des roselières où nichent de nombreux oiseaux
Les chemins sont déserts et c’est bien agréable.
Les lumières sont belles…
Ce soir, nous profitons du confort d’une auberge traditionnelle….
À Ueckermunde qui est une petite ville de pêcheurs…
… dotée d’une place charmante….
…. et d’un château quelconque….
…. mais aux perspectives plutôt inquiétantes….

Nous préférons donc ne pas séjourner trop longtemps et nous continuons ce vendredi 21 notre approche de Berlin.

Au pique-nique, Christine est contente d’avoir retrouvé du fromage….
Nous croisons régulièrement des voyageurs à vélo
Cette deuxième journée allemande est tranquille.
L’église de Nechlin.

Mais la vraie belle ville du coin, c’est Prenzlau.

Avec son immense cathédrale…
… toute de dépouillement revêtue après sa restauration post-seconde guerre.
Elle a toute la solennité de la sobriété.
Mais l’ascension de la tour est impressionnante
… et offre une ample vue sur le lac voisin.
Les toutes nouvelles grandes orgues méritent également d’être saluées.
Ce samedi 22, nous ralentissons le rythme….
39 kilomètres s’enchaînent tranquillement…
Jusqu’à un charmant camping au bord du lac Oberuckersee.
Ghislain se baigne sans hésiter…
Christine est plus hésitante…!

Après le bain, nous nous rendons à Melzow pour la Sommerfest.

Atmosphère locale….
… et ambiance bon enfant.

Mais notre attention est attirée par une affiche qui signale un concert le même soir à l’église de Melzow. Il s’intitule « Tango ». Nous allons voir par curiosité.

Bien nous en a pris !!

Cette petite église est dotée d’un exceptionnel « Kanzelaltar »
Style renaissance, daté de 1610, ce « Kanzelaltar » est magnifique.

Mais le plus extraordinaire est d’avoir entendu Catalina Sophie chanter le tango devant cette chaire de prédication luthérienne, accompagnée de ses compères Federico Aguirre au piano et Leonel Gasso au bandonéon.

Concert mémorable. Et nous vous proposons d’écouter une version très particulière de La foule d’Édith Piaf.

Merci aux artistes.
Nous n’oublierons ni Melzow ni cette église.
La nuit peut venir en paix sur le lac du camping.
Dimanche matin le vent est toujours là, il a même redoublé, avec des trouées de soleil.
C’est le jour où nous franchissons la barre des 5000 kilomètres….

…. alors que nous ne sommes plus maintenant qu’à une bonne centaine de kilomètres de Berlin. Mais il faut ressortir doudounes et coupe-vent : la température a  chuté brutalement et il ne sera plus question de se baigner !

Mais nous voyons, à toutes ces feuilles mortes 🍂 qui jonchent déjà le sol…

…. qu’il a dû faire très chaud 🥵 autour de Berlin ces deux derniers mois. Bien des arbres sont abîmés.

Le midi nous fêtons nos 5000 dans une petite auberge rétro.
… qui se plaît à rappeler la DDR…
… et qui propose une intéressante critique de la chasse.
Un pigeonnier musée nous offre une nouvelle pause.
Mais cette fois ça sent l’écurie….

Et après un ultime camping…

… et la traversée de paysages encore assez sauvages au nord de Berlin…
… nous arrivons à Bernau bei Berlin et sa fameuse Steintor Bernau
Cette fois c’est la fin.
Les chevreuils s’ébrouent en liberté à 15 kms de la capitale.
… ainsi que les hérons cendrés.

Il n’y a pas de doute, les Allemands sont supérieurs à nous pour préserver les milieux.

Mais les symboles bien connus ne trompent pas : nous sommes arrivés…

Berlin. 5137 kms et 84 jours de voyage autour de la Baltique.

La boucle est bouclée, mais cela ne signifie pas que nous revenons au point de départ comme nous en sommes partis.

L'itinérance sur la longue durée permet des réflexions que la vie ordinaire n’autorise pas. Elle rompt la trame continue des jours. Chacun de nous deux revient en ayant mûri certaines choses dont les fruits le surprennent et qui le regardent. Il y a aussi des fruits pour le vieux couple que nous formons, et la chance d’avoir pu vivre le tiers du voyage avec un de nos fils.

Mais indépendamment des questions personnelles, et qui le restent, quelles conclusions, quels enseignements tirons-nous de ce voyage ?

Quelques réflexions de Christine « en vrac » à l’issue de ces 3 mois d’itinérance

Ce que le voyage à vélo m’inspire : il est une invitation à la découverte et à l’inattendu, qui se cache parfois là où on ne l’attend pas. Sortir de sa zone de confort permet de constater que nos peurs viennent souvent de l’excès de confort qui entoure nos vies  

Avoir « sa maison sur le dos » donne une sensation de liberté et de légèreté (malgré le poids significatif de nos montures !) que nous allons quitter avec regret. Et la vie au grand air en est une des plus belles composantes  

Ce que ce voyage en particulier, m’a appris : beaucoup de choses sur l’histoire de ces pays « coincés » entre l’Allemagne nazie de l’époque et l’URSS et sur les souffrances endurées par ces peuples et dont on parle peu : Finlande, Pays baltes et Pologne ont payé un lourd tribut aux conflits du XXe siècle  A ce sujet, je vous conseille vivement de lire le roman d’Olivier Norek Les guerriers de l’hiver qui évoque avec talent la guerre menée par l’URSS en Finlande : David contre Goliath … Sillonner ces pays et y voir les signes de ces conflits aide à comprendre les enjeux des conflits actuels et la fragilité de la paix  Si seulement nos dirigeants pouvaient s’arrêter un instant pour réfléchir aux moyens de préserver la paix plutôt qu’à la manière d’affirmer sa puissance… 


Quelques réflexions de Ghislain « en vrac » à l’issue de ces 3 mois d’itinérance.

Voilà notre septième voyage à vélo terminé. Déployé sur une longue durée, il confirme ce que nous avions déjà éprouvé : la joie de l’itinérance, la liberté du mouvement sans les contraintes liées à l’auto. Contact direct avec les éléments (odeurs, vent, paysages, sons, pluie, soleil,…), sollicitation permanente du corps sans brutalité, et avoir la possibilité de savourer les paysages, au lieu de les traverser si vite que c’est à peine une « overview ». Avec le vélo, pas d’apparition disparaissante, et en plus, vous pouvez vous arrêter quand vous voulez.

Ce que ce voyage nous a montré aussi, c’est que nous dépendons étroitement du vaisseau Terre, de la planète vivante. Étant originellement des animaux, des vivants parmi les vivants, nous faisons corps avec elle. Or le décalage entre ce que nous vivions et ce que vivaient nos amis et nos proches, nos contemporains de France et de Suisse, ce décalage était énorme. Une température entre 13 et 29 degrés au max pour nous (deux journées à 32 qui nous ont paru une fournaise), et de leur côté les nouvelles que nous avions étaient une succession de vagues à 35-40 degrés où la plupart du temps il fallait se cacher. Cela nous a choqués de savoir que le parti d’extrême-droite français, reconnaissant enfin le réchauffement climatique, proposait comme solution de laisser les choses aller mais de climatiser tout le monde, condamnant nos enfants à un confinement annuel de 3 mois…. Le même parti qui avait tellement gueulé contre le confinement du Covid-19 propose un confinement répété tous les ans…. Avenir radieux….

Non. Nous avons un corps. Nous sommes faits pour un contact direct avec le monde. Et nous devons en prendre soin.

Le voyage à vélo nous permet de sentir, d’éprouver dans la chair, que le monde n’est pas un objet à notre disposition, mais un milieu où l’on s’insère, avec lequel il faut composer, avec humilité.

Au contact direct du monde, sa beauté nous coupe parfois le souffle, mais épanouit le désir de vivre.

Autre chose : la joie des rencontres. Nous avons constaté qu’il est beaucoup plus facile d’entrer en contact avec les gens en descendant de selle qu’en ouvrant la portière de notre voiture.

Nous avons également expérimenté une forme de « détente sociale » dans les pays où les villes ne sont pas surpeuplées (et nous pensons spécialement à la Suède, la Finlande et aux Pays baltes). C’est impalpable, c’est dans l’air : l’agressivité, la mise sous tension sont inexistantes. En trois mois de vélo, deux coups de klaxon. L’équivalent de 15 minutes en France. Et pas une seule injure. C’est en Allemagne que nous avons reçu la première, pour nous préparer au retour… Et les villes scandinaves ou baltes ne sont pas vides : elles ne sont simplement pas surpeuplées ni entassées.

Enfin, un dernier enseignement, précieux, c’est celui de l’histoire. En Europe de l’Ouest on nous apprend une histoire qui ignore celle de l’Europe de l’Est et du Nord. Non seulement c’est une grande histoire, mais aussi une histoire terrible : être au contact de cette histoire, de ces pays longtemps pris en étau entre des voisins redoutables, ayant encore aujourd’hui à craindre très sérieusement les ambitions revanchardes de la Russie, tout cela fait comprendre le prix, la valeur de la liberté dont à l’ouest nous pourrions oublier qu’elle n’est pas une donnée naturelle, qu’elle ne va pas de soi, et qu’il faut en prendre soin si nous voulons la garder, en nous rappelant qu’elle est d’abord une exigence à l’égard de nous-mêmes.

Il y aurait encore tant à dire… mais j’ai déjà suffisamment assommé la lectrice ou le lecteur qui ont ouvert ce blog en vue d’un aperçu sur un voyage aux modalités un peu différentes de la pratique ordinaire, et non pas en vue de réflexions « philosophiques ».

Alors, en espérant avoir pu vous intéresser par quelques aperçus de ce périple, nous vous quittons en vous disant que c’est si beau de découvrir le monde à vélo !



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