Est-ce qu’elle blague ?

Publiée le 18/08/2026
À partir des lacs Mazures que nous quittons, un assez long chemin, jalonné de quelques surprises, doit nous conduire dans la région de la Vistule, aux portes de la Poméranie. Nous vous invitons à nous suivre.

Le jeudi 6 août nous sommes partis très tôt…,
Il est en effet 7 heures. Une longue étape nous attend et nous disons adieu aux lacs.
À cette heure du jour nous croisons surtout les agriculteurs.
Une route de vieux pavés, datant d’avant 1914, nous pose quelques problèmes….
Saisissant une occasion, il s’est demandé s’il n’allait pas changer de vélo….
Cette fois le temps est vraiment chaud….
Dans la campagne certaines églises semblent à l’abandon. Ici l’église allemande de Reszel.

Mais lorsque nous arrivons à Swięta Lipka, nous sommes stupéfaits par la majesté du sanctuaire que nous n’attendions pas.

En fait il s’agit de la Basilique mineure de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie
Mais elle a été construite bien avant.

Sa fondation remonte à une légende. Au XIVe siècle, un jeune prisonnier des Chevaliers teutoniques aurait sculpté une statue de la Vierge à l’enfant en bois durant son incarcération et l’aurait cachée au creux d’un tilleul à sa libération. Prier devant cette statue aurait eu des effets miraculeux et ainsi naquit un pèlerinage qui devint peu à peu important auquel la Réforme protestante mit un terme pour un temps.

Lors de la Contre-réforme, forte dans cette région….

… les Jésuites ont décidé de ranimer le pèlerinage, puis ont fait construire en 1688 la basilique baroque que nous visitons aujourd’hui.

Ses orgues monumentaux, dont les anges musiciens sont mobiles, sont très réputées.
… ainsi que son grand maître-autel.
…. et les extraordinaires peintures de plafond de Maciej Jan Meyer.
…. qui expriment la victoire du Christ sur le monde.
Via sa mère, Marie, qui l’a mis au monde.

Bref, une théologie en images exprimée en langage baroque.

Mais lorsque nous quittons les lieux, il est environ 13 heures, et il fait très lourd.

Et au bout d’une vingtaine de kilomètres, les nuages s’accumulent lourdement.
Certes nous avions reçu ce message sur notre téléphone.

Mais on ne peut pas dire que nous avons évité les espaces ouverts !!

Les couleurs changent. La venue d’un gros orage se confirme. Il est inévitable.
Par chance, dans cette campagne vide, nous tombons sur un abri bus.
Au moment où le vent se lève et que les premières gouttes tombent.
Bientôt, c’est le déluge…. Écoutez l’extrait qui suit…
Les agriculteurs rentrent sous le déluge…
Malgré l’abri, c’est impressionnant et intimidant.
Et quand au bout d’une heure, c’est terminé… il y a de nombreuses traces du phénomène.
Heureusement que cet arbre, qui vient de périr….
…. ne s’est pas effondré sur notre abri !
Mais il faut bien continuer la route… enfin ce qui en tient lieu….
Et à l’occasion, voir passer le quatrième mille.
Sous le soleil revenu, nous roulons en pleine région agricole….
… et sur des routes… disons… inégales…
… nous arrivons à Kosni, hameau près de Gromki.
Le temps s’est complètement remis au beau.
… et nous pouvons nettoyer nos vélos dans le logement que nous avons trouvé.

Nous avons complètement nettoyé les chaînes, ce qui était indispensable.

Mais nous avons constaté que le pneu de Ghislain commence à se déchirer au niveau de son insertion dans la jante. Heureusement c’est un modèle extrêmement rigide et solide.

L’inquiétude tient à ce que la première ville sérieuse se trouve à …. 137 kilomètres. Elle se nomme ELBLAG. Nous nous demandons ce que les Polonais veulent nous dire par là…

En attendant nous n’avons pas de pneu de rechange. C’est une erreur. D’habitude nous en emmenions toujours un dans nos voyages. Mais il n’a jamais servi. Et les pneus que nous avons sont hyper solides. Mais c’était sans compter sur le régime que nous leur faisons endurer.

Bon, il va falloir qu’il tienne 135 kilomètres.

Et c’est parti….
Une cigogne profite d’un toit, même s’il est défoncé.
Premier arrêt à Bartoszyce.
Ici les devantures des magasins sont traduites en Russe.
Pique-nique sur le chemin.
Et au bout du tunnel….
… nous arrivons à Orneta, petite ville centrale de la voïvodie de Varmie-Mazurie.

Gros bourg où nous cherchons sans trop y croire un pneu neuf. Et effectivement nous n’en trouvons pas, malgré avoir tenté les deux magasins multiservices qui vendaient des pneus de vélo.

Demain, nous rejoindrons Elblag qui n’est qu’à un peu plus de 60 kilomètres.

Nous commençons par une vieille piste d’aérodrome militaire de la Luftwaffe.
Le temps redevient rayonnant.
Un petit café…
Et…. un petit bijou en passant à Pomorska Wies
Le mur du chœur qui fait un inhabituel angle droit avec la nef est ce qui reste du XIVe
Le clocher en bois date de 1766.

Mais l’intérieur surtout est exceptionnel. Nous n’avons pu le considérer que depuis l’entrée latérale. Malheureusement, une grille fermée empêchait l’accès à l’intérieur. Cependant à travers la grille quelques photos ont pu être prises.

Ainsi ce jugement dernier peint sur le plafond en 1688
Cette visite des bergers - et non des rois mages - à l’enfant Jésus très expressif.
Et ce magnifique buffet d’orgues rural, de 1689.

Tout cet intérieur date de la reconstruction de l’église après le grand incendie de 1671 (le village avait en parti brûlé).

Ce qui est extraordinaire, c’est que ces églises aient été conservées « dans leur jus » malgré les immenses destructions de 1945. Cela est dû au caractère complètement rural de ces églises.

Vous allez voir qu’à Elblag, où nous arrivons, il n’en est pas de même.

Elblag (ancienne Elbing prussienne) est dotée d’une magnifique cathédrale.

Inscrite au cœur de la vieille ville, elle occupe le centre d’une place magnifique caractérisée par des bâtiments « art nouveau » très réussis qui donnent un ensemble d’une rare beauté.

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Car la ville a été l’objet de combats extrêmement violents du 20 janvier au 10 février 1945 lors de sa conquête par les Soviétiques. L’armée allemande très affaiblie s’est battue maison par maison. L’ordre de Hitler était de tenir coûte que coûte et la ville constituait le dernier axe de communication avec la Prusse orientale. Le résultat, outre de terribles souffrances humaines si l’on songe que la moitié de la population civile qui n’avait pas fui était terrée dans des caves, est que la ville a été rasée à 70 %

Tout ce que nous voyons est une reconstruction commencée sous le communisme et achevée depuis. D’où le sentiment très curieux de voir de l’ancien reconstruit à l’identique, et qui donc paraît neuf. C’est très réussi, mais le sentiment d’étrangeté est fort.

Cette ruelle médiévale….
…. et la Porte du marché (XIVe), qui faisait partie des remparts

…. comptent parmi les rares bâtiments qui n’ont pas disparu dans cette terrible bataille.

Depuis le haut de la porte du marché, on saisit bien la vieille ville.
Et au pied de la Porte, l’effigie du boulanger d’Elblag….

…. qui aurait repoussé avec sa pelle à fournil des assaillants qui auraient réussi à passer la porte au XVIe siècle.

Heureux les temps où il suffit d’une pelle pour éloigner les ennemis !

Le lendemain, dimanche 9 août, nous décidons d’une pause et d’un tour très spécial…
… sur le canal d’Elblag.

Apparemment tout est normal sur ce que vous voyez…. sauf que des bateaux comme celui-ci…

vont monter près de cent mètres de hauteur comme en chemin de fer….

Nous sommes sur l’un d’entre eux, et voici ce qui se passe….

Le bateau sort de l’eau et monte cette pente sur un caisson sur rail…
…. et arrivé en haut, il retrouve le canal….
… pour recommencer un peu plus loin…
… et cela à cinq reprises !

Monter 100 mètres de cette façon, pour un bateau, c’est à peu près unique au monde.

Mais après ce jour de repos, il faut songer à repartir.

Or un problème ne fait que s’accroître : celui du pneu de Ghislain.

Cela n’a l’air de rien, mais le pneu est en train de sortir de la jante…
Et malgré un passage dans plusieurs magasins, grands ou petits comme ici…

Rien n’y fait : impossible de trouver le modèle qui semble rare en Pologne.

Nous nous décidons donc à faire envoyer un pneu à Gdansk par notre fils aîné, Benjamin, qui est de passage à Chambéry. Il devrait arriver d’ici deux à trois jours.

Cela tombe bien : nous avons prévu 3 jours d’arrêt à Gdansk, qui s’annonce comme une ville exceptionnelle. C’est là que nous nous retrouverons.


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