Nous traversons quelques banlieues commerciales et financières, mais vite, en une dizaine de kilomètres, nous parvenons à un nouveau petit bijou : la cathédrale d’Oliwa.
…. d’un catholicisme très traditionnel et conservateur en Pologne.
Mais il est lui-même en déclin, spécialement dans le nord et à l’ouest du pays, que nous traversons. Simplement, c’est un déclin qui part de très haut. Autrefois (jusqu’il y a 15 ans), le catholicisme était une évidence en Pologne et environ 95 % de la population se déclarait catholique. Aujourd’hui cela change progressivement. En 25 ans, la fréquentation hebdomadaire de la messe est passée de 50 % à 30 %. Surtout, la transmission se fait de moins en moins bien chez les jeunes. 15 % des 18-24 ans déclarent aujourd’hui n’appartenir à aucune religion et les vocations religieuses ont considérablement diminué : une baisse de 50 % en l’espace de 10 ans. De même en 10 ans le nombre de prêtres en activité a baissé de 10 %.
Bref, la Pologne demeure un pays très imprégné par la religion, le catholicisme y est très présent, mais le mouvement de baisse de participation collective et ecclésiale se manifeste comme ailleurs.
Mais quittons Oliwska et les questions religieuses, et atteignons la côte.
Tout de suite le ton est donné.
Mais nous commençons à nous apercevoir que le tourisme est omniprésent le long de la côte.
Fête de l’assomption mais aussi fête de l’armée en Pologne ! Les Polonais sont tous en congé du jeudi 13 au dimanche 16. Les campings sont bondés et le gérant ne peut nous proposer que la place occupée par sa voiture !! C’est déjà gentil de sa part, autrement il n’y avait pas de logement et le bivouac est sanctionné d’une amende de 120 € en Pologne. Il paraît que la surveillance est réelle.
À noter en passant que la Pologne est un pays où il y a des caméras partout. Espérons qu’ils n’ont pas fait comme la Serbie et passé des contrats avec la Chine !
Itinérance qui donne une singulière et inexprimable sensation de joie et de liberté. Et comme les régions que nous traversons depuis le début sont rarement dangereuses, nous éprouvons également un sentiment de légèreté, nonobstant les 20 à 27 kilos que nous portons sur nos vélos !
La chaleur devient accablante et nous admirons….
« La chaleur se vertèbre »….
En plus le chemin est pourri sur ce secteur : terre bosselée ou plaques en béton immémoriales et disjointes. La chaleur, les saccades des plaques : deux raisons d’avoir mal au crâne.
Nous sommes tous les deux éprouvés par la journée de la veille.
Et c’est à Darlowo, ville étape, que nous visitons le château des ducs de Poméranie.
Avant de devenir argument de vente d’une excellente bière brune (ce que c’est que de nous….), était le roi de Danemark, Norvège et Suède (donc Finlande aussi) avec la fameuse union de Kalmar qui dura…. quelques décennies.
C’est là que nous nous apercevons historiquement de la boucle de notre voyage. Vous vous rappelez peut-être, nous avions visité en Suède le château de Kalmar.
Quant à Éric de Poméranie, il finira détrôné et pirate célèbre installé sur… l’île de Gotland que nous avons également traversée.
Mais nous avons bien dormi. C’est l’essentiel ! Et le lendemain….
…. par nous arrêter dans une ferme où nous achetons quelques fruits et légumes, buvons un café….
Nous discutons avec eux, et ce n’est pas tout à fait simple entre l’anglais et l’allemand (qu’ils préfèrent généralement). Mais la fraternisation est réelle….
Ce que nous apprécions spécialement chez les Polonais, c’est cette ouverture et cette chaleur presque spontanée, que nous ne voyions pas dans les pays scandinaves, et qui semble caractériser beaucoup de Polonais.
Et au petit village d’Iwięcino, une église manifestement ancienne nous intrigue….
… elle semble cacher quelque chose.
Et maintenant, la chaire de prédication, construite entre 1646 et 1650.
Mais surtout, le clou de la visite, ce sont les plafonds peints. L’église est protestante luthérienne depuis les environs de 1540. Il faut imaginer le pasteur Jacob Malichius demandant, en 1697, à un artiste de la région demeuré anonyme, une grande fresque du Jugement dernier.
Les fidèles, s’ils levaient les yeux, voyaient un résumé de la destinée du monde et de la leur.
Vous aurez sans doute remarqué dans l’avant-dernière photo le diable dont le corps se termine en queue de poisson. On l’appelle « le diable de Poméranie ». C’est une rareté qui exprime la situation locale : le village d’Iwięcino était un village de pêcheurs. La mer est à quelques kilomètres de là.
L’existence aujourd’hui de cette église, construite au XIIIe siècle par une communauté cistercienne, devenue paroisse protestante avant de redevenir catholique en 1946 ; cette existence relève du miracle. Car il faut se rappeler ici que les destructions lors de l’arrivée des Russes à la fin de l’hiver 1945 ont été radicales. Aucune église de bourg ou de ville n’y a échappé et elles sont reconstruites quand elles le sont. Cette église de village n’a pas été touchée.
Mais en plus les magnifiques plafonds, chef d’œuvre de peinture rurale, avaient disparu car recouverts de peinture et d’enduits sans doute entre le XVIIIe et le XIXe. C’est par hasard qu’on s’est rappelé de leur existence en 1909, et qu’ils ont été restaurés.
L’église est classée monument historique depuis 1960.
Elle rappelle la rencontre en l’an 1000 entre Boleslas Ier dit le Vaillant, roi de Pologne, et Otton III, empereur du Saint-Empire-Romain-Germanique. Elle est un raccourci des relations germano-polonaises, souvent difficiles et tragiques.