Melancholy coasts

Publiée le 26/08/2026
Quittant Gdansk pour rejoindre la côte baltique. nous parcourrons 518 kms du 13 au 19 août. Expériences contrastées. Tristesse devant ce que nous faisons de notre environnement, Éblouissement devant quelques pépites !

Jeudi 13 août. Il faut bien s’arracher à Gdansk.

Nous traversons quelques banlieues commerciales et financières, mais vite, en une dizaine de kilomètres, nous parvenons à un nouveau petit bijou : la cathédrale d’Oliwa.

Reconstruite au XVIIe siècle, elle remonte au XIIe (fondation cistercienne).
Une nef de 106 mètres de long…
Et des autels rococo assez extraordinaires en chapelles latérales.
Le monachisme initial est rappelé ça et là.
Et plusieurs orgues majestueux parsèment la cathédrale.
Rappelant la guérison du roi Saul par David, alors berger et futur roi.
Cette vierge à porteur rappelle l’importance des processions en Pologne.
Et ce jeune prêtre en soutane rappelle l’importance…

…. d’un catholicisme très traditionnel et conservateur en Pologne.

Mais il est lui-même en déclin, spécialement dans le nord et à l’ouest du pays, que nous traversons. Simplement, c’est un déclin qui part de très haut. Autrefois (jusqu’il y a 15 ans), le catholicisme était une évidence en Pologne et environ 95 % de la population se déclarait catholique. Aujourd’hui cela change progressivement. En 25 ans, la fréquentation hebdomadaire de la messe est passée de 50 % à 30 %. Surtout, la transmission se fait de moins en moins bien chez les jeunes. 15 % des 18-24 ans déclarent aujourd’hui n’appartenir à aucune religion et les vocations religieuses ont considérablement diminué : une baisse de 50 % en l’espace de 10 ans. De même en 10 ans le nombre de prêtres en activité a baissé de 10 %.

Bref, la Pologne demeure un pays très imprégné par la religion, le catholicisme y est très présent, mais le mouvement de baisse de participation collective et ecclésiale se manifeste comme ailleurs.

Mais quittons Oliwska et les questions religieuses, et atteignons la côte.

Tout de suite le ton est donné.

Sopot, station balnéaire des habitants de Gdansk.
-
Les plages sont remplies.
Nous nous éloignons du cœur de cette cité pour retrouver un peu de calme
Et de charmantes et agréables avancées de ponton.
… animés par des chanteurs de rue.
L’après midi se poursuit….
C’est franchement agréable.
Après 85 kilomètres, soirée à Wladyslawovo …

Mais nous commençons à nous apercevoir que le tourisme est omniprésent le long de la côte.

Partout il y a des échoppes qui ont poussé comme des champignons.
La route devient progressivement succession de villages encombrés de ces échoppes.
Heureusement pour nous il reste des marchands de fruits et légumes
Et l’Eurovélo 10 que nous suivons dans ce secteur ….
Et comme la chaleur est au rendez-vous…
Mais nous avions oublié que nous étions la veille du 15 août…

Fête de l’assomption mais aussi fête de l’armée en Pologne ! Les Polonais sont tous en congé du jeudi 13 au dimanche 16. Les campings sont bondés et le gérant ne peut nous proposer que la place occupée par sa voiture !! C’est déjà gentil de sa part, autrement il n’y avait pas de logement et le bivouac est sanctionné d’une amende de 120 € en Pologne. Il paraît que la surveillance est réelle.

À noter en passant que la Pologne est un pays où il y a des caméras partout. Espérons qu’ils n’ont pas fait comme la Serbie et passé des contrats avec la Chine !

Après le vélo et la baignade…
Samedi 15 août au petit matin. Nous laissons nos affaires au camping…
Pour comprendre les dunes mouvantes de Leba, il faut savoir qu’il s’agit d’une lagune.
Personne.
Ces dunes mouvantes sont magnifiques
Nous jouissons du désert.
Moment magique…
… dont nous profitons pour nous baigner…
Mais il faut repartir…

Itinérance qui donne une singulière et inexprimable sensation de joie et de liberté. Et comme les régions que nous traversons depuis le début sont rarement dangereuses, nous éprouvons également un sentiment de légèreté, nonobstant les 20 à 27 kilos que nous portons sur nos vélos !

Nous repartons donc, à contre-courant du flux ininterrompu…
Et pendant ce temps Ghislain s’amuse avec les nombres.
15 août. S’il y a plus de voitures pour la plage, les églises n’en débordent pas moins.
Le midi, régal dans une petite auberge de campagne.
Où la TV informe de la fête de l’armée polonaise qui est la plus grosse armée de l’UE
Mais c’est aussi le temps des moissons.

La chaleur devient accablante et nous admirons….

-. le courage des paysans dans les champs.
Les vaches locales sont libres d’aller et venir.

« La chaleur se vertèbre »….

Plus de 30 degrés à l’ombre, mais nous passons en plaine sous le cagnard, et ça tape dur.

En plus le chemin est pourri sur ce secteur : terre bosselée ou plaques en béton immémoriales et disjointes. La chaleur, les saccades des plaques : deux raisons d’avoir mal au crâne.

Mais la plaine semi-marécageuse est fascinante.
Heureusement, joli camping le soir après 101 kms par forte chaleur.
Et joli coucher de soleil au bord de la mer.
Aujourd’hui 16 août l’étape sera plus courte.

Nous sommes tous les deux éprouvés par la journée de la veille.

Belle église de campagne polonaise.
Mais un Christ un peu perdu sur sa Croix.
Le midi, pause dans un charmant petit restaurant polonais…
La soupe traditionnelle est de rigueur.
Nous n’oublierons pas la patronne du Bar Solar de Jaroslawiec.
Le vent s’est mis à monter fort.

Et c’est à Darlowo, ville étape, que nous visitons le château des ducs de Poméranie.

Il est surtout connu pour avoir vu naître….
en 1382 le roi Éric de Poméranie qui….

Avant de devenir argument de vente d’une excellente bière brune (ce que c’est que de nous….), était le roi de Danemark, Norvège et Suède (donc Finlande aussi) avec la fameuse union de Kalmar qui dura…. quelques décennies.

C’est là que nous nous apercevons historiquement de la boucle de notre voyage. Vous vous rappelez peut-être, nous avions visité en Suède le château de Kalmar.

Quant à Éric de Poméranie, il finira détrôné et pirate célèbre installé sur… l’île de Gotland que nous avons également traversée.

Mais revenons à la tour de son château de naissance….
…. et apprécions la vue qu’elle offre sur la petite ville de Darlowo.
… ainsi que les voûtes en briques de l’époque gothique.
L’étape aura été courte aujourd’hui (54 kms).
Nous sommes au camping « Numéro 243 » : ça ne s’invente pas !
C’est un ancien camping du temps communiste encore dans son jus.
Installation simplissime, voire sommaire. Un peu déprimant.

Mais nous avons bien dormi. C’est l’essentiel ! Et le lendemain….

Nous commençons, après une série de kilomètres….

…. par nous arrêter dans une ferme où nous achetons quelques fruits et légumes, buvons un café….

- et fraternisons avec le fermier.
…. et une amie du fermier.

Nous discutons avec eux, et ce n’est pas tout à fait simple entre l’anglais et l’allemand (qu’ils préfèrent généralement). Mais la fraternisation est réelle….

…. et gagne d’autres. Ainsi ce cycliste polonais qui s’arrête et se joint au groupe.

Ce que nous apprécions spécialement chez les Polonais, c’est cette ouverture et cette chaleur presque spontanée, que nous ne voyions pas dans les pays scandinaves, et qui semble caractériser beaucoup de Polonais.

Après 45 minutes d’arrêt, nous repartons.

Et au petit village d’Iwięcino, une église manifestement ancienne nous intrigue….

Avec son clocher à la toiture bien en pointe et sa conception dite « gothique de briques »

… elle semble cacher quelque chose.

Pourtant sa porte d’entrée est tout à fait quelconque….
Mais à l’intérieur, merveille !
Le maître-autel, lui, nous reporte à 1622.
Superbe œuvre maniériste, elle présente un condensé de la théologie chrétienne.

Et maintenant, la chaire de prédication, construite entre 1646 et 1650.

On y accède par cet escalier sculpté….
La chaire elle-même est décorée par la figure des quatre évangélistes.
De superbes fonts baptismaux du XVIIe font pendant à la chaire.

Mais surtout, le clou de la visite, ce sont les plafonds peints. L’église est protestante luthérienne depuis les environs de 1540. Il faut imaginer le pasteur Jacob Malichius demandant, en 1697, à un artiste de la région demeuré anonyme, une grande fresque du Jugement dernier.

Les fidèles, s’ils levaient les yeux, voyaient un résumé de la destinée du monde et de la leur.

L’ange souffle dans la trompette du jugement
Le Christ en gloire vient, accompagné de sa mère, de Moïse…
Il accueille celles et ceux qui sont appelés au royaume de Dieu.
Les anges l’assistent dans ce moment décisif. Et il y a du travail…
… car il s’agit de reconnaître ceux qui ont eu foi et ont voulu agir selon leur foi.
Et l’on confie au diable et à ses suppôts…
…. celles et ceux qui se sont comportés sans rémission comme des forbans

Vous aurez sans doute remarqué dans l’avant-dernière photo le diable dont le corps se termine en queue de poisson. On l’appelle « le diable de Poméranie ». C’est une rareté qui exprime la situation locale : le village d’Iwięcino était un village de pêcheurs. La mer est à quelques kilomètres de là.

Il nous faut maintenant quitter cette petite merveille.

L’existence aujourd’hui de cette église, construite au XIIIe siècle par une communauté cistercienne, devenue paroisse protestante avant de redevenir catholique en 1946 ; cette existence relève du miracle. Car il faut se rappeler ici que les destructions lors de l’arrivée des Russes à la fin de l’hiver 1945 ont été radicales. Aucune église de bourg ou de ville n’y a échappé et elles sont reconstruites quand elles le sont. Cette église de village n’a pas été touchée.

Mais en plus les magnifiques plafonds, chef d’œuvre de peinture rurale, avaient disparu car recouverts de peinture et d’enduits sans doute entre le XVIIIe et le XIXe. C’est par hasard qu’on s’est rappelé de leur existence en 1909, et qu’ils ont été restaurés.

L’église est classée monument historique depuis 1960.

Nous reprenons la route….
Accompagnés par le sourire d’un démon malicieux et peu agressif.
Avec de beaux aperçus sur la côte ça et là.
Mais toujours cette profusion de petites cités balnéaires
…. construites à la va-comme-je-te-pousse.
Leurs Disney Park miniatures avec des tours Eiffel de pacotille.
Ou des immeubles haut standing….
…. qui sont plus froids que des glaçons.
Et à Kolobrzeg, dernière ville importante avant la frontière avec l’Allemagne….
La basilique de l’Assomption ….
… elle complètement reconstruite après la guerre.
Devant la basilique, la sculpture dite « du millénaire ».

Elle rappelle la rencontre en l’an 1000 entre Boleslas Ier dit le Vaillant, roi de Pologne, et Otton III, empereur du Saint-Empire-Romain-Germanique. Elle est un raccourci des relations germano-polonaises, souvent difficiles et tragiques.

La croix déchirée qui surmonte les personnages
En passant, un salon de thé délicieusement cosy avec un zeste de style ancien….
… vient nous sustenter à point nommé.
Quelques belles façades ont été restaurées….
Et nous voilà repartis….
Les lupins ont depuis longtemps disparu du paysage. Ici, ce sont les bruyères.
Avec le phare de Niechorze, nous approchons de la frontière
Ce Petit Prince semble plein de déconvenue devant ce que sont devenues les côtes….
- côtes que la mer ronge à certains endroits. Témoin cette église cistercienne….
Mais cette petite fille embrassant la Pologne en effigie a quelque chose de réconfortant.
Mercredi 19 août. Désormais, la forêt nous conduit vers la frontière avec l’Allemagne.
0 commentaire