Potosi et ses mines d'argent

Publiée le 23/11/2014
Le 4 et 5 novembre 2014 - Potosi est une des villes possédant le plus d’histoire de la Bolivie… pour des raisons plutôt tragiques. Au temps de la conquête, les espagnols exploitèrent les potosinos et indigènes, réduis à l’esclavage, pour piller les ressources minières de la région. Encore aujourd’hui, la ville se nourrit en partie de l’extraction d’argent. 2 jours dans la ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, 2 jours pour (très) modestement en savoir un peu plus sur la rude vie des mineurs potosinos.

Arrivée sur Potosi

Les bus en Bolivie, toute une aventure ! Aujourd’hui, c’est une crevaison qui vient mettre un peu de piquant à notre trajet ! En plein col, PAF, éclatement du pneu. Ici, le chauffeur est l’homme à tout faire. Du coup, c’est avec les outils du bord qu’il arrive à changer, tant bien que mal, le pneu défaillant. Forcément, on perd plus d’une 1h, mais nous ne sommes pas spécialement pressés : une péripétie comme il faut s’y attendre en voyagant ici !

Nous arrivons sur Potosi lorsqu’il fait déjà nuit, un taxi nous mène à un hôtel recommandé par une de nos précédentes rencontres de la Paz. Demain, une expérience particulière nous attend.

Potosi, sa richesse, son calvaire

« Ca vaut un Potosi ! » fait dire Cervantès à son personnage Don Quichotte. Expression signifiant alors quelque chose d’inestimable. Le Cerro Rico (la « montagne riche ») fut le plus grand filon de minerai jamais découvert. Une aubaine pour la couronne d’Espagne qui instaura sa fortune en partie grâce à l’exploitation (c’est le cas de le dire !) de ces mines.

Aujourd’hui, plus de 10 000 galeries perforent la montagne qui surplombe la ville de Potosi, où  plus de 100 000 âmes y vivent. L’altitude est de 4000m, ce qui en fait la ville de cette taille la plus haute du monde !

Pour l’anecdote, des historiens firent des corrélations entre l’exploitation de cette unique mine et le développement de l’Europe occidentale à cette époque. Ils assurent que le développement du capitalisme en Europe découle du flux d’argent récupéré dans la mine de Potosi… incroyable, non ?

Aujourd’hui, les mines sont toujours exploitées, par des milliers de mineurs. Les conditions sont extrêmement rudes. La colline fait vivre la ville, mais parfois, elle la tue aussi. L'espérance de vie des mineurs de Potosi n'est que de 45 ans...

Une journée dans la peau des courageux

On peut s’interroger sur le coté éthique d’un passage dans les mines de Potosi, alors qu’on y pioche encore tous les jours et qu’on y meurt encore. Des anciens mineurs proposent à ceux qui veulent découvrir ce monde de les faire entrer dans ce gruyère de pierre. C’est une expérience forcément enrichissante, bien que difficile, que d’aller à la rencontre de ceux qui taillent la roche chaque semaine. C’est décidé, nous y allons.

S'équiper pour la mine

Nos deux anciens travailleurs de la mine nous amènent à leur repère. Nous nous équipons grâce au matériel fourni. Combinaison intégrale, casque, gants, frontale et foulard pour se masquer la bouche. On sait d’ores et déjà que ça ne va pas être de la tarte.

Yoyo s'équipe pour les mines

Le marché des mineurs

Passage obligé sur le chemin des entrées de la mine : le marché. Au pied de la colline, des tentes et boutiques disposent de nombreux articles que les travailleurs s’achètent avant d’entrer dans la pénombre. Notre guide nous fait rencontrer un épicier, si l’on peut appeler ça comme ça, et nous entrons dans sa minuscule boutique. Ici, on y trouve de tout. Les indispensables feuilles de coca, les boissons et snacks mais aussi toutes sortes de casques, frontales, masques et outils. Bien que tout le commerce soit déjà une découverte pour nous, notre accompagnateur nous fait poser les yeux sur 2 articles plus particulièrement.

Les mineurs apportent de l’alcool dans leurs galeries, et pas n’importe quel alcool… De l’alcool à 96°. Quatre vingt seize degrés. Depuis longtemps, les travailleurs pensent qu’au plus l’alcool ingéré dans les mines sera pur, au plus le minerai récolté le sera aussi.

Alcool potable à 96°C - Bon goût !
Dégustation d'alcool pour Ronron
Offrande à la Pachamama avant d'entrer dans les mines

Ensuite, nous nous voyons remettre les fameux bâtons de dynamite, que les mineurs utilisent quotidiennement pour creuser leurs galeries. Nous apprenons comment amorcer et utiliser ces explosifs, et nous nous questionnons déjà sur le résultat d’une association entre l’alcool ingéré et l’utilisation de ces tubes de poudre… Tu t’imagines bien que dans les tunnels, ça doit pas être le pied tous les jours…

Danger, explosif
Yoyo prépare un bâton de dynamite à offrir à un courageux mineur

Notre guide, ancien mineur, nous indique que les personnes que nous rencontrerons plus tard dans les galeries apprécient que nous allions les voir, que nous souhaitions savoir ce qu’il se passait dans leur quotidien. Nous décidons d’acheter des kits d’explosifs ainsi que des boissons (sans alcool !) à offrir pour ceux que nous rencontrerons.

Vue sur Potosi depuis la route pour les mines
Les mines de Potosi

La salle de traitement

Après que les blocs de roche soient extraits, il faut les traiter pour en récupérer les précieux minerais. Ici, il faut suivre tout un process de nettoyage, lourdement associé à des traitements chimiques pour rendre l’argent récupéré le plus propre et pur possible. Ecraser, mixer, rincer, diluer, essorer, tout autant d’actions que de machines au bruit infernal.

A la fin du traitement de ces pièces, nous avons obtenus une mousse d’argent, pure à 80% (le reste sera fait plus tard). Elle est déjà complètement brillante, argentée. Yoyo se fait même faire une bague de paillette sur son doigts par notre guide avec la mousse récupérée à la sortie.

Les roulettes de produits chimiques
Salles des machines de la mine de Potosi
Une bague d'argent pour Yoyo

Arrivée à l'entrée de la mine

A notre arrivée, nous découvrons des cahutes de pierre. Les ouvriers s’y reposent un peu, s’y changent et y entreposent leurs effets personnels. Des vieux chariots rouillent sur les bords des chemins.

Une réunion de mineurs a débutée, une centaine de personnes, équipées, écoutent un orateur perché sur un promontoire. On nous explique que certains filons s’épuisent et qu’il faut réfléchir à creuser de nouvelles galeries. Nous nous croyons dans un film.

Rassemblement de mineur à l'entrée des  mines
Ronron devant les mines d'argent
Yoyo devant l'entrée principale de la mine

2h dans les galeries

Nos lampes sont désormais allumées, on nous guide jusqu’à l’entrée de la mine. C’est une trou cylindrique, creusé à l’horizontal dans la roche, renforcé par des poutres de bois. Bien sur , 2 rails s’engouffrent dans la pénombre au centre de la gorge.

Il faut marcher recroquevillé, le plafond tanto de poutres, tanto de roche, tanto de câbles, n’est pas bien haut. Le sol est recouvert d’eau et de boue et il faut être prudent sur tous les cotés : où mettre ses pieds, où passer sa tête. La lueur naturelle du jour a très vite disparu, seule la lueur de nos frontales nous permettent d’y voir (un peu) mieux.

Un des nombreux tunnels de la mine

Voilà une quizaine de minutes que nous marchons dans ces tunnels, les douleurs au dos et surtout à la nuque se font déjà sentir. Merde ! Y’en a qui passent leurs journées comme ça !

Les couleurs des parois sont parfois surprenantes. Des bleus turquoises, des verts émeraudes, des jaunes intenses et des rouges vifs. Nous déchantons très vite quand nous apprenons qu’il s’agit de toutes sortes de saloperies pour les poumons. Cristaux et agrégats formés suites aux émanations de gaz toxiques qui résultent des explosions de roche. Nous portons bien notre foulard autour de la bouche et du nez, mais même après 15 minutes dans les tunnels, notre respiration siffle. Merde ! Y’en a qui passent leurs journées comme ça !

Les galeries des mines de Potosi

Nous rencontrons des embranchements régulièrement, certains menant à des culs de sacs, d’autres à de nouveaux embranchements, cavités et autres lieux où l’on peut deviner des lieux de repos : des bouteilles vides d’alcool à 96° pourrissent sur le sol.

Des mineurs prennent le temps de discuter avec nous, nous expliquent depuis combien de temps ils travaillent ici, combien d’heures par semaine, ils nous serrent aussi des pinces. Il n’y a pas d’autre alternative que de faire preuve d’humilité en venant ici.

Ronron à l'intérieur des tunnels de Potosi

La mine est composée de nombreux niveaux, les uns sur les autres, permettant de croiser le filon d’argent sur toute la hauteur de la colline. Nous sommes au niveau 4, nous entamons l’ascension pour aller jusqu’au tunnel supérieur.

15m de grimpette, quasiment à pic, dans des tunnels verticaux à peine assez larges pour passer. Glissants, poussiéreux : franchement dangereux. Et dire que les mineurs passent ici avec des sacs de 40 kg sur le dos… 

Les passages dans les mines sont parfois acrobatiques
Montée de niveau très étroite dans la mine de Potosi

Au fil de notre découverte, des mineurs prennent le temps de nous expliquer ce qu’ils font, à quelle heure ils termineront ce soir, à quelle heure ils comptent faire sauter leurs explosifs. Nous apprenons à nouveau beaucoup de choses et nous sommes honorés de discuter avec eux. Evidemment, nous laissons à presque chacun d’eux un peu de ce que nous avons acheté sur le marché.

Après plus de 2h d’excursion dans les tunnels, nous ressortons sales, poussiéreux, et exténués par la marche courbée et les montées / descentes pour changer de niveaux. Merde… Y’en a qui passent leurs journées comme ça… La mine, ce n’est pas pour les clostro’, pas pour les asthmatiques, pas pour les non sportifs, les trop grands, trop larges, trop jeunes… En fait, la mine, c’est pour personne.

Sortie de la mine, exténués

Fin de l’excursion, visite de la ville

Malgré la fatigue, nous profitons d’être dans cette ville coloniale pour nous promener et errer dans les rues. La ville est active et il fait plutôt bon. Les balcons coloniaux nous offrent de beaux clichés. La fatigue nous aidera ce soir à bien dormir, c’est sûr !

Les rues escarpées de Potosi
Les façades travaillées des églises de Potosi
Les parcs citadins au centre de Potosi
Les mines du Cerro Rico, visibles depuis le centre de Potosi
Les balcons coloniaux ornent les rues de Potosi
Promenade dans les rues coloniales de Potosi
Les rues pittoresques de Potosi

Demain, nous partons pour Tupiza où une toute autre excursion nous attend.

3 commentaires

Jean-Pierre

JPP

De moins en moins confortable ! Rédigé avec retenue.

  • il y a 5 ans

CADILLAN

J'aurais bien voulu être avec vous pour visiter cette mine et ton grand-père aussi je suis sûr.
Patrick

  • il y a 5 ans

CADILLAN

Vous êtes un peu à la bourre pour la suite du voyage!!!!???
Patrick

  • il y a 5 ans
8 Voyages | 63 Étapes
Potosí, Département de Potosí, Bolivie
Étape du voyage
Début du voyage : 12/09/2014
Liste des étapes

Partagez sur les réseaux sociaux