Palais Royal d'Olite

Publiée le 26/06/2026
Le Palais Royal d’Olite, joyau gothique du XVe siècle, l’un des plus somptueux palais d’Europe, avec ses tours élégantes, jardins suspendus, fontaines et riche décor mudéjar. Symbole de la grandeur du Royaume de Navarre.

L'Histoire modeste d'un palais unique

C'est au cœur de la Navarre, sur une motte de terre qui surplombe une grande plaine depuis laquelle il est possible de voir les montagnes, que se dessine l'imposant palais d'Olite. Occupé depuis l'époque romaine, c'est au XIIIe siècle que les rois de Navarre y construisent un château fort. Un château sans histoire, sans réelle légende grandiloquente ou prétention ambitieuse, si ce n'est la protection de la ville d'Olite, une ville importante de la Navarre. Cependant, ce qui va rendre ce palais si populaire, ce n'est pas tant une légende, un rôle stratégique ou militaire, mais plutôt son architecture unique, dont le développement débute au XVe siècle.

En 1402, Charles III de Navarre, surnommé « le Noble », décide de transformer cette forteresse en un véritable palais de conte de fées. Avec son épouse Leonor, il fait venir les meilleurs artisans : maçons, sculpteurs, vitriers et jardiniers. En une vingtaine d’années, le château se métamorphose en un somptueux palais gothique, l’un des plus raffinés d’Europe. Inspiré par les résidences parisiennes des rois de France et des princes de sang royal, les éléments du château reçoivent des noms évoquant les chevaliers de la Table ronde, comme c'est le cas de la "Torre de la Joyosa Guardia" qui signifie la tour de la joyeuse garde. On y compte, dit-on, 365 pièces, une pour chaque jour de l’année, des tours élancées, des galeries lumineuses, des jardins suspendus remplis de fleurs et d’arbres fruitiers, des fontaines murmurantes, des bains luxueux et même une ménagerie avec des lions, des girafes et des autruches.

Ainsi, le palais s'agrandit au gré des désirs et des besoins du roi, ce qui est le propre de tous les palais continuellement réaménagés par leurs successeurs. Là où le bât blesse, c'est que l'amélioration du "vieux palais" s'est faite de manière désordonnée : le roi n'a eu de cesse d'ajouter des tours, des pièces, des cours et des espaces comme le jardin surélevé surprenant appelé "claustrillo de la reina", le petit cloître de la reine. Résultat : un palais irrégulier et complexe, à la fois magnifique mais quelque peu dérangeant, tant certains éléments semblent se superposer de force. Ainsi, l'ensemble ne semble pas si homogène.

La cour y vit dans un raffinement extrême : fêtes, tournois, musique et poésie. Le palais devient le symbole éclatant de la puissance et de la culture du Royaume de Navarre. Mais la gloire ne dure pas éternellement. En 1512, la Castille conquiert la Navarre. Le palais perd peu à peu son rôle de résidence royale et commence à tomber en ruine. Le coup fatal arrive en 1813, pendant la guerre contre Napoléon : le général espagnol Espoz y Mina ordonne de l’incendier pour qu’il ne tombe pas aux mains des Français.

« Si ce n’est pas à nous, ce ne sera à personne. » Le magnifique palais est réduit en cendres.

Au XXe siècle, on décide de le ressusciter. Classé Monument national en 1925, s'il demeure magnifique, il est clair qu'il n'a pas reconquis l'entièreté de ses lettres de noblesse passées. Nous sommes bien loin des 365 pièces d'antan.

C'est un palais vraiment superbe, bien qu'un peu vide à l'intérieur, sans doute la faute au grand incendie de 1813. Il est juxtaposé à une église privée, pourvue d'un grand clocher-tour, ce qui rajoute quelque chose de spirituel à l'entrée principale de l'édifice et contribue à le rendre encore plus désordonné. Elle est inaccessible, faisant partie d'un parador de luxe, ce qui témoigne que le château attire bon nombre de visiteurs aux bourses bien remplies chaque année.

Le château en lui-même paraît presque artificiel. Je suis un amateur, mais la superposition des murailles, des pièces et des tours, voire même de certains murs, donne une impression d’ensemble désorganisé. Malgré la beauté du style gothique, il subsiste une impression de grotesque dans l’architecture de l’édifice. Néanmoins, ce jugement est davantage subjectif qu’objectif, certains ne percevant pas cette hétérogénéité comme dérangeante, la percevant au contraire comme une prouesse architecturale, quoi qu'il en soit, cette impression est rapidement contrebalancé par la qualité d’ensemble : un complexe dense de hautes murailles crénelées, ponctué de sept tours principales. Certaines sont rondes et relativement classiques, d’autres présentent des formes plus élaborées et semblent hexagonales ou octogonales ; d’autres encore sont rectangulaires et, au lieu d’un toit en tuile, sont coiffées de toits plats munis de mâchicoulis, eux-mêmes surmontés d'autres tours ou de petites tourelles, parfois percées de meurtrières ou agrémentées de balcons.

Outre son dispositif défensif, remarquablement vertical et riche en formes variées, le château abrite également un jardin ainsi qu’un patio et un porche suspendus reposant sur des voûtes et des arcs surélevés amenant aux remparts. Les pièces habitables sont elles aussi impressionnantes par leurs dimensions, bien qu’elles soient pour la plupart vides, et nombre d’entre elles restent fermées à la visite, une partie des ailes étant inaccessible. De manière générale, les salles sont souvent rectangulaires, reliées par des galeries et organisées autour de cours carrées ouvertes.

L’histoire met principalement en avant la richesse décorative du lieu ; cependant, une grande partie de celle-ci a disparu dans l’incendie. L’intérêt principal de la visite réside aujourd’hui davantage dans l’architecture globale de l’édifice et dans son système défensif. Les tours, pour la plupart accessibles, offrent une circulation complète sur les remparts, permettant de parcourir l’ensemble du château comme un soldat en garde !

Finalement, la force du Palais Royal d'Olite réside peut-être dans ce désordre architectural chaotique, qu’il a su faire demeurer comme une force et non comme une faiblesse.

Journal d'un montagnard #1

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