Près des murailles de Finestres, entre la Catalogne et l’Aragon, il est possible d’admirer une merveille naturelle époustouflante nommée le Congost de Mont-Rebei. Congost signifie gorge resserrée : Nous comprenons ainsi que le Congost de Mont-Rebei est une gorge montagneuse étroite dans laquelle coule la rivière Noguera Ribagorçana.
Tel un serpentin, il est possible de suivre son tracé en longeant de grands murs calcaires austères, en passant notamment par des escaliers qui découpent le ciel et qui sont suspendus à même la falaise, prenant appui sur des poutres fixées aux parois rocheuses. Il s’agit du premier canyon que je vois, du moins du premier canyon que je peux parcourir : il est vertigineux. Le sentier, taillé dans la falaise, n’a rien de technique, mais mieux vaut rester prudent, car par moments, il est tout juste assez large pour laisser passer deux hommes côte à côte. Les deux bords du ravin sont connectés par une passerelle qui semble relier les parois et permettre à quiconque de cheminer du nord au sud du congost.
Tantôt une rambarde en bois, tantôt une simple corde donne une impression de protection face aux chutes vertigineuses, et parfois il n’y a rien : vous êtes seuls face au vide. En dessous, le réservoir de Canelles brille de mille feux lorsque le soleil daigne resplendir en son sein. L’eau y est claire, d’un bleu azur, tout est si calme. Mais vous ne pouvez pas vous reposer pleinement pour autant. Premièrement parce que le sentier demande un minimum d’attention, certaines roches polies vous font glisser, et ensuite parce que le pas des autres randonneurs tambourine le sol, soulevant une poussière qui vous sort de vos pensées. De temps en temps, j’avais la chance de voir un rapace me sortir de mes rêveries pour reprendre mon chemin. Le site est très touristique mais si vous empruntez le sentier depuis le sud, comme je l’ai fait, vous croiserez moins de visiteurs, ils ne vont pas jusqu'au bout du sud et s'agglutinent généralement à la passerelle en venant du nord.
Certains parcourent le Congost en canoë et ne montent à pied qu'une petite partie du sentier afin de profiter des points de vue en hauteur. J'ai d'ailleurs croisé l'un d'eux. En me voyant essoufflé, il m'a demandé en anglais si j'avais besoin d'eau. À peine lui avais-je répondu qu'il s'est exclamé : « Vous êtes Français, vous ! » Intrigué, je lui ai demandé comment il l'avait deviné. Il m'a répondu en riant : « Ça s'entend ! » Il m'a ensuite expliqué qu'il était avec deux amis et que, selon lui, combiner le canoë avec une courte marche était le meilleur itinéraire, et surtout le moins fatigant. L'un de ses compagnons a d'ailleurs failli faire une chute spectaculaire sous mes yeux, ne se rattrapant qu'au dernier instant à une corde de sécurité avant de m'adresser un sourire un peu gêné, que je lui ai rendu. Il est vrai que, vers la fin de mon voyage en Espagne, les températures avaient fortement grimpé. Nous étions au tout début du mois de juin, dans une période déjà pré caniculaire, avec des températures oscillant entre 37 et 40 °C.
J'ai fait un détour. J'ai grimpé sur les hauteurs boisées de la rive droite du Congost. Il faut dire que le Congost n'est rien d'autre qu'une entaille creusée au cœur du massif du Montsec, plus précisément du Montsec d'Estall. Cette chaîne montagneuse appartient aux sierras extérieures des Pré-Pyrénées et forme une véritable barrière naturelle entre la dépression de l'Èbre et les hauts sommets pyrénéens. Le massif est divisé en trois ensembles par les rivières Noguera Ribagorçana, que nous connaissons désormais bien, et Noguera Pallaresa.
Je recherchais un splendide oratoire construit sur un promontoire escarpé, offrant une vue à 180° sur le lac artificiel. En chemin, je suis tombé sur une jolie maison abandonnée, la seule que j'aie aperçue près du Congost, ce qui la rendait assez singulière. Apparemment, il s'agirait de l'ancienne demeure de l'un des rares habitants du secteur, un homme qui aurait consacré une grande partie de sa vie à la protection de ce site emblématique et de la faune qui l'habite. Finalement, j'ai croisé deux randonneurs. Je leur ai demandé mon chemin, mais ils ne parlaient ni bien anglais ni bien espagnol. L'un d'eux m'a alors simplement touché l'épaule, m'a fait signe de le suivre sur quelques mètres, puis m'a montré un point au loin. Il était là… À près de deux heures de marche, perché sur un éperon rocheux. Je n'aurais jamais pu l'atteindre sans faire attendre mon père de manière déraisonnable, lui qui m'attendait à mon retour. J'ai donc dû renoncer. Ils avaient été d'une grande gentillesse.Journal d’un montagnard #21