L’Església de Santa Maria de Siurana est un élégant temple roman construit entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, après la reconquête chrétienne de Siurana en 1153-1154 par les troupes de Ramon Berenguer IV. Située au sommet du spectaculaire éperon rocheux qui domine le village perché de Siurana, derrière le bastion qui servait autrefois de refuge aux Sarrasins et empêchait l’accès à l’éperon rocheux, elle se dresse comme un symbole de la victoire chrétienne ainsi qu'un hommage à Dieu pour avoir permis la reconquête de Siurana aux mains des envahisseurs.
Siurana fut le dernier bastion musulman de Catalogne. Perché sur un éperon rocheux quasiment imprenable, ce site fortifié résista longtemps aux avancées chrétiennes grâce à sa position défensive exceptionnelle. En 1153, après la conquête de Lérida et Tortosa, le comte de Barcelone Ramon Berenguer IV décida d’en finir avec cet ultime point de résistance. Après un siège, la place fut prise par le chevalier Beltran de Castellet. Selon la légende, la reine ou musulmane Abdelazia préféra se jeter du haut de la falaise avec son cheval, le fameux Salt de la Reina plutôt que de tomber aux mains des chrétiens. Cette conquête marque la fin de la présence musulmane organisée en Catalogne et permet l’expansion définitive de la Couronne d’Aragon vers le sud. Les Templiers et d’autres ordres militaires jouèrent un rôle important dans la sécurisation de la région par la suite. C’est un épisode emblématique de la Reconquista catalane. Concernant le château précédent l'église : Dès 1324 il fut utilisé comme prison des membres de l'aristocratie, mais après le soulèvement catalan de la Guerre des Faucheurs, Phillipe IV ordonna sa destruction.Il est intéressant de noter que Ramon Berenguer IV a octroyé une charte de peuplement au chevalier Bertran de Castellet. Ce type de document, courant pendant la Reconquista dans la Péninsule Ibérique, était un acte juridique accordant un ensemble de privilèges à une population afin d’encourager le repeuplement d'une zone économique ou stratégique.
La guerre des Faucheurs est un conflit majeur de l’histoire catalane, considéré comme l’un des épisodes fondateurs du sentiment national catalan. Au XVIIe siècle, l’Espagne de Philippe IV et de son ministre le comte-duc d’Olivares est épuisée par la guerre de Trente Ans. Pour financer l’effort de guerre, la monarchie castillane impose de lourdes taxes et tente d’imposer le système militaire castillan en Catalogne qui se caractérise par le logement des troupes, le recrutement forcé. Ces mesures sont perçues comme une atteinte aux fueros, les libertés traditionnelles catalanes. Un épisode qui n'est pas sans rappeler la Magna Carta de 1215 en Angleterre avec un contexte assez similaire.
Le déclenchement : Le 7 juin 1640, lors de la fête du Corpus Christi à Barcelone, une émeute éclate après que des paysans appelé les faucheurs se soient affrontés avec des soldats castillans. Cette révolte populaire dégénère rapidement en soulèvement général. Le 22 juin, le comte de Santa Coloma, vice-roi de Catalogne, est assassiné. Les Catalans proclament la République catalane et demandent la protection du roi de France Louis XIII. La Catalogne se place sous la souveraineté française par le Traité de Céret.
La guerre devient un front de la guerre franco-espagnole. Les troupes françaises et catalanes affrontent l’armée espagnole. Plusieurs batailles importantes ont lieu, notamment le siège de Barcelone. Les paysans et la bourgeoisie catalane sont au cœur du soulèvement, d’où le nom « Guerre des Faucheurs ». C'est en 1652, après un long siège que Barcelone tombe aux mains des Espagnols et que la France abandonne et abdique des territoires. La Catalogne est soumise à nouveau à la couronne espagnole. Le traité des Pyrénées confirme la perte du Roussillon et d’une partie de la Cerdagne au profit de la France. La conséquence principale pour les Français demeure la perte définitive de territoires au nord des Pyrénées au Sud de Perpignan, et pour la Catalogne, un contrôle et une répression accrue.
Anecdote assez marrante. Fin, moi je la trouve drôle ! Alors que nous nous rendions à l’église avec mon père pour observer le coucher de soleil, nous empruntions, à la sortie du parking, un sentier de randonnée. Comment dire… il s’agissait d’un sentier casse-gueule. Je pense qu’il n’a été mis là que pour éliminer les quelques imprudents qui s’y aventureraient, histoire d’opérer une petite sélection naturelle d’emblée. Car il menait tout simplement à une pente raide parsemée de superbes cailloux pointus à l’arrivée.
Bon, pas du genre à reculer, nous l’avons pris. Mais un couple de mariés ainsi qu’un photographe nous avaient suivis, pensant que c’était le vrai chemin ! Ils ont fini par faire demi-tour au dernier moment en comprenant que ce n’était probablement pas la meilleure décision de leur journée, le photographe me regarde et dit ! "Difficile Français ! Difficile !"
En fait… la route des voitures menait littéralement au même endroit. Bref, du grand moi et mon père, quoi ! Prendre le risque de se casser une jambe pour rien du tout. Ça ne m’étonne même pas. On a donc rejoint la route et continué tranquillement sur celle-ci, tandis que les sentiers de randonnée partaient on ne sait où sur les côtés de la route, ils continuaient malgré tout à la longer, comme une provocation, juste pour nous narguer ! À quoi ça sert de faire des sentiers avec des pentes à 30 degrés en zigzag, s’ils ne font que longer une route suffisamment large pour permettre aux piétons de passer ? Je pense sincèrement qu’ils ont été tracés par un fou en quête d’adrénaline quotidienne pendant 30 ans, uniquement pour faire tomber un maximum de touristes.
D’un commun accord, on s’est dit qu’on allait rester sur la route, mais c'était rigolo d'entraîner les mariés avec nous vers un précipice finalement !
Journal d'un montagnard #8
J’aimerais également aborder un point notable. Sur le chemin entre la Cartoixa d’Escaladei et l’église de Siurana, la route traverse les massifs de la Serra de Montsant et les montagnes de Prades. Il est important de souligner qu’elle serpente à travers de nombreuses vallées de basse altitude, où la vigne est largement cultivée, au cœur de grands paysages viticoles de la région du Priorat. Je dois le dire : j’ai passé quatre ans dans le Béarn, et plus largement dans les Pyrénées, et je suis donc habitué aux paysages agricoles dépeuplés, qu’ils soient viticoles, pastoraux ou céréaliers. Dans le Béarn, on trouve ici et là de vieilles maisons en ruine liées aux activités rurales témoignant de l'ancien temps : Anciennes structures de bergers, de bouviers ou d’agriculteurs. Mais en Espagne, ce phénomène est porté à un autre niveau.
C’est saisissant : de nombreuses constructions abandonnées jalonnent le paysage, elles ne sont sans doute pas si anciennes qu’on pourrait le croire. Leur structure, souvent sommaire, mêlant bois et pierre, suggère des édifices datant tout au plus d’un siècle. L’hypothèse la plus probable est que la région du Priorat s’est progressivement vidée de sa population agricole au fil de l’exode rural. J'ai fais quelques recherches sommaires pour ne pas mettre tout sur la faute de la dictature de Franco, elle aurait bon dos, en réalité ce processus s’amorce dès le XIXᵉ siècle, avec l’arrivée du phylloxéra, un insecte ravageur qui détruit une grande partie du commerce des vignobles. Il est ensuite accentué par les bouleversements du XXᵉ siècle : la dictature franquiste et la pauvreté rurale, puis l’attrait des zones côtières touristiques qui drainent la main-d’œuvre, sans oublier la crise persistante de la viticulture traditionnelle, marquée par des prix bas et un travail particulièrement difficile.Dans ce contexte, les petites exploitations familiales de montagne se retrouvaient livrées à elles-mêmes. Peu à peu, ces vallées se sont partiellement vidées, laissant derrière elles des paysages contrastés : d’un côté aujourd'hui, la plupart de ses grandes parcelles sont exploitées à nouveau par quelques agriculteurs courageux avec l'industrialisation du milieu ; mais de l’autre, il est toujours possible d'observer un véritable ensemble de ruines dispersées, cabanes, maisons et structures agricoles abandonnées. Ces vestiges témoignent d’une transformation profonde : l’abandon progressif d’un mode de vie traditionnel, arraché à ses racines par des mutations économiques et sociales. Une transition souvent douloureuse, où survivre signifiait parfois quitter ce que l’on était, au prix de l'abandon de toute une vie, parce que les temps avaient changé et que ces vies rurales n’avaient plus leur place dans le nouveau monde. Le monde d'avant semblait révolu...Journal d'un montagnard #9