Selon la tradition, la ville aurait été fondée par le général carthaginois Hamilcar Barca des Barcides, dont le nom aurait donné naissance à celui de Barcelone. Cette théorie est néanmoins incertaine, en revanche, lce que 'on sait, c'est qu'avant l'arrivée des Romains, la région était occupée par le peuple ibère des Laïétans. Vers la fin du Ier siècle av. J.-C., les Romains fondèrent la colonie de Barcino. Au Moyen Âge, Barcelone devint la capitale du Compté de Barcelone et l'une des villes les plus prospères de la Méditerranée occidentale. Grâce à son port et à sa position stratégique sur les routes maritimes, elle s'imposa progressivement comme un important centre commercial où transitaient tissus, céréales, épices, métaux et de nombreuses autres marchandises venues d'Europe, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient. L'union dynastique entre les comtes de Barcelone et le royaume d'Aragon permit ensuite la formation de la Couronne d'Aragon, dont Barcelone devint le principal moteur économique. À partir du XIIIᵉ siècle, les marchands catalans étendirent leur influence à travers toute la Méditerranée, tandis que la Couronne d'Aragon prenait le contrôle des Îles Baléares, de la Sardaigne, de la Sicile et même du royaume de Naples. Cette expansion transforma Barcelone en une véritable puissance maritime, dont les navires sillonnaient les mers et dont les institutions commerciales servirent longtemps de modèle à de nombreuses autres cités portuaires. Durant cette période, la ville n'était pas seulement un centre économique : elle était également l'un des principaux foyers politiques et culturels de la Couronne d'Aragon, au point de rivaliser avec les plus grandes cités marchandes de son temps, telles que Venise ou Gênes.
La rivalité entre Madrid et Barcelone plonge ses racines dans l'histoire même de l'Espagne. Pendant des siècles, Barcelone fut l'un des principaux centres politiques, commerciaux et maritimes de la Couronne d'Aragon, tandis que la Castille affirmait progressivement sa domination depuis le centre de la péninsule Ibérique. Lorsque le roi Philipe II d'Espagne fixa définitivement sa cour à Madrid en 1561, son choix fut largement dicté par des considérations géographiques et politiques : située au cœur du royaume, Madrid permettait d'administrer plus facilement l'ensemble des territoires de la monarchie. D'ailleurs, observez comment les grands axes routiers principaux forment grossièrement une sorte d'étoile par des lignes droites ayant pour point de départ Madrid et s'enfonçant dans les provinces ! Contrairement à Barcelone, fortement associée aux institutions et à la souveraineté de la Catalogne, Madrid ne disposait pas d'un puissant passé politique et d'une identité culturelle forte susceptible de concurrencer l'autorité royale. Ce choix contribua à faire de Madrid le centre du pouvoir espagnol, tandis que Barcelone demeura le principal moteur économique et culturel de la Catalogne, alimentant une rivalité qui perdure encore aujourd'hui.
Finalement, Barcelone aujourd’hui a préservé sa superbe, car elle est considérée par beaucoup comme une ville à la culture unique, notamment grâce aux œuvres de Gaudí comme la Sagrada Família. C’est aussi une ville touristique grâce à sa plage et à son port, ainsi qu’une ville à la démographie importante, comptant environ 1,6 à 1,7 million d’habitants, deuxième plus grande ville.
La Sagrada Família est une basilique catholique commencée en 1882 à Barcelone. Le projet est d’abord confié à l’architecte Francisco de Paula del Villar, mais il est rapidement repris par Antoni Gaudí en 1883, qui le transforme entièrement. Gaudí consacre les 15 dernières années de sa vie exclusivement au chantier, vivant même sur place à la fin de sa vie. À sa mort en 1926, seule une part de l’édifice est construit.
Sur le plan architectural, la Sagrada Família est une synthèse unique de styles, mêlant influences gothiques tardives et modernisme propre à Gaudi que certains appellent le gaudisme, le but est de développer un langage totalement original inspiré des formes naturelles. Gaudí imagine une structure organique, où les colonnes ressemblent à des arbres et où l’ensemble du bâtiment évoque une forêt de pierre. Le plan est celui d’une croix latine, et l’édifice doit comporter au final dix-huit tours, chacune ayant une signification symbolique précise dans le cadre du récit chrétien.
Le monument est organisé autour de trois grandes façades. La façade de la Nativité, la seule largement supervisée par Gaudí, est très détaillée et foisonnante, célébrant la naissance du Christ à travers une profusion de formes naturelles et symboliques. La façade de la Passion, plus tardive, se distingue par son style austère et anguleux, illustrant la souffrance et la crucifixion du Christ. Enfin, la façade de la Gloire, encore inachevée aujourd’hui, doit représenter l’élévation spirituelle et le jugement dernier, et constituera l’entrée principale de la basilique.
Sur le plan technique, l’édifice constitue une innovation majeure. Gaudí expérimente des structures complexes basées sur des formes géométriques naturelles comme les hyperboloïdes complexe à comprendre mathématiquement parlant mais qui peuvent être résumé architecturalement comme ceci : Une structure en sablier, qui est légèrement tordue au milieu et s'agrandit ou se rétrécit à ses extrémités tout en restant parfaitement stable. Et des paraboloïdes, qui sont quant à eux sont des sortes de trous creusés vers le haut dans l'édifice qui donnent des effets de profondeur, les trous sont semblables à ceux d'un bol lisse et parfaitement courbé, ils peuvent à l'inverse se tordre dans l'autre sens et donner une sorte de boule dans l'édifice comparable à un bol retourné sur le sol, Gaudi utilise des maquettes suspendues pour étudier la répartition des forces. Ces méthodes, très avancées pour son époque, ont permis aux architectes modernes de reprendre ses travaux sans altérer sa volonté artistique très moderne pour l'époque.
À l’image des montagnes qui finissent par s’effondrer sous leur propre poids, ce géant a lui aussi un défaut inhérent à son existence même : il est bien trop gigantesque et ambitieux. La construction a commencé en 1882 à Barcelone et, plus de 140 ans plus tard, le chantier est encore en cours ! Aujourd’hui, l’intérieur serait fini, mais l’extérieur, lui, est toujours en construction. Cette basilique, consacrée en 2010 par le Pape, remplit néanmoins sa fonction principale : offrir un lieu de culte aux chrétiens du monde entier. Elle est si grande qu’elle semble se dresser jusqu’aux nuages. Certains y voient la volonté de Gaudí de symboliser la grandeur du Christ ; moi, j’y vois surtout la volonté de repousser toujours plus loin les limites de l’Homme. L’histoire de la tour de Babel ne leur a-t-elle rien appris ? Dieu n’aime pas que l’Homme cherche à se faire trop grand, ou du moins plus grand que lui.
Ainsi, Gaudí était-il un outil entre les mains du divin pour faire resplendir sa parole, ou n’était-il animé que par ses propres intérêts : la reconnaissance, l’admiration, la grandeur et le dépassement de la condition humaine ? Selon l’interprétation, la finalité de l’édifice n’est pas du tout la même. Néanmoins, quelle claque visuelle ! C’est beau, hein ! Les formes représenteraient des moments clés de la Bible ; moi, j’en trouve beaucoup très abstraites et difficilement compréhensibles, mais c’est du Gaudí tout craché ! J’espère sincèrement que les architectes modernes n’utiliseront pas son nom pour faire passer n’importe quelle forme grotesque sous couvert de modernisme abstrait.
Mon père considère que c’est un blasphème, simplement parce qu’il ne reconnaissait aucun des symboles sur l’édifice. On ne peut pas lui en vouloir : il faut être un peu perché pour les comprendre…Il y a toujours une sorte d’équivalent de la gendarmerie qui patrouille au pied de l’édifice ; ils sont armés. Je ne savais pas où mettre cette information, et bien la voilà. La municipalité ne semble pas plaisanter avec la sécurité dans un tel lieu. Peut-être craint elle des attentats et envoie des patrouilles à titre préventif ? Ce serait plus que plausible… ou peut-être existait-t-il un risque réel ce jour là. Allez savoir !
Journal du montagnard #11
La basilique du Sacré-Cœur de Jésus de Barcelone est située au sommet du Tibidabo, la plus haute colline dominant la ville. Elle occupe un emplacement stratégique et symbolique : visible de presque toute la métropole, elle donne à la fois sur la ville et la mer, comme un témoignage qui rappelle que le domaine du Christ s’étend par-delà l’horizon et que les Barcelonais sont les siens.
Sa construction débute à la fin du XIXᵉ siècle et s’inscrit dans un contexte de forte affirmation religieuse catholique en Catalogne. Le projet est d’abord initié par le docteur Enric Sagnier, néanmoins le chantier s’étend sur plusieurs décennies par la faute d'un manque de moyens, et la basilique n’est officiellement achevée qu’au milieu du XXᵉ siècle, ce qui explique la superposition de styles architecturaux.
Architecturalement, l’édifice mélange plusieurs influences : néo-gothique avec ses cul-de-lampe, moulures et lanternons qui parsèment l'édifice et néo romane avec notamment son grand fronton peint surmonté d'archivoltes romanes, mais aussi la forme circulaire et arrondie du toit des tours. Sa structure est composée d’une crypte inférieure massive, surmontée d’une église supérieure et d’une grande statue du Christ dominant l’ensemble. Cela crée une impression de verticalité et d'église sur une autre église ! Les pierres claires ajoutent du cachet à l’édifice, qui semble n’en être que plus divin. Sur le plan symbolique, le choix du Tibidabo n’est pas anodin. Le site est le plus haut de Barcelone, comme si le Christ régnait sur toute la ville. C'est notamment dans cet édifice qu'il est possible de retrouver une mosaïque représentant le monastère de Montserrat dans la crypte, rappelant l'importance de ce lieu pour les Barcelonais.
Analyse simpliste des peintures de gauche à droite :
- Tout à gauche, une peinture de paysage représentant un lieu de culte chrétien, peut-être la basilique de Padoue, en Italie, qui elle-même peut être vue depuis un pont sous un angle similaire. Un autre indice serait la statue devant la peinture représentant saint Antoine de Padoue tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. Le dernier indice serait l’inscription “Doctile Depositum Urbis Paduae”, que l’on peut traduire approximativement par « un noble trésor de la ville de Padoue ». Aucune idée de pourquoi une telle peinture peut être trouvée ici. Est-ce une sorte de collaboration artistique ? Car si ce saint a une importance dans l’histoire liturgique européenne, il n’a pas grand-chose à voir avec l’Espagne.
- À gauche, la bataille de Lépante en 1571 : la peinture représente un convoi de navires de guerre sur une mer agitée, après une tempête ou une bataille, puisqu’il est possible de voir la coque d’un navire en train de sombrer. Néanmoins, si je n’avais pas fait de recherches, l’hypothèse d’une bataille navale m’aurait à exclure : aucun impact de canons sur les navires, aucun dégât visible, ni feu sur l’eau, ni débris ou corps dans la mer. Mais il s’agit bien d’une bataille navale, celle de Lépante, qui opposa la coalition catholique européenne menée par l’Espagne, Venise et le Pape à la flotte ottomane. Cette bataille mit fin à l’expansion ottomane en Méditerranée et fut largement attribuée, selon la tradition, à l’intercession de la Vierge Marie invoquée par le rosaire du capitaine. L’hypothèse est d’autant plus probable qu’à l’avant de la peinture apparaît la statue de la Vierge protectrice, accompagnée de l’inscription : “Magnum et singulare Ecclesiae praesidium”, que l’on peut traduire par « un grand et singulier secours de l’Église ».
- Au milieu, la plus grande peinture représente la basilique elle-même. Elle figure la basilique surplombant le monde, entourée d’anges dans les nuages qui semblent louer Dieu à ses côtés et reconnaître en elle un lieu de culte, indiquant qu’elle constitue une sorte de frontière entre le monde des Hommes et celui de Dieu. Il est possible de trouver deux peintures latérales en dessous de celle-ci. À gauche, on voit un groupe de clercs et d’hommes d’Église réunis autour d’un éminent ecclésiastique âgé et assis sur un trône. Cette scène pourrait être liée à la visite de saint Jean Bosco en 1886, lorsque le terrain fut offert aux Salésiens avec l’idée d’y bâtir un temple dédié au Sacré-Cœur. À droite, on distingue une plage, des gens ordinaires, probablement des fidèles et des pèlerins, qui cheminent vers une sorte de sanctuaire. Cela semble représenter la fidélité du peuple espagnol envers Dieu, possiblement en lien avec un événement important. J’ai trouvé une source qui indiquerait un lien avec la Semaine tragique de 1909 en Espagne, période durant laquelle la répression fut particulièrement violente. Cependant, le lien avec une plage reste peu clair… cette peinture demeure mystérieuse. Les inscriptions situées sous la peinture principale et au-dessus des scènes latérales peuvent se traduire par : « Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage ». Il s’agit d’une prière issue du Te Deum, souvent utilisée pour demander la protection divine sur une nation entière, considérée alors comme une communauté chrétienne unie, à la manière d’un père protégeant ses enfants.
- À droite, la peinture montre une mer déchaînée avec une barque ballotée par les vagues, la basilique Saint-Pierre du Vatican en arrière-plan. Au-dessus, une sorte d’arc-en-ciel dans une éclaircie perce à travers l’orage, accompagné de l’inscription : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas. » Ici, cette peinture ne semble pas être rattachée à un événement historique particulier, mais plutôt à une dimension spirituelle de la vie du croyant ordinaire. Au cours de sa vie, le croyant est amené à traverser des tempêtes, des épreuves et des difficultés qui peuvent engendrer doutes et tentations, le menant parfois vers le vice, le péché ou le mensonge. Sa foi est alors mise à l’épreuve : c’est dans ces moments qu’il doit tenir bon et ne pas sombrer. La “barque de Pierre” représente cette lutte intérieure. Elle symbolise les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne, mais aussi l’invitation faite à Pierre et aux disciples de faire confiance à Dieu, malgré leurs hésitations et leurs doutes à prendre la mer. C’est un beau message. Il est également possible d’y voir une dimension d’espoir : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas », c’est-à-dire que, quelles que soient les épreuves, Dieu veille toujours sur ses enfants, le mal ne triomphera pas, et après l’orage vient toujours le beau temps. En dessous, il est possible de voir la statue de saint Joseph avec l’inscription : « Protecteur sur terre, intercesseur dans les cieux ». Je ne suis pas sûr de comprendre entièrement : peut-être est-ce une référence au rôle attribué aux saints dans la tradition catholique, qui protègent les fidèles sur terre et intercèdent ensuite pour eux au paradis afin de guider leur âme jusqu’à Dieu ?
- Tout à droite, l’emblématique peinture dont j’ai tant parlé : la peinture représentant le monastère de Montserrat. Je ne refais pas toute l’histoire ni toute la symbolique ; Je note simplement que la Vierge noire y est représentée, et que l’inscription dit : « Voici mon repos, c’est ici que j’habiterai ». Cela fait référence au lieu de pénitence des pèlerins qui auraient découvert la Vierge noire dans le massif de Montserrat, suggérant que la sainte patronne de la Catalogne veille sur ses habitants en demeurant dans ses montagnes, haut lieu pour les chrétiens espagnols.
Je m’y suis pris comme un débutant ! J’ai tout foiré dans cette visite ! Tout d’abord, le parking est fermé le matin : qu’est-ce que c’est que cette bêtise ? Le véhicule fut donc garé en warning n'importe comment, et qu'ils ne viennent pas le toucher ou même le bon Dieu ne pourra rien pour les sauver. M'enfin, s'ils ont les mêmes cantonnier que ceux de Saint Martin d'Oney, on est tranquille ! Ils sont pas payés à travailler, alors à monter tout en haut d'une colline, certainement pas c'est pas dans le contrat ! Ensuite, il faut savoir qu’une tour est ouverte à la visite et permet d’avoir une vue panoramique sur la basilique. Elle était fermée quand je suis arrivé ! Enfer et damnation ! Je ne suis pas dans Assassin's Creed, rien que monter trois marches m'essouffle, alors j'ai abandonné ! Et le pire : de la basilique, seule la crypte était ouverte ! La crypte ! L’église à l’étage était fermée. Il était au moins 10 h 30 ! Il s’agirait de se réveiller là-haut ! On dit souvent que : « Si le curé fabrique l’eau-de-vie pour tous ses frères, encore faut-il, le dimanche, qu’il soit capable d’endurer la cuite pour le Père ». Ici, ça n’a visiblement pas été le cas… Non, en vrai, personne ne dit ça, c’est moi qui ai inventé cette expression quand j’avais 17 ans ! En gros, ça veut dire que si tu fais quelque chose, il faut être prêt à en assumer les conséquences. Je pense que je la répèterai à mon mini moi ou son mini elle car elle est rigolote cette expression. Mais n'empêche, la gueule de bois a dû frapper fort le curé en charge de l’ouverture, je ne vois que ça.
D’ailleurs, je ne l’ai pas dit ici, mais faites attention pour le parc Güell de Gaudí : vous ne pouvez réserver que par Internet. Nous avons été sacrément déçus…Les petits chinois ont gagnés la bataille, mais certainement pas la guerre. Mais bon, c’est le jeu.
Journal d'un montagnard #12
L’Hospital de Sant Pau est plus qu’un simple hôpital : il s’agit de l’un des chefs-d’œuvre du modernisme catalan et de l’un des ensembles architecturaux les plus remarquables de Barcelone. Conçu par l’architecte Lluís Domènech i Montaner au début du XXᵉ siècle, il fut imaginé comme une cité hospitalière où l’architecture elle-même contribuerait au bien-être des patients.
Son origine remonte à 1401. À l'époque, il portait le nom générique d'hôpital général de la capitale catalane. Cela fait donc plus de 600 ans que cet établissement existe, et il a assuré un service ininterrompu jusqu'en 2009. Créé sous l'Ancien Régime, il a vu se succéder une multitude de régimes politiques au cours de son histoire. Il s'est rapidement imposé comme un haut lieu de la médecine et de la recherche médicale, au point de devenir l'un des grands hôpitaux européens jouissant d'une renommée internationale. Avant sa création, Barcelone comptait plus de huit petits hôpitaux, mais ceux-ci furent progressivement regroupés au sein de cette nouvelle institution, appelée à devenir la référence médicale de la ville. Lors des grands travaux du XXᵉ siècle, qui donnèrent à l'édifice l'apparence si emblématique que nous lui connaissons aujourd'hui, sujet que nous aborderons dans le prochain paragraphe, il est intéressant de noter que le projet initial prévoyait non pas 27 bâtiments, mais 48. Faute de temps, de moyens et de soutien financier, il fallut cependant revoir les ambitions à la baisse et simplifier le projet, bien qu'aujourd'hui, Sant Pau se regroupe principalement autour de 8 bâtiments entièrement restaurés. C'est également dans cet hôpital réquisitionné durant la guerre civile espagnole par la Generalitat de Catalogne, que furent réalisées deux avancées médicales majeures pour l'Espagne : la première transplantation de moelle osseuse et la première transplantation cardiaque, respectivement dans les années 1970 et 1980.
À une époque où les hôpitaux étaient sombres, surpeuplés et peu hygiéniques, Domènech i Montaner proposa une vision révolutionnaire. Plutôt qu’un immense bâtiment unique, il conçut un ensemble de pavillons indépendants aux dortoirs espacés reliés par un réseau de galeries souterraines. Cette organisation permettait d’isoler les malades selon leurs pathologies, tout en offrant à chacun un accès à la lumière naturelle, à l’air frais et à des espaces verts. L’idée était simple : un environnement agréable et dépourvu de germes pathogènes pouvait favoriser la guérison autant que la médecine elle-même.
L’architecture de l’hôpital est caractéristique du modernisme catalan. Les façades de briques rouges sont décorées de mosaïques colorées jaunes, oranges, bleus, de sculptures, de céramiques vernissées et de motifs inspirés de la nature. Chaque pavillon possède sa propre identité visuelle, bien que les huit grands édifices sans compter le bâtiment de l'administration ont certains éléments architecturaux en commun. Loin de l’austérité habituellement associée aux établissements médicaux, Sant Pau ressemble davantage à un palais ou à une petite ville idéale qu’à un hôpital.
L’intérieur n’est pas en reste. Les salles étaient conçues pour être lumineuses, aérées et agréables à vivre. Les plafonds voûtés, les vitraux et les décors floraux témoignent de la volonté de rendre l’environnement hospitalier plus humain. Cette attention portée au confort des patients était particulièrement novatrice pour son époque et reflète les préoccupations sociales qui accompagnaient l’essor du modernisme catalan. Sur le plan symbolique, l’hôpital illustre également la prospérité de la Catalogne industrielle du début du XXᵉ siècle. Son financement fut rendu possible grâce au legs du banquier catalan Pau Gil, dont le nom est encore associé à l’établissement.
L'hôpital était assez moderne pour son époque, tout d'abord ils accueillaient les Hommes et les Femmes de manière séparés avec des pavillons propres, de plus, chaque pavillon avait un objectif, un objet d'étude et des patients propre à ce dernier : Ensuite chaque pavillon disposait d'un réservoir d'eau destiné aux malades et aux situations d'urgence, d'un oratoire afin de permettre la pratique religieuse, d'une salle de jour pour le confort des patients, de chambres individuelles dont le nombre variait selon les pavillons, d'un hall central destiné aux multiples opérations, ainsi que d'équipements médicaux avancés.
Je n’en dirai pas plus ! Mais le lieu regorge d’informations relatives aux sciences médicales, que je préfère ne pas aborder car je ne suis pas scientifique.
Devinez un peu comment s’appelle le gigantesque bâtiment central qui permet de pénétrer dans les édifices médicaux… Allez-y, devinez. La clinique centrale ? L’hôpital général ? Non. La très illustre administration. Rien que ça. C’est-à-dire que le bâtiment le plus imposant du complexe médical n’est pas réservé au traitement des patients, mais simplement aux hauts fonctionnaires chargés de l’administration de l’hôpital. C’est incroyable, non ? Il est intéressant de noter que le pavillon de la très illustre administration fut l’un des premiers bâtiments achevés, vers 1912. Si vous aviez vu le bâtiment de l’administrateur général de l’hôpital, il est sublime et depuis son bureau peut contempler la moitié du domaine. c’est assez écœurant, sincèrement.
Je précise que cet hôpital survivait principalement grâce aux impôts, donc prélevé sur le peuple qui travaillait continuellement, ainsi qu’aux bienfaiteurs, des particuliers qui croyaient en l’œuvre à laquelle ils donnaient, et à certains privilèges hérités de l’Ancien Régime. Par exemple, l’hôpital devenait ipso facto légataire des biens d’un patient décédé sans héritier officiel : ce privilège avait été accordé par le roi. D’ailleurs, rien à voir, mais pendant longtemps, l’hôpital n’accueillait pas toute la misère du monde comme c’est le cas aujourd’hui dans notre système de santé fondé sur la solidarité. Il accueillait autant de personnes pauvres que riches, souvent, il s'agissait de personnes notables qui avaient les moyens d’être soignées, ou qui disposaient de garants capables de payer pour elles : une collectivité, une communauté religieuse, des parents, etc. Ainsi, n’y était pas admis qui voulait. Néanmoins, un hôpital général demeure général, il accueillait aussi des pauvres et des malades sans ressources, justement grâce à un système de charité, notamment par les ordres religieux qui contribuaient, via le jeu de l’aumône collectée à l’église, à financer les soins des démunis. La collectivité pouvait également, en période d’épidémie, se mobiliser pour lever un impôt extraordinaire.
En bref, c’est dommage qu’un établissement destiné au traitement des plus démunis, avant même de remplir pleinement sa fonction principale, ait dû comporter un pavillon aussi prestigieux pour les administrateurs issus des élites bourgeoises et nobles. Enfin, en réalité, ce pavillon est moderne ; sous l’Ancien Régime, il était sûrement bien plus sobre. Mais quand même… cet endroit est magnifique ! Aussi beau que les palais parisiens. Ce qui me frappe le plus lors de la visite, c’est sans doute ce paradoxe : l’édifice a été conçu pour accueillir la maladie, mais tout dans son architecture évoque la vie, la lumière et l’espoir. Peu de monuments parviennent à transformer un lieu de souffrance potentielle en un espace aussi harmonieux et apaisant, c'est un point positif, néanmoins, tout évoque aussi l'opulence, le luxe, la richesse ! Ce qui me chagrine, c’est qu’il s’éloigne de sa finalité première… Et pour être parfaitement honnête, j’ai bien peur que très rapidement, un tel complexe médical ait pu faire l’objet de dérives opportunistes de la part de ses dirigeants qui ne semblent pas avoir été relatées...M'enfin ce n'est qu'extrapolation de ma part !
Journal d'un montagnard #13