Sur la route vers notre prochaine destination, mon père et moi nous sommes arrêtés devant un village niché sur un éperon rocheux. Un seul moyen d’y pénétrer, un seul moyen d’en sortir. Le village surplombait une rivière en contrebas et semblait suspendu au-dessus d’une spectaculaire paroi basaltique. Voir au loin le clocher de l’église à l'avant et les rangées de maisons de Castellfollit en retrait accrochées au bord du vide créait une atmosphère majestueuse et unique.
L’idée que l’Homme ait dompté la nature et la défie jour après jour est fascinante. Il s’est arrogé le droit de construire au sommet des falaises, sans doute pour se protéger de ses semblables, tout en veillant à ce que cette même falaise, leur gardienne, ne devienne pas leur tombeau. Car c’est vrai : Pourquoi ce village ne s’est-il toujours pas effondré ? Il est vrai que le basalte est une roche volcanique particulièrement résistante, mais tout de même ! À qui devons-nous cette prouesse ? À l’ingéniosité de l’architecture humaine, alors que ces maisons ne semblent avoir rien de spécial au premier regard, ou bien à une chance insolente qui leur sourit depuis des siècles ?
Concernant l’origine du nom du village, plusieurs hypothèses existent. Le village est mentionné dès 1006 sous le nom de « Castell Kastro Follit ». Le terme « castell » renverrait à cette ancienne fortification. Quant à « follit », certains auteurs ont proposé un lien avec des constructions réalisées à l’aide de pierres disposées en fines couches, rappelant l’aspect feuilleté de certaines roches. Certains supposent que « castell » peut aussi faire référence à la silhouette naturelle de la paroi basaltique, dont les formes évoquent celles d’une forteresse.
Le basalte forme des sortes d’orgues, semblables à celles que l’on peut observer en Islande, bien que je n’y sois jamais allé. Pour me rendre au village, il aurait fallu emprunter un grand pont traversant la rivière en contrebas, depuis lequel j’ai aperçu un héron posé sur les vestiges d’une ancienne structure partiellement submergée, probablement un ancien barrage ou un lavoir. J’ai finalement renoncé à rejoindre le village. Bien que sa position géographique, la rivière qui coule à ses pieds et son architecture pittoresque confèrent un charme à l’endroit, le village en lui-même demeure ordinaire. Pas de musée, peu de commerces, pas d’artisanat. En exagérant un peu pour créer le point d'orgue de mon discours, superbe jeu de mot, je dirais que ce n’est, à vrai dire, qu’un village ordinaire posé sur un paysage qui lui, est extraordinaire !Journal d'un montagnard #17