Vallée d'Ordessa

Publiée le 27/06/2026
La vallée d’Ordesa est un grand canyon glaciaire, entouré de falaises calcaires spectaculaires. On la surnomme parfois « l’antre aux mille et une cascades », et à juste titre : tout y déborde de vie, entre végétation luxuriante, cascades rafraîchissantes et montagnes éblouissantes.

La vallée d’Ordesa est un rêve de jeune Pyrénéen, un territoire indompté où je rêve de mettre les pieds depuis maintenant plus de trois longues années. Mais, n’étant accessible que par le village d’Ordesa en Espagne, je ne pouvais m’y résoudre. En réalité, elle l’était également par le cirque de Gavarnie et la brèche de Roland, mais je n’avais qu’un seul ami suffisamment entraîné pour tenter l’entreprise, et j’aurais préféré être plusieurs pour un tel voyage… J'ai toujours refréné cette envie aussi fort que je le pouvais.

Mais grâce à mon père et à ce voyage, je pouvais désormais réaliser l’un de mes rêves : pénétrer et explorer ce canyon glaciaire qui se prolonge jusqu’à l’horizon. La particularité d’un tel lieu réside notamment dans sa forme inhabituelle : il s’agit d’un canyon glaciaire. Il ne diffère pas tant dans son mode de formation d’un cirque glaciaire ; là où il se distingue, c’est dans sa forme : il n’est pas circulaire, semi-circulaire ou arrondi, mais plutôt longitudinal. C’est un canyon.

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un canyon glaciaire ? C’est un canyon qui s’est formé par l’action à très long terme d’un glacier qui, en avançant lentement sous son propre poids, érode la roche sur laquelle il s’écoule. De plus, l’eau issue de la fonte du glacier s’infiltre dans les fissures de la roche, et lorsque la température baisse, elle gèle à nouveau : en se solidifiant, elle exerce une pression qui fragmente la roche et facilite l’avancée du glacier. Contrairement aux rivières qui creusent des vallées en V, la glace agit comme une immense râpe à fromage : elle arrache des blocs de roche par le phénomène d’arrachement et les broie en particules fines par abrasion, grâce aux débris qu’elle transporte à sa base. Au fil des cycles glaciaires, cette érosion approfondit et élargit la vallée initiale, transformant une vallée fluviale en une vallée encaissée aux parois abruptes et au fond relativement plat, souvent en forme de U arrondie dans le cas d'un cirque et en U très allongé dans le cas d'un canyon. 

Ordesa est un territoire qui regorge de merveilles. On y dénombre énormément de cascades ; je ne pensais pas en voir autant. Il existe de nombreux miradors et sentiers secondaires à la route principale qui permettent de s’approcher au plus près de ces cascades. Certains simples, d'autres si risqués qu’ils ont visiblement été fermés, à vos risques et périls. Mais le jeu en vaut la chandelle, ça c’est certain. Quoique… risquer la mort pour quelques litres d’eau, avec du recul, je dirais que c’est puéril. Mais après l’avoir fait… allons ! Vous ne risquerez rien si vous tenez bien sur vos deux jambes.

Néanmoins, bien que je me sois rincé le visage dans ses sources, je déconseille d’y boire. L’eau en amont est consommée par des troupeaux d’ovins qui y rejettent leurs déjections ; il vaut mieux boire l’eau des lacs plus haut en altitude !

La randonnée jusqu’au bout du canyon est relativement simple et plaisante, peu fatigante : même après neuf jours de marche, elle ne m’a pas épuisé plus que cela. En revanche, soyez préparés : si vous souhaitez aller au-delà du canyon, vous devrez passer par un pan de montagne équipé de chaînes, qui vous demandera vos mains, vos jambes et toute votre attention pour éviter une chute de plusieurs centaines de mètres.

Alors que je voulais emprunter ce passage, arrivé aux cordes, mes mains moites m’ont empêché de continuer. La prochaine fois, je prendrais des gants. Car si le canyon d’Ordesa est majestueux vu d’en bas, il l’est encore plus vu d’en haut ! Lorsque vous avez la chance d’observer les parois calcaires depuis les hauteurs, elles semblent se fondre en simples plaines une fois l’altitude gagnée.


Journal d'un montagnard #26

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