Notre pérégrination nous aura menés dans un coin assez reclus et méconnu d’Espagne, du moins pour des Français. En réalité, il est peut-être connu des voyageurs, mais ce qui me conforte dans cette idée, c’est que lorsque nous nous y sommes dirigés le mardi 19 au soir, par une soirée orageuse, nous n’avons croisé aucune voiture sur une trentaine de kilomètres, dans un dédale de routes montagneuses qui nous ont menés à des plateaux en altitude.
Nous sommes finalement tombés sur un camping… vide. Personne à l’accueil, et personne à l’extérieur, même après avoir tambouriné sur la porte de la maison principale. Nous avons donc continués et nous sommes finalement arrêtés sur le terrain communal d’un village de montagne désert. Nous avons plaisanté, mon père et moi : vous savez, un peu comme dans La Colline a des yeux, perdus dans un environnement où nous n’avions vu âme qui vive depuis le début, et ce alors même que nous avions traversé de nombreuses maisons, un camping, de belles routes… quel genre d’habitants allions-nous rencontrer là-haut ? Sincèrement. Pas UNE SEULE voiture !
D’ailleurs, les routes sont vraiment bien faites en Espagne, du moins dans le nord-est ! Alors que paradoxalement. Près de 90 % du territoire espagnol est inhabité. D'où cette impression d'être seul au monde ! Seuls environ 13 % des terres sont réellement occupés par des habitations. C’est le taux le plus bas d’Europe. Enfin bref, c’était une ambiance incroyable. Parcourir des vallées et des plateaux en altitude encore sauvages, tout en voyant d’autres montagnes au loin, encore plus imposantes, donnait l’impression d’être minuscule dans un territoire de géants, un territoire sauvage et abandonné de l’homme.
Le lendemain, nous pensions être au paradis. Un paysage aux couleurs d’or et d’argent se dévoilait à nos yeux : le soleil, se hissant tant bien que mal dans le ciel, colorait l’horizon d’une teinte orangée, tandis que les montagnes au loin n’en resplendissaient que davantage. En leur sein, des nuages retenus captifs formaient des petites mers de nuages par endroit, un spectacle qu’il n’est généralement donné de voir pour le montagnard qu’à l’aube ou au contraire au coucher du soleil. C’était sublime. La veille, nous avions emprunté ces routes dans la pénombre ; aujourd’hui, c’était dans la lumière, lumière qui nous dévoila sa beauté insoupçonnée.
Pour être honnête, la route des miradors del Silenci, comme je l’appelle, est un lieu sans histoire, sans touristes comme nous, un espace naturel dans le massif des Guilleries que peu de gens connaissent. Et ce fut magnifique d’avoir la chance de la traverser. Elle n’a rien à envier aux sites touristiques, car, en plus de rivaliser avec nombre d’entre eux par sa beauté, elle offre une tranquillité difficile à égaler. Nous n’avons pratiquement croisé personne.Journal d'un montagnard #18