Ce lieu chargé d’histoire s’avère riche en informations. Voici les plus intéressantes le concernant :
Le monastère bénédictin de Sant Pere de Rodes, le château de Verdera et le village de Santa Creu constituaient le système féodal de ce territoire. Fondé comme une cellule monastique avant le Xe siècle, il est devenu l’abbaye la plus importante du comté d’Empúries grâce à la protection dont il bénéficiait de la part de la noblesse et à son prestige en tant que lieu de pèlerinage.
Au Moyen Âge, le culte des reliques, que l’abbaye encourageait, constituait une source de revenus et de prestige en attirant une multitude de pèlerins. En 1798, après une longue période de déclin, la communauté bénédictine a abandonné le monastère, ce qui a entraîné la spoliation de ses éléments artistiques et sa ruine, phénomène encore accentué par le désamortissement de 1835. L’église, qui date du XIᵉ siècle, est la partie la plus remarquable du complexe et un élément emblématique de l’art roman catalan.
Concernant l’abandon du monastère, plusieurs facteurs ont contribué à son déclin progressif. À partir de la fin du Moyen Âge, le système féodal évolue profondément : les structures économiques et sociales changent, et certains grands monastères perdent de leur influence. L’essor des ordres mendiants (comme les franciscains ou les dominicains), implantés au cœur des villes, a également modifié les formes de la vie religieuse en proposant une spiritualité plus proche des populations urbaines. Parallèlement, le développement des villes et les dynamiques d’exode rural ont contribué à déplacer les centres de population et d’activité. À cela s’ajoutent les tensions religieuses de l’époque moderne, notamment la Réforme protestante au XVIᵉ siècle, qui fragilise l’unité du monde chrétien en Europe. Enfin, les incursions et raids en Méditerranée, notamment ceux des pirates barbaresques, ont accentué l’insécurité dans certaines zones côtières. L’ensemble de ces facteurs, combinés à un long processus de déclin interne, a conduit progressivement à l’abandon du monastère : Les moines, en quête de sécurité, se sont réfugiés à Vila-sacra, puis à Figueres. Le monastère a ensuite été livré aux pillages, au temps et aux éléments. Ce n’est qu’à partir de 1930 que des travaux de réhabilitation ont été entrepris.
Aujourd’hui, les reliques du monastère de Sant Pere de Rodes sont conservées dans des musées espagnols ou ont été dispersées à la suite de pillages. Par exemple, la Bible de Sant Pere de Rodes, l’un des rares manuscrits illustrés du XIᵉ siècle à avoir été conservés, a été emportée en 1693 lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg par l’armée française. Elle est actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France, bien qu'un exemplaire ait depuis été renvoyé au monastère.
Le monastère de Sant Pere de Rodes est un établissement bénédictin. La règle bénédictine, suivie par la communauté des moines, imposait une organisation de vie très structurée, rythmée par des horaires stricts de prière, de travail et de repos. Chaque membre avait des tâches précises à accomplir. À la tête du monastère se trouvait l’abbé, supérieur de la communauté. Il était assisté par le prieur, qui assurait la gestion quotidienne et pouvait le remplacer en son absence. Venaient ensuite les moines profès, membres pleinement engagés dans la vie monastique.
Parallèlement à cette communauté religieuse, le monastère employait des frères convers et des ouvriers laïcs (serviteurs, ouvriers, artisans ou paysans), chargés des travaux matériels : entretien, cuisine, nettoyage, agriculture ou services divers. Ces personnes ne faisaient pas partie de l’ordre monastique et vivaient généralement hors du cloître, parfois dans des bâtiments annexes du monastère ou dans le village voisin, selon les cas.
- La porte d'entrée : Voici la porterie, le lieu permettant d'entrer dans le monastère et d'en sortir. Le moine portier était chargé de garder cette porte. Les moines bénédictins ne vivaient pas enfermés, mais les règles stipulaient qu'ils devaient sortir le moins possible. Il y avait toutes sortes de visiteurs et la plupart ne pouvaient pas franchir cette porte : Des parents des moines, des pèlerins, des habitants du village venus faire des démarches administratives, comme la tenue de l'inscription matrimoniale au registre paroissial, lors des mariages, l'autorité ecclésiastique en Europe s'arrogeant le droit d'être l'autorité en cheffe pour vérifier de la régularité des mariages.
- La loge du moine aumônier
À gauche de la porterie se trouvait la loge du moine aumônier, celui qui était chargé de distribuer les aumônes sous forme de morceaux de pain, de vin ou de soupe aux pauvres qui venaient mendier au monastère. Au fond de cette pièce se trouve la porte d'accès au réfectoire.
- Le réfectoire
Peu de nouvelles informations, voir les principales sur le monastère de Poblet. l'alimentation des moines reposait sur les produits disponibles dans la région : légumes, légumineuses, œufs, lait, poisson et parfois viande. Ils ne manquaient généralement pas de nourriture, car ils cultivaient leurs potagers et exploitaient les terres du monastère. Par ailleurs, les populations locales étaient tenues de verser une partie de leurs récoltes et de leurs productions animales, sous forme de redevances. Les habitants du village avaient un régime alimentaire plus simple, conçu avant tout pour subsister. Lorsque les récoltes n'étaient pas bonnes, ils souffraient de famine.
- Le monastère et les moines en cas d'attaque
Les deux tours du monastère jouent un rôle important. L’une servait à la défense : il s’agissait de la tour de guet et de refuge. En cas d’attaque, si des ennemis parvenaient à pénétrer dans le monastère et que les moines n’avaient pas eu le temps de se réfugier dans les hauteurs de la montagne, ils pouvaient s’y retrancher pour se protéger, ce qui explique le faible nombre d’ouvertures.
Les attaques auxquelles le monastère a pu être confronté dans la région provenaient notamment de pirates barbaresques, actifs en Méditerranée entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle, qui pratiquaient des raids côtiers visant le pillage et la capture d’esclaves. Plus tard, durant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, la région a également subi des incursions et des destructions liées aux conflits entre puissances européennes, dont l’armée française. L’autre tour est un clocher, destiné à l’appel à la prière et à rythmer la vie monastique.
Quand je cheminais sur les hauteurs du massif pour rejoindre les ruines d’un ancien bastion appelé le château de Verdera d’où je pouvais avoir une vue en surplomb du monastère, je me suis surpris, pour la première fois, à entendre des discussions animées et des rires aux éclats dans un lieu culturel comme celui-ci. Habituellement, les personnes qui y viennent sont soucieuses d’en apprendre davantage sur l’histoire de l’endroit et ne viennent que très rarement pour échanger entre elles. Soyons honnêtes : avez-vous déjà entendu, dans un château, des rires résonner à plus d’un kilomètre de distance et à plus de 200 mètres d’altitude ? Bon, c’est une question très précise à laquelle peu de gens reconnaîtront une situation similaire. Mais, généralement, ces lieux sont silencieux.
Sauf dans un cas de figure précis : les événements ! Il y en avait un, et lorsque je suis redescendu du sentier de randonnée, je voyais une armée de petits vieux du troisième âge quitter le site. Ça fait plaisir de voir que même à leur âge, les accompagnateurs se démènent pour les faire sortir et participer à des activités comme celles-ci. Il faut bien traiter nos aînés, qu’ils soient grincheux ou non. Cela ne veut pas dire tout leur excuser, bien au contraire : ils sont censés être sages à leur grand âge. Mais s’ils sont encore là, c’est qu’ils ont dû en vivre, des choses. La vie n’a sans doute pas été un long fleuve tranquille, alors ne les malmenons pas.
Il fallait donc les doubler pour rejoindre mon père qui m’attendait à la voiture… J’ai refait le KDA ce jour-là : j’ai doublé au moins cinquante compétiteurs qui, certes, avaient cinquante ans de plus que moi, mais bon…Une victoire reste une victoire et ce n'est pas moi qui fait le matchmaking !
Bref, le monastère de Rodes est un édifice massif et austère, partiellement en ruine, il est constitué presque intégralement de pierre taillée. Sincèrement, il n’est pas seulement sobre : il est presque inhospitalier dans sa conception même. Il ressemble davantage à un château qu’à un véritable monastère, mais ce n’est pas étonnant compte tenu des raids barbaresques auxquels il devait faire face. Le bastion situé au-dessus de la montagne devait servir de refuge aux croyants lorsqu’une attaque était annoncée. À quelques centaines de mètres, un petit village du nom de Santa Creu existait aux côtés du monastère. Aujourd’hui, il ne subsiste que l’église restaurée et quelques maisons en ruine. Le reste n’est plus que poussière…Car au final, toute chose redeviendra poussière.
Journal d'un montagnard #16