En arrivant par la route depuis Aínsa, le lac de Mediano surgit dans le paysage aragonais, vaste étendue d’eau turquoise nichée dans la vallée de la Cinca. À environ 500 mètres d’altitude, ce lac artificiel et ses eaux calmes contrastent avec les reliefs escarpés et les premiers contreforts Pyrénéens en toile de fond. Cependant, nous n'avons pas pu nous attarder bien longtemps. Je sais bien que nous sommes loin d'être les voyageurs les plus prévoyants ou les plus malins, mais j'ai tout de même eu l'impression que la commune de Mediano faisait tout son possible pour limiter l'accès des visiteurs au lac. La route menant au village était réservée aux riverains, ce qui compliquait considérablement l'accès. Le lac de Mediano partage une histoire tragique commune avec Finestres. Il fut créé dans le cadre de la politique franquiste des années 1960-1970 relative au développement de la production hydroélectrique et à la régulation des eaux. Le barrage a profondément transformé la vallée. Les travaux ont abouti à la mise en eau du site, entraînant l’engloutissement de plusieurs villages, ce qui a durablement marqué la mémoire locale. De cet aménagement brutal, seul le clocher de l’ancien village de Mediano a survécu.
Ainsi, l'ancien clocher émerge par moments des eaux, surtout lorsque le niveau du lac baisse, comme il est possible ici d'en voir la pointe. Ce vestige poignant rappelle qu'il y a fort longtemps, existait une communauté rurale disparue sous les flots. En observant ce paysage depuis les hauteurs, on ressent une certaine mélancolie de voir certains villages de l’España Vacía devoir courber l'échine face au changement. Sur le moment, j’étais un peu déçu que la tour n’ait pas daigné se montrer davantage à nous… Il paraît que cette église romane est toujours très bien conservée et résiste très bien à l’érosion. Mais, en réalité, quel paysage ! Le simple fait de voir les Pyrénées en arrière-plan a quelque chose de magique. Car il s’agit de notre dernière destination pour ce voyage : une sorte de quête finale et le berceau de notre départ. Moi, je suis parti du Béarn, mon père des Landes, et c’est par les Pyrénées que nous rentrerons chez nous, triomphants d’avoir visité le nord-est de l’Espagne !
Journal d'un montagnard #22