La Carretera austral

Publiée le 25/01/2026
Sur 1200 kilomètres, des parcs et des réserves naturelles. On s'en est mis plein les yeux ☀️

Villarrica

Dernière incursion dans un parc avant les trois cent kilomètres qui nous séparent encore de la «Carretera» : le parc national de Villarrica. Trois jours en autonomie pour traverser le parc du sud au nord, trois journées exceptionnelles au cœur des éléments et de la nature.

On commence par une première montée en douceur dans une forêt dense où le lichen pend aux arbres comme de longues chevelures vert pâle. Nous arrivons en fin d’après-midi à un premier lac pour poser notre tente. La soirée se passe à écouter un troupeau de vaches qui est arrivé avec ses veaux et un taureau peu rassurant. Ça broute autour de notre tipi, respirant et soufflant fort. 

La deuxième journée est splendide. Une longue traversée en balcon, les décors et les panoramas se succèdent, les uns plus époustouflants que les autres. Un enchaînement de terres arides et noires, de plaines vertes, de rivières et de cascades sur fond de montagnes et de volcans enneigés. On passe encore un deuxième lac, la « Laguna blanca », couleur lait d’épeautre, pour arriver enfin à un troisième lac, la « Laguna azul », où nous posons notre bivouac pour la nuit sous quelques arbres, les premiers de la journée. En effet, nous avons marché à découvert, traqués par des taons avides de transpiration 🤨, avec une pause de midi près d’une oasis vert fluo, les pieds nus dans une gouille d’eau fraîche. Les taons disparaissent la fraîcheur retrouvée. Chaque pas se fait en silence au rythme de notre respiration. Nous parlons peu, absorbés par ce qui nous entoure. Tout est grandiose, une vue à 360 degrés : nos yeux sont grands ouverts.

La troisième journée commence par une montée aride avec vue sur le dernier lac pour ensuite rejoindre un long chemin en balcon. Nous sommes à 1950 mètres d’altitude et traversons un névé avant de redescendre sur mille mètres de dénivelé dans la forêt. À la sortie du parc, il ne nous reste plus qu’à faire du stop pour récupérer notre van qui se trouve à une heure trente de route. Deux pickups et deux heures d’attente le pouce levé auront suffi 👍. Ce parc est un gros coup de cœur ❤️.

J2 du trek Villarrica sur fond de volcan Lanin.
Alone...
Laguna blanca
Laguna azul
Le même au coucher du soleil
Géométrie sur lac
Encore lui, depuis le promontoire, un volcan en toile de fond
Un névé toujours sur fond de volcan Lanin.

La Carretera

"Qui n’a pas connu la forêt chilienne, ne connaît pas cette planète."

                                             Pablo Neruda

Du 11 au 25  janvier 2026

Première journée 

Notre «Carretera» débutera un dimanche pluvieux après une nuit passée à Las Cascadas, petit village au bord du lac de Llanquihue. Le lac nous a offert une belle dernière baignade dans une eau cristalline après une fin de journée chaude. Au matin, le temps n’était plus le même, les nuages s’étaient amoncelés durant la nuit et la pluie menaçait de tomber. Elle est d’ailleurs belle et bien tombée un peu plus tard. Nous nous sommes dirigés vers le lac vert émeraude de « Todos los santos » puis à Cochamo à l’est de Puerto Montt qui est généralement le point de départ « officiel ». On a fait le plein d’essence et chargé un bidon de 20 litres sur la galerie. Les stations vont se faire plus rares. On a aussi rempli le frigo et acheté ce qu’il nous faut en produit frais pour plusieurs jours. La «Carretera» s’annonce comme une grande aventure loin de tout. Une immersion dans les éléments de la nature. Nous serons désormais en Patagonie, côté chilien.

Ça roule … 

La «Carretera» s’articule autour de parcs et de réserves naturelles qui se succèdent, chacun avec ses sentiers et ses spécificités. On les contourne, on en visite certains et on en traverse d’autres simplement parce que la route passe par là. De route, il n’y en a qu’une : la « Ruta 7 », en partie asphaltée, en partie faite de pistes, le « ripio » comme on l’appelle ici. Sur ces portions, on roule entre 30 et 50 km/h et de la poussière, on en bouffe !! Dès qu’un véhicule nous dépasse ou arrive d’en face, il soulève un gros nuage de fumée qui envahit tout le van. On a beau fermer les fenêtres, les fines particules s’infiltrent de partout. Vivement la bitume 🤭. Notre van assure un max. Nous avons quatre pneus tout neufs : nous avons dû changer assez vite les deux avant à cause d’une boursoufflure et les deux arrière car l’un d’eux a explosé en pleine ligne droite 😅. On est parti confiants même si on doit redonner régulièrement un petit coup de tournevis ici et là à cause des vibrations.

Raconter la «Carretera» est un challenge difficile tant les journées sont différentes en paysages, en découvertes et en météo. Cette dernière conditionne d’ailleurs nos décisions : il nous faut choisir, parfois renoncer et apprendre à apprécier ce que la nature a décidé de nous offrir en fonction du temps; ce sont les nuages et le soleil qui donnent le rythme. 

Sur cette route, tout est grandiose, il y a des choses à regarder à chaque  kilomètre. On poste quelques photos pour vous raconter un peu de ces paysages même si elles ne sont que des fenêtres au milieu de l’immensité. Difficile de photographier le « à perte de vue » , difficile de décrire l’infini. Je vais donc faire la tentative de raconter la «Carretera» au travers des cinq éléments, en espérant que cela vous plongera un peu dans cet univers unique.

TERRE : L’élément terre, c’est la stabilité, ce sont les racines, ce qui arrivent par le bas pour s’élever vers le ciel : les arbres des forêts séculaires, de longs troncs serrés les uns aux autres, mais aussi ceux qui jonchent le sol, abattus par le vent et les intempéries. Elle accueille aussi la fragilité des fleurs, les pas des animaux, puissants comme le puma ou frêles comme ceux d’un oiseau. La terre, c’est aussi les tremblements qui font partie de la vie des Chiliens. C’est encore la poussière de la route, des particules qui s’agitent par milliers et enfument l’atmosphère. La terre, c’est sans aucun doute la connexion directe à la nature, c’est elle qui accueille nos pas, les uns après les autres, dans de longues marches méditatives dans la splendeur des paysages. 

EAU : C’est l’élément purificateur. Ce sont les rivières, les lacs, les torrents et les cascades qui percent et dévalent les montagnes avec force. Elles coulent par centaines les jours de pluie laissant s’échapper leurs embruns et toute leur puissance. Je me pose pour observer les nombreux chemins qu’une seule d’entre elles peut emprunter donnant l’impression d’une immense pieuvre qui se déploie sur la roche. L’eau, ce  sont aussi les glaciers de notre traversée en trois jours du parc national Cerro Castillo. Nous avons pu les approcher en randonnée et apprécier les lacs glaciaires aux couleurs turquoises et émeraude. Nous en voyons aussi tout au long de notre route et nous posons notre van pour deux nuits en face de l’un d’entre eux. L’eau, c’est encore la neige au sommet des volcans mais aussi les trous remplis à ras bord du «ripio» ; il en devient difficile à rouler. En effet, comme une bonne partie de la «Carretera» est en piste caillouteuse, la pluie complique la conduite. Jean-Luc s’en sort super bien. Il se croit en VTT, « tout est une question de pilotage et de trajectoire », dit-il. Moi je sers les dents et je m’accroche à la poignée. Les roues arrières patinent parfois 😅. Enfin, l’eau, ce sont les estuaires, le golf et les fjords rattachés à l’océan, les blocs de glace millénaires de San Rafael qui se décrochent à cause du réchauffement climatique : un bruit sourd et mastodonte que nous avons entendu la nuit pour ceux du parc de Cerro Castillo. 

Pour terminer avec cet élément, j’évoquerais encore les eaux turquoises du lac Chelenko ou Général Carrera que nous avons longées sur des dizaines de kilomètres. Le plus grand lac du Chili dont un tiers est en Argentine. L’eau provient des glaciers alentour. Hypnotique.

L’eau coule en quantité dans ce pays, on en trouve partout : facile pour nous de remplir nos gourdes, notre réserve d’eau et notre tuyau extérieur de vingt litres pour nos douches en plein air 🙂. On se lave aussi très souvent dans les rivières gelées : froid mais revigorant 😝.

L’eau nous sert aussi à préparer un thermos de thé les jours de pluie pour en offrir avec un peu de miel aux courageux cyclistes détrempés que nous croisons sur la route.

FEU : L’élément feu, c’est la puissance et toute l’énergie qui émane de la terre. Ce sont les volcans par centaines dont beaucoup sont encore actifs. Le feu a marqué son territoire : c’est le sable noir, la lave séchée, les cratères, la terre rouge et des décors de bout du monde. Le feu, c’est le soleil qui nous réchauffe en journée et qui recharge le panneau solaire de notre van. Ici le soleil est nettement plus à la verticale et chauffe aussi beaucoup plus que chez nous. Sa courbe est différente, l’ombre rare et l’orientation*** plus difficile. Enfin, le feu, ce sont  les incendies fréquents et destructeurs qui laissent les forêts noires et la terre brûlée. Nous venons d’ailleurs d’apprendre que les parcs visités il y a une quinzaine de jours (Congillo et Villaricca) sont fermés pour risques d’incendie élevés; il fait trop chaud. 

AIR : L’élément air, c’est l’énergie subtil, le souffle de vie,  le poumon, la respiration, la clarté des paysages. C’est un vent très chaud ou au contraire glacial; nous avons eu droit aux deux. Il soulève la poussière qui s’infiltre partout. Il est aussi l’élément indispensable aux oiseaux : condors, aigles mais aussi de plus petits volatiles, plus colorés, que nous pouvons observer tout au long du voyage. C’est aussi le son silencieux et profond des vallées, l’élément qui nettoie nos pensées et les emporte avec le vent. C’est lui qui me glace la peau et qui m’oblige à m’emmitoufler sous de nombreuses couches. C’est sûr, je n’aime pas le froid.

ÉTHER, l’élément suprême au-dessus de tout. Celui qui englobe tout et rayonne sans limite aucune. 


*** La remarque sur l’orientation grâce au soleil vient de Jean-Luc😁. Moi, ici ou ailleurs, avec ou sans soleil, je n’ai aucun sens de l’orientation. Le soleil ne m’a jamais sorti d’aucune situation 😋.

Pour terminer :

Nous sommes désormais arrivés au bout de cette grande route que nous avons parcourue en une quinzaine de jours. Notre « Carretera » s’est terminée à Caleta Tortel, qui sera le point le plus au sud de la Carretera pour nous. Nous ne sommes pas allés jusqu’à Villa O’Higgins, la ville officielle du bout de cette route mythique, car elle ne présente pas un grand intérêt et surtout parce que passer par Villa O’Higgins ne nous permet pas de continuer vers l’Argentine. En effet, seuls les vélos et les piétons sont autorisés à prendre le ferry qui les mènera de cette ville à El Chalten. Pour nous qui sommes en véhicule, nous aurions dû revenir depuis Villa O’Higgins jusqu’à Cochrane (où nous sommes posés en ce moment) : ça  aurait tout de même fait un aller-retour de 450 km sur piste, ce qui nous a d’autant moins motivés.

Depuis Cochrane, nous emprunterons dès demain la vallée de Chacabuco, qui promet d’être très belle, et nous passerons trois jours dans ce qui sera pour nous le dernier parc de la « Carretera »  : le parc national  Patagonia. La traversée de ce parc nous permettra ensuite d’arriver au Passo Roballos, l’un des passages pour l’Argentine.

Le programme pour la suite : redescendre l’Argentine sur 800 km afin d’arriver à Torres del Paine, parc national incontournable qui se trouve au Chili… retour donc au Chili pour cette étape. Puis retour à nouveau en Argentine où nous commencerons notre vrai voyage dans ce pays. Tout un programme sur plusieurs mois.


Prochaines nouvelles sur le blog après Torres Del Paine.

On vous embrasse très fort. Merci pour vos retours sur le site ou via  WhattsApp. Nous avons régulièrement des connexions mais ce n’est pas terrible terrible.



Bac pour traverser quand il n'y a pas de route
Parc Pumalin
Jours de pluie
Parc Cerro Castillo
Vue sur la vallée
Deuxième journée dans le parc Cerro Castillo : 800 mètres de dénivelé
Fantastique
Laguna Castillo
De ouf
Glacier Cerro Castillo
Sur la route
Paysage et ripio
Un peu d'asphalte
Lac General Carrera
Glacier en toile de fond
Bleu turquoise à l’infini
Cathédrale de marbre en plein lac.
Eau turquoise sous colonnes de marbre
Sur la route
Laguna près de Puerto Murta
Caleta Tortel
Spot 5 étoiles
1 commentaire

Julielefort

C est tellement beau... merci merci

  • il y a 4 jours