Dernière incursion dans un parc avant les trois cent kilomètres qui nous séparent encore de la «Carretera» : le parc national de Villarrica. Trois jours en autonomie pour traverser le parc du sud au nord, trois journées exceptionnelles au cœur des éléments et de la nature.
On commence par une première montée en douceur dans une forêt dense où le lichen pend aux arbres comme de longues chevelures vert pâle. Nous arrivons en fin d’après-midi à un premier lac pour poser notre tente. La soirée se passe à écouter un troupeau de vaches qui est arrivé avec ses veaux et un taureau peu rassurant. Ça broute autour de notre tipi, respirant et soufflant fort. La deuxième journée est splendide. Une longue traversée en balcon, les décors et les panoramas se succèdent, les uns plus époustouflants que les autres. Un enchaînement de terres arides et noires, de plaines vertes, de rivières et de cascades sur fond de montagnes et de volcans enneigés. On passe encore un deuxième lac, la « Laguna blanca », couleur lait d’épeautre, pour arriver enfin à un troisième lac, la « Laguna azul », où nous posons notre bivouac pour la nuit sous quelques arbres, les premiers de la journée. En effet, nous avons marché à découvert, traqués par des taons avides de transpiration 🤨, avec une pause de midi près d’une oasis vert fluo, les pieds nus dans une gouille d’eau fraîche. Les taons disparaissent la fraîcheur retrouvée. Chaque pas se fait en silence au rythme de notre respiration. Nous parlons peu, absorbés par ce qui nous entoure. Tout est grandiose, une vue à 360 degrés : nos yeux sont grands ouverts. La troisième journée commence par une montée aride avec vue sur le dernier lac pour ensuite rejoindre un long chemin en balcon. Nous sommes à 1950 mètres d’altitude et traversons un névé avant de redescendre sur mille mètres de dénivelé dans la forêt. À la sortie du parc, il ne nous reste plus qu’à faire du stop pour récupérer notre van qui se trouve à une heure trente de route. Deux pickups et deux heures d’attente le pouce levé auront suffi 👍. Ce parc est un gros coup de cœur ❤️.
"Qui n’a pas connu la forêt chilienne, ne connaît pas cette planète."
Pablo Neruda
Du 11 au 25 janvier 2026Notre «Carretera» débutera un dimanche pluvieux après une nuit passée à Las Cascadas, petit village au bord du lac de Llanquihue. Le lac nous a offert une belle dernière baignade dans une eau cristalline après une fin de journée chaude. Au matin, le temps n’était plus le même, les nuages s’étaient amoncelés durant la nuit et la pluie menaçait de tomber. Elle est d’ailleurs belle et bien tombée un peu plus tard. Nous nous sommes dirigés vers le lac vert émeraude de « Todos los santos » puis à Cochamo à l’est de Puerto Montt qui est généralement le point de départ « officiel ». On a fait le plein d’essence et chargé un bidon de 20 litres sur la galerie. Les stations vont se faire plus rares. On a aussi rempli le frigo et acheté ce qu’il nous faut en produit frais pour plusieurs jours. La «Carretera» s’annonce comme une grande aventure loin de tout. Une immersion dans les éléments de la nature. Nous serons désormais en Patagonie, côté chilien.
Ça roule … La «Carretera» s’articule autour de parcs et de réserves naturelles qui se succèdent, chacun avec ses sentiers et ses spécificités. On les contourne, on en visite certains et on en traverse d’autres simplement parce que la route passe par là. De route, il n’y en a qu’une : la « Ruta 7 », en partie asphaltée, en partie faite de pistes, le « ripio » comme on l’appelle ici. Sur ces portions, on roule entre 30 et 50 km/h et de la poussière, on en bouffe !! Dès qu’un véhicule nous dépasse ou arrive d’en face, il soulève un gros nuage de fumée qui envahit tout le van. On a beau fermer les fenêtres, les fines particules s’infiltrent de partout. Vivement la bitume 🤭. Notre van assure un max. Nous avons quatre pneus tout neufs : nous avons dû changer assez vite les deux avant à cause d’une boursoufflure et les deux arrière car l’un d’eux a explosé en pleine ligne droite 😅. On est parti confiants même si on doit redonner régulièrement un petit coup de tournevis ici et là à cause des vibrations.Raconter la «Carretera» est un challenge difficile tant les journées sont différentes en paysages, en découvertes et en météo. Cette dernière conditionne d’ailleurs nos décisions : il nous faut choisir, parfois renoncer et apprendre à apprécier ce que la nature a décidé de nous offrir en fonction du temps; ce sont les nuages et le soleil qui donnent le rythme. Sur cette route, tout est grandiose, il y a des choses à regarder à chaque kilomètre. On poste quelques photos pour vous raconter un peu de ces paysages même si elles ne sont que des fenêtres au milieu de l’immensité. Difficile de photographier le « à perte de vue » , difficile de décrire l’infini. Je vais donc faire la tentative de raconter la «Carretera» au travers des cinq éléments, en espérant que cela vous plongera un peu dans cet univers unique.