Du 7 au 22 février 2026
Après El Calafate, nous quittons les montagnes pour rejoindre la côte Atlantique. Première étape, nous descendons jusqu’à Cabo Virgenes, lieu méconnu et déserté qui a pourtant son importance : c’est le kilomètre zéro de la Ruta 40 et l’entrée du détroit de Magellan. Nous y sommes venus car c’est pour nous l’occasion d’observer une colonie de manchots de Magellan loin de toute agitation. Un endroit étonnamment sauvage, ce qui est probablement dû aux 120 kilomètres de piste qui le séparent de la ville la plus proche, Rio Gallegos.
Arrivés sur place en fin d’après-midi, le vent souffle très fort et l’air est frais. Comme d’hab’ en Patagonie ! Équipés de notre bonnet et de notre coupe-vent, on se rend à la plage. En chemin, nous croisons déjà plein de manchots qui en reviennent. Ils ne sont pas très grands et plutôt patauds lorsqu’ils se dodelinent pour se déplacer à pied, ou plutôt à palme ! Ils sont posés dans des buissons arides, debout ou à plat ventre, lovés dans les nids qu’ils ont creusés. Un zoologiste suisse-canadien de 77 ans rencontré sur place nous explique que leur colonne vertébrale n’est pas flexible, d’où cette impression de rigidité. Nous ne sommes donc que trois pour les observer. Ils sont très bruyants à ce moment-là de la journée où ils rentrent se mettre à l’abri pour la nuit. On a l’impression qu’ils babillent ou pleurnichent comme des enfants. Certains s’étirent aussi de tout leur corps, pointant leur bec vers le ciel dans une sorte de respiration saccadée et bruyante, le haut de la poitrine s’active comme une petite pompe. On les regarde passer à un mètre de nous, marchant à la queue leuleu, arrivant par groupes depuis le bord de mer : ils sont trop mignons. Nous passerons deux nuits sur place et toute la journée du lendemain au milieu de ces adorables palmipèdes : il y en a de partout, éparpillés tout autour de notre van et jusqu’à l’océan. Leur nombre est difficile à évaluer : ils seraient 120 000 couples à venir chaque année, d’octobre à avril. Nous nous rendrons mieux compte de la densité de la colonie au petit matin, lorsque nous descendons sur la plage. Ils arrivent en procession et ils sont déjà des milliers sur le sable quand nous arrivons, et ce, sur quelques kilomètres. Certains barbotent dans l’eau ou nagent au loin, alors que d’autres arrivent à la traîne. On s’assoit là et on les observe longtemps avec nos jumelles bien que certains ne soient pas si loin de nous. Un beau moment auquel viennent s’ajouter quelques albatros à l’envergure immense (3.5 m environ). Ils se laissent porter par le vent sans un battement d’aile et avec une maîtrise totale : ils sont majestueux. Nous avons aussi la chance de voir passer quelques orques au loin : nous les repérons aux jumelles grâce à leur aileron noir. Peut-être était-ce des dauphins australs ? Ils nous paraissaient quand même bien grands. Ils mesuraient cinq six mètres. Quoi qu’il en soit, on est refait ! Sur le sable, il n’y a que nous et un couple de Suisses qui a garé son gros 4x4 immatriculé ZG à côté du nôtre. On se sent seuls au monde au pays des manchots, car c’est certain, on est ici chez eux. Il faut veiller à ne pas les déranger et se contenter de les regarder vivre leur vie de manchot : partir à la plage tôt le matin et en revenir au soleil couchant. Nous aurons encore l’occasion de les observer mais dans des lieux plus balisés. Cabo Virgenes est le seul endroit où nous avons pu marcher sur la plage avec eux et les voir de très près. Pas de balises, pas de ticket d’entrée. C’est la vie sauvage ! Un petit café charmant à six kilomètres de là, à l’autre bout de la baie sur le lieu du panneaux « km 0 », qui nous a permis de boire une boisson bien au chaud. Nous apprenons plus tard que ce sont bien des manchots et non des pingouins comme leur nom anglais ou espagnol peut porter à confusion : «penguins» ou «pinguinos», le mot « manchot » ne semble pas exister dans ces deux langues. On parle d’ailleurs ici de «pingüinera», la pinguinerie! La différence entre les uns et les autres ? Les pingouins habitent l’hémisphère nord et sont capables de voler et de nager. Les manchots vivent dans l’hémisphère sud et ne volent pas. Ce sont tous les deux de redoutables nageurs, de vraies torpilles en mode chasse. Je potasse un peu le sujet 😁.
Après les 120 kilomètres de piste retour, nous poursuivons notre remontée vers le nord, toujours sous un fort vent. La route ne suit pas vraiment la côte et les distances sont énormes d’un point à l’autre. Nous projetons d’aller jusqu’à Puerto Madryn et à la péninsule de Valdes par la route 3 avec des incursions sur la route 1 pour rejoindre le bord de l’océan et observer les animaux; il y a de quoi faire. Nous savons déjà que nous ne verrons pas les baleines, car ce n’est malheureusement pas la saison.
On sort souvent des sentiers battus pour profiter des animaux loin de tout. Cela nous coûtent des kilomètres sur des pistes plus ou moins bonnes, mais ça vaut vraiment la peine de les faire ! C’est ainsi que nous passons une nuit seuls au parc « Monte Leone » où il n’y a que nous, le « guardaparque » (qui nous vend un très bon saucisson de guanaco et une confiture maison), et la présence du puma. Même s’il est rare de le croiser, il faut néanmoins apprendre les gestes qui sauvent, au cas où 😉. Il y a des sanitaires, des douches froides (très) et quelques tables aménagés à l’abri du vent derrière des rondins en bois. Le vent est tombé en fin de journée. Trop bien !La matinée est consacrée à la découverte d’une nouvelle colonie de manchots : aller sur la plage avec eux n’est pas autorisé, mais certains viennent volontiers sur la passerelle sur laquelle nous pouvons marcher. Ils sont très curieux et très peu peureux. Ils sont d’ailleurs la proie facile des pumas qui sont souvent dans la « pingüinera », leur garde-manger ! On cherche en vain les empreintes de ce félin sur le sol un peu meuble, mais les seules traces que nous trouvons de l’animal, ce sont les cadavres des manchots laissés sur place 😔. On se consolera avec les lions de mer que l’on peut observer posés sur des récifs un peu plus loin. Une consolation qui ressemble plutôt à une médaille d’or, je vous l’accorde. Avec les jumelles, on les voit super bien 🦭.On observe aussi de drôles d’oiseaux avec un bec original et une envergure assez impressionnante. Ils sont cinq à voler au-dessus de nos têtes au niveau de la « pingüinera ». On découvrira plus tard que ce sont des pétrels géants, oiseau rare et en effet très grand en vol : deux mètres d’envergure.Dans ce même parc, il y aussi une colonie de cormorans royaux posés sur un îlot. Ils sont des milliers à piailler. Impressionnant.
Mucho mucho viento. Nous sommes toujours en Patagonie et ça souffle, ça souffle fort, des jours d’affilée, et pas qu’un peu. Ça peut monter jusqu’à 50 km/h sans compter les rafales. Plus bas, le vent pouvait être très froid, mais plus on remonte vers le nord, plus les températures deviennent douces. Cela n’empêche pas le soleil de briller et au ciel d’être bleu. Le vent conditionne bien évidemment la vitesse à laquelle nous roulons : vent dans le dos ou vent de face, ce n’est pas le même combat pour le van et son chauffeur. On doit aussi bien choisir nos endroits dodo sinon on peut être secoués toute la nuit. On a aussi dû trouver un chiffon pour colmater le joint gauche de la portière arrière : le vent et la poussière s’y engouffraient joyeusement avec son lot de sifflements. Idem pour la portière conducteur : quand on roule vent de face, un chiffon y est maintenant glissé par grand vent, soit très souvent par ici. Faire attention à bien orienter le van si on veut manger dehors avec notre table et nos chaises. Le vent souffle parfois si fort que faire pipi dehors demande déjà toute une logistique 😂. Je ne parle pas des noeuds dans les cheveux, de la poussière plein les yeux. Bon, c’était juste pour dire un truc désagréable 😜.
- Addition salée de notre garagiste à El Calafate (conseillé sur le groupe Amérique latine) qui a réglé un problème de fuite d’huile et changé deux trois trucs d’usage. Nos conseillers Max et Alain nous ont bien manqué 😅. Le gars nous a ensuite dit que nous pouvions désormais aller jusqu’au bout du monde avec notre van. Vu que depuis El Calafate le bout du monde se trouve à 800 kilomètres, nous n’étions pas franchement rassurés 😳!! Il a ajouté avec un grand sourire : « jusqu’en Alaska »… Ah, il parlait de l’autre bout du monde !
On file en direction de la Cordillère, toujours en Argentine.
A tout bientôt 😘