A partir de Mendoza, les villes deviennent assez occidentalisées et sans grand intérêt. Mendoza est cependant une ville agréable et très verte : beaucoup de parcs et de places arborées où il fait bon se balader. C’est aussi l’occasion d’un très bon restaurant installé dans un charmant patio.Les paysages heureusement continuent à nous émerveiller, et c’est peu dire. Leur diversité nous surprend chaque jour et on ne se lasse pas de rouler sur ces routes aux décors cinématographiques. Nous essayons de rester dans la logique de notre voyage et d’éviter les lieux trop touristiques qui taxent de manière excessive les « estranjeros » que nous sommes. Pour les parcs, il y a une différence considérable entre les prix pour les locaux et ceux pour les étrangers, et, comme partout, plus le site est connu, plus on aligne les billets. C’est pourquoi nous zappons le parc où se trouve l’Aconcagua, le plus haut sommet du continent, un quasi 7000 m. Cent cinquante euros par personne (47€ le mètre 🤔), non merci. On vous rassure, on l’aperçoit dans le décor, imposant et hypnotique, 6960 m, ça en jette même de loin ! On l’abordera peut-être plus tard, côté Chili, pour la dernière partie de notre voyage en juin.Il y a tellement d’endroits à découvrir, souvent non mentionnés dans les guides touristiques, qu’il est facile de faire un pas de côté pour voir de très belles choses sans se ruiner. Les passages des cols qui traversent d’un pays à l’autre sont les plus belles routes que nous ayons faites : elles sont au cœur de la Cordillère et c’est tout simplement magnifique.
Après les photos du parc Ischigualasto, on vous en montre deux d'entre elles : la Laguna Brava et le Paso San Francisco.
La Laguna Brava : ancienne route du passage de la frontière
Après avoir quitté Mendoza , on passe une fin d’après-midi au parc Ischigualasto classé au patrimoine de l’Unesco, donc touristique, cher, et que nous ne pouvons pas visiter en autonomie. Nous zappons ensuite volontairement son grand frère, le parc Talampaya, et faisons route en direction du « Paso Pircas Negras», un poste frontière pour le Chili qui traverse aussi une réserve provinciale, celle de la Laguna Brava. Nous espérions traverser cette frontière située à 4200m pour ensuite revenir en Argentine par le « Paso San Francisco », un peu plus au nord. Je vous expliquerai plus tard le pourquoi de cet aller-retour.
Arrivés à Vinchina, la dernière ville avant le « Paso », nous apprenons qu’il est désormais fermé. On ne pourra pas arriver au Chili par là. Ce n’est pas très grave, nous passerons celui de San Francisco pour un aller- retour dans quelques jours; ce n’est pas la première fois que nous devons changer nos plans. Nous ne renonçons cependant pas à nous rendre à la Laguna Brava qui se trouve dans la réserve du même nom et qui est semble-t-il très belle; on sait que la route qui y mène est magnifique même si elle n’est pas mentionnée dans les topos. Pour y aller, nous devons faire appel à un guide, le site est protégé. La région est très peu touristique car la route qui arrive à Vinchina est un cul de sac. Grâce à notre application indéfectible « iOverlander », nous nous dégotons un guide pour le jour suivant : José, un Argentin amoureux de sa région fort sympathique et très intéressant. Nous passerons sept heures en sa compagnie, assis sur la banquette avant de notre van pour un circuit de 240 kilomètres. Nous sommes tous les trois et personne d’autre si ce n’est la beauté de la nature, quelques vigognes et deux flamants blancs qui nous attendaient à la lagune…. les autres ont déjà émigré. Nous parcourons une route en partie asphaltée qui nous mène jusqu’à 4200 m d’altitude, dernier point de notre parcours. Les paysages sont tout simplement époustouflants. Les minéraux ont coloré la montagne par touches : des dégradés de verts, de jaunes et de rouges sur fond de ciel bleu. Une peinture divine comme l’appel les gens de la région, et ils ne s’y trompent pas. Le retour par la même route est tout aussi spectaculaire : la lumière a changé et la perspective aussi. On se régale. Je vous laisse plutôt regarder les photos, je n’ai pas le vocabulaire nécessaire pour décrire autant de beauté.
Cette journée se termine à manger des empanadas, les meilleurs du monde, chez une amie du guide… on est refait par cette journée. Tout ceci a un prix très doux, hors tourisme de masse.
Les 30 secondes culturelles :
(Merci José 🤗)
1ère 15’’ : La différence entre le guanaco et la vigogne :
La vigogne est plus petite et plus claire que son cousin le guanaco. Sa tête n’est pas noire mais de la même couleur que sa robe. Elle a aussi de très longs cils qui la rendent bien plus sexy 😜. La vigogne vit en altitude, à partir de 3000 m. Sa laine, un cachemire ultra précieux, est une laine fine et soyeuse. Un pull en cachemire de vigogne peut passer à travers un petit anneau : c’est ainsi qu’on peut vérifier son authenticité lors d’un achat !
JL dit que je ressemble à une vigogne quand je mets du mascara 😳. Est-ce un compliment ? 🤔 Comme en ce moment je n’en mets jamais ( je ne l’ai même pas emporté avec moi), je dois ressembler à un guanaco 🤔. Que dois-je comprendre ? 😅😂😂
2ème 15’’ : Pourquoi les flamants ne sont-ils pas rose ? (et pourquoi ne faut-il pas mettre de - s à l’adjectif « rose » 😅 ?)
Ils deviennent rose seulement quand ils ont mangé les petits crustacés rose qu’ils trouvent dans la lagune… apparemment ils n’étaient pas au menu dernièrement.
Pour l´accord de l’adjectif, c’est encore une fantaisie de la langue française pour embêter les élèves 😉.
Comme évoqué plus haut, nous devons faire un aller-retour avec le Chili avant de poursuivre notre voyage, et ce, pour des raisons administratives : le véhicule doit obligatoirement réapparaître au Chili trois mois après sa sortie du territoire. Nous n’en sommes qu’à deux mois, mais comme nous poursuivons ensuite vers la Bolivie et le Pérou, nous serons hors délai, donc hors la loi et passible de grosses amendes ! Il nous faut donc anticiper. Il nous faut aussi anticiper la changement de la bouteille de gaz pour cuisiner : on doit le faire au Chili car les embouts ne sont pas les mêmes en Argentine et c’est apparemment une vraie galère de faire la bascule 😳. Comme la frontière avec la Laguna Brava n’est plus habilitée, on fera l’aller-retour par le même passage, une frontière à 4700 mètres d’altitude : le « Paso San Francisco » : 480 kilomètres depuis Fiambala en Argentine à Copiapò au Chili, pas de station essence entre les deux, pas de quoi se ravitailler et très peu de voitures. On devra utiliser notre bidon rouge sur le toit, notre réservoir ne suffira pas.
La route est entièrement asphaltée, une longue montée en pente douce avec quelques refuges et des connections wifi disponibles du côté argentin; une très longue descente plus pentue après la frontière. De bout en bout, la route est spectaculaire avec des variétés de paysages et de couleurs qui nous laissent sans voix : du jaune, du vert, de l’ocre, du rouge, du rose, du bleu, du mauve, du noir, du gris, du sable. A cela s’ajoute les quelques lagunes turquoises, vertes ou asséchées. Nous mettrons trois jours pour ne faire que l’aller, on savoure chaque instant, ce sont des moments rares. On prend un bain de couleurs et de grands espaces. On se laisse chouchouter par des peintures vivantes grandeur nature, loin de la noirceur du monde, et ça fait un bien fou. On roule au milieu de montagnes et de volcans atteignant plus de 6000 m, et on dort au milieu de décors de rêves : c’est tout simplement magique. Il y a aussi plusieurs possibilités de randos, sans s’inscrire, sans payer, sans devoir présenter son matériel. La montagne est libre, comme on l’aime. Ici, les conditions d’enneigement de haute montagne n’ont rien à voir avec celles de chez nous. Entre 3500 et 6000 m, il n’y a pas du tout de neige à cette saison. Seule l’altitude se ressent : respirer et faire un effort est bien plus éprouvant. On prend donc le temps de s’acclimater : une première nuit à 3500, une rando à 4200 ou 4478 (selon qui 😉), une deuxième nuit à 4000. On boit trois litres d’eau chacun par jour, on mange léger, pas d’alcool et un Doliprane parfois pour palier aux maux de tête. Pour son anniversaire, JL s’offre son premier 5000 m (sommet à 5200 pour être précis) : pas besoin de plus pour ce jour festif, tout est là, des volcans et des montagnes de toutes les couleurs en guise de gâteau d’anniversaire 🎂! Pour moi, ce sera mon premier Mont-Blanc local, 4800 m ! Je monte en solo, face à moi-même, JL est loin devant pour son 5000. Chaque pas compte, chaque respiration aussi. Je m’essouffle vite à cette altitude bien que le dénivelé ne soit pas trop important. Je pense à notre jeunesse et à mes élèves qui peinent parfois à avancer dans cette société déconnectée et dans ce monde en perpétuel déséquilibre. Ce sont eux les vrais héros de notre époque : avancer et construire un avenir au milieu de ce chaos. Penser à eux me donne le courage de ne pas renoncer, d’arriver jusqu’à l’objectif que je m’étais fixé : 4800 m. Le chiffre s’affiche sur l’écran de mon appli « Komoot ». Je ne ferai pas un pas de plus. Je reste un long moment assise sur un rocher à admirer les montagnes depuis le haut. J’en ai les larmes aux yeux, pour eux, pour la beauté du paysage. Notre rando terminée, nous redescendons jusqu’à 2800 m pour passer la nuit. On passe aussi deux douanes. On est au Chili sur la Ruta del desierto. Encore un nouveau paysage s’offre à nous, à une centaine de kilomètres de Copiapò. Nous traversons une région minière, elle représente 90% des exportations en cuivre, fer et or du pays. C’est ici qu'en 2010, 33 mineurs se sont retrouvés piégés à 700 mètres sous terre après un éboulement de la mine San José. Leur sauvetage, qui a duré presque deux mois, avait été très médiatisé et reste le sauvetage le plus incroyable qui soit. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de l’évoquer avec un ancien mineur rencontré avec toute sa famille au camping de Copiapò le soir suivant : une quinzaine de personnes avec qui nous partageons un bon verre de vin rouge et des grillades. Juan, 68 ans, nous raconte toutes sortes d’anecdotes sur son ancien travail à la mine. Il nous explique que c’est un travail difficile, en altitude, mais trois fois mieux rémunéré que le salaire moyen au Chili. Il y a aussi laissé ses poumons. Non, il ne faisait pas partie des 33. Après une petite journée à Copiapò, on reprend la route en sens inverse pour revenir en Argentine. Passée la frontière après trois heures de montée ( le van assure de ouf) le temps se gâte. Même route mais avec une perspective et une météo différentes : tout est à redécouvrir avec ces nouveaux filtres. On arrive à Fiambala le jour d’après : on aura mis six jours pour faire l’aller-retour. Comme souvent, nous avons pris notre temps. Si on ne le fait pas durant cette année sabbatique, quand le ferons-nous? On sait que ce temps pris là sera décompté ailleurs et qu’il va nous falloir faire des choix. Nous verrons au fur-et-mesure, le compte à rebours a commencé en douceur : nous avons pris nos billets retour, nous serons sur le territoire franco-suisse le 3 juillet 2026. Une année se sera écoulée.
1’ . La pré-cordillère
Dans nos montagnes, il y a les pré-alpes, ici, il y a la pré-cordillère. Elle désigne les contreforts qui sont devant la chaîne principale. Ce qui est intéressant de savoir, c’est qu’elle n’est pas de la même roche que la Cordillère, ce qui a intrigué pas mal de géologues. Une hypothèse a été émise début XIX ème (?) et confirmée bien plus tard car considérée pendant longtemps comme farfelue. La roche de la pré-cordillère n’est pas autochtone mais allochtone, c’est à dire que sa formation structurale n’a pas son origine dans le pays où elle se trouve ! La pré-cordillère vient des États-Unis et elle a été acheminée comme un immense bateau par l’océan pacifique il y a des millions d’années pour venir se déposer là où elle se trouve aujourd’hui. Ce qui a pu valider cette hypothèse de départ sont les nombreux fossiles marins qui ont été trouvés dans la roche. Ces fossiles montraient des animaux marins endémiques aux Etats-Unis.
2’. Le Zonda
Pour mémoire, le Zonda est le fort vent qui nous a obligé à redescendre de nos montagnes en pleine nuit quand nous étions à Vallecitos. Nous en avons appris un peu plus depuis : mieux connaître l’ennemi pour mieux le combattre.
4´. Les mines
On traverse des paysages sublimes mais il fait aussi savoir qu’ils ont beaucoup évolué avec les années. Il y a encore dix ans, les lacs salés et les lagunes étaient bien plus remplis. Les exploitations minières demandent énormément d’eau et vident petit à petit les réserves, c’est écologiquement catastrophique. J’écoute un des douaniers en parler avec des motards. Il montre jusqu’où l’eau arrivait avant…et bien, elle a bien reculée 🙁.Pour terminer, une touche de colère et de tristesse
On arrive au Chili le jour qui suit une augmentation historique du prix de l’essence. Du côté argentin, le prix a aussi augmenté mais de manière moins significative. La guerre au Moyen-Orient se ressent ici aussi.
Encore une quinzaine de jours en Argentine. Nous irons ensuite en Bolivie pour de nouvelles découvertes et de nouveaux espaces.
On vous embrasse 🤗.