Du 24 février au 18 mars 2026
Après un tour du côte Atlantique, nous voici de retour sur la Cordillère des Andes que nous avions quittée à El Chalten début février. Après deux jours sur la « Ruta 25 », l’une des rares qui traverse le pays en latitude, nous parvenons à Tekla, non loin du « parque national Los Alerces», classé au patrimoine de l’UNESCO pour ses cyprès millénaires. Au fil des six cent kilomètres qui nous rapprochent de la Cordillère, nous retrouvons des paysages de plus en plus colorés : canyons rouges et verts, montagnes qui se dessinent à l’horizon. On retrouve aussi une végétation plus dense et plus verte; on laisse derrière nous les plaines arides.Le parc «Los Alerces» se traverse sur une piste d’une centaine de kilomètres et aurait pu nous offrir de belles randonnées si les incendies n’avaient pas dévasté des hectares de forêt. En effet, un incendie qui a duré deux mois a détruit près de 40 000 hectares de terre. Les pompiers sont arrivés à bout de celui-ci début janvier 2026. Le parc a réouvert ses portes il y a dix jours mais la plupart des sentiers sont fermés. Les paysages sont un mélange de vie et de destruction : de beaux arbres verdoyants qui côtoient la terre brûlée. Une image de puissance aussi, celle de la nature qui ressurgit au milieu des troncs calcinés. L’air dégage encore une odeur de brûlé. Sur des kilomètres, dans les hauteurs, le feuillage des arbres rescapés ont séché sous l’effet de la chaleur intense, donnant au paysage des couleurs automnales : un dégradé de noir, de orange et de vert. Nous roulons là, au milieu de ce spectacle : résistance et résilience, une leçon de vie. Restent les lacs et les rivières qui adoucissent l’atmosphère et apportent l’espoir nécessaire. Cela prendra des décennies. On ne fera qu’une seule randonnée dans ce parc.Tant pis, on profite du refuge d’où on se régalera d’un magnifique lever de soleil avec une belle lune quasi pleine en toile de fond. Gratuit 😊.
Depuis que nous sommes retournés auprès de la Cordillère sur la mythique « Ruta 40 », les paysages sont à nouveaux grandioses et de toutes les couleurs. Plus on remonte vers le nord, plus les montagnes sont hautes. On retrouve aussi les motards et les volcans dont deux très imposants : le Tromen, 3980 m et le Cerro Domuyo, 4702 m, la plus haute montagne de Patagonie. JL dit que les volcans sont des montagnes 🧐. La route fait à nouveau partie du voyage et tant mieux car les distances sont longues d’un endroit à l’autre et nous n’avançons pas vite, entre 80 et 90 km/h ! Parfois on se tape encore du ripio, ce qui ralentit encore notre course. On se dégote toujours de beaux endroits pour dormir, souvent au bord d’une rivière. La douche est un vieux souvenir de ma vie d'avant, ici on se lave dans les rivières ou avec une cuvette à l’arrière de notre van, au gant et au savon. Pour moi, cheveux la tête en bas avec une vieille tasse en émail. L’Amérique du Sud ou la vie sauvage 😅.
Avant de continuer vers Mendoza, nous faisons encore une escale de quelques jours à Vallecitos, conseillé par un couple de français installé en Argentine depuis 45 ans et rencontré non loin du parc Los Alerces. Une belle rencontre. Sophie et Jacques Dupont, le premier français à avoir gravi la « voie du nez » à El Capitan au parc Yosemite en 1964 avec son binôme André Gauci. Il nous a montré des articles sur l’événement : de vrais héros ! Une histoire de courage et de survie avec toute la fougue et l’inconscience de la jeunesse. Ils avaient 24 ans. Jacques en parle comme si c’était hier : un souvenir marquant.
A Vallecitos, nous nous rendons au refuge San Bernardo tenu par Sandra, une amie du couple français. Le refuge est à 2800 m d’altitude et on peut y accéder par la route. On y mange mais nous dormons dans notre van. Nous côtoyons des sommets entre 3000 et 6000 mètres. C’est vraiment impressionnant. L’idée est de s’acclimater sur deux jours pour ensuite envisager un 5000 pour Jean-Luc et un 4200 pour moi. Les deux premiers jours, on dort à 2800 m avec deux petites randonnées d’acclimatation : une première à 3400 et une deuxième à 3660. Ça ne se passe pas trop mal : une grosse migraine pour JL le deuxième soir et de faibles nausées pour moi dans les montée; je m’essouffle vite aussi. Tout est normal, notre corps fabrique des globules rouges. Le troisième jour, on est prêts à partir avec tout notre barda (tente, matelas, duvet) et de quoi manger pour trois jours : il y a une belle fenêtre de beau temps et peu de vent d’annoncé : génial ! Départ donc pour une montée de deux petites heures et une première nuit à 3450 m au lieu dit « Veguitas supérior ». Ce sera notre camp de base pour trois nuits : monter en altitude mais toujours redescendre à un point plus bas pour dormir, telle est la règle. Le cadre est magnifique : des montagnes couleurs vertes, rouges et un ruisseau pour se ravitailler en eau. On plante notre tente sur une plaine entre deux vallons, un petit vent se lève mais nous ne sommes pas inquiets, il ne devrait pas durer. Nous sommes seuls. Deuxième jour : ciel radieux, pas trop de vent, c’est parti pour deux sommets : 4100 et 4200 mètres dans la foulée et une redescente au camp de base. Troisième jour : on s’engage dans un long vallon jusqu’au campement El Salto à 4294m. Là, je fais demi-tour et je laisse JL poursuivre sa montée. Je redescends au camp de base pour bouquiner en l’attendant. Lui va jusqu’au col à 5200 m, son premier 5000, objectif atteint …. Ambiance idyllique …. Tout va bien… Ça fait rêver non ? Et bien, la réalité a été tout autre 🤪….. Jusqu’à l’arrivée au camp de base, tout est vrai… puis, ça s’est gâté !! Encore un mauvais tour de « El viento », celui qui n’était pas annoncé mais qui s’est tout de même invité à la fête 😨. On rembobine tout jusqu’à l’arrivée au camp de base.Une fois la tente plantée, le vent s’est assez vite manifesté. Après quelques rafales et deux sardines d’arrachées, il nous oblige à changer l’orientation de la tente et à construire un muret de pierres tout autour. La forme en tipi de notre tente lui a servi de voile et le mât central s’est légèrement tordu ! On leste aussi la tente avec de gros cailloux pour mieux l’arrimer. La deuxième configuration semble plus satisfaisante. Le vent a faibli, il devrait s’arrêter d’ici peu. On prend encore le temps de manger dehors… le vent augmente à nouveau. 20h, le soleil se couche, nous sommes au chaud mais le vent a repris à battre contre la tente : des gifles à 60km/h. Entre deux bourrasques, calme plat, pas un souffle. 22h, JL tient le mât depuis deux heures à chaque salve de l’adversaire. Toujours le même scénario : une mandale puissante de vingt secondes pour cinq minutes d’accalmie… Minuit…. wouuuuuh … même tempo mais les rafales s’intensifient… 😨. On les entend arriver de loin, elles s’engouffrent dans la vallée avant de frapper. Fort. Nuit de m., on se relaie auprès du mât…. la violence des rafales nous oblige à le tenir à deux mains…. Ça dépote ! Wouuuuuh…. 1h30 du mat’, on ne dort toujours pas. On commence à envisager un plan B, ça n’arrête pas. Nuit étoilée. Rafales féroces. Et les sardines ? Vont-elles tenir ? La tente va-t-elle s’arracher ? Tout va s’envoler. Ça s’arrête…. Et bien non… encore une …. La tente va pas tenir…. Elle va voler en éclat ? La tente bouge, claque, souffre. 3h00 du mat’, il n’y a plus d’intermittence depuis cinq minutes, le vent est continu, il tabasse grave. Le bruit sur la toile est fracassant. « Mets ta doudoune, rassemble tes affaires…. », le mot d’ordre est lancé. On attend encore. Cinq minutes… Wouuuuuuuuuuh … « Prépare ton sac, habille-toi, plie ton duvet, dégonfle ton matelas » … La décision est prise. Wouuuuuh…. Respire. On sort les sacs et les gros cailloux, la tente est prête à s’envoler, ça claque à 80 km/h. JL sort rapidement, trois sardines ont déjà sauté…. j’ôte le mât intérieur, m’écrase au fond de la toile pendant que JL enlève le reste de sardines, je m’extrais dehors et on rabat le tout en vitesse avant que le vent ne s’engouffre… faire vite, ne rien oublier, être efficaces. Le vent nous bouscule, on a du mal à mettre notre sac sur le dos … on file sans attendre, frontale allumée. Nuit noire. Voie Lactée. Wouuuuuh…. On reste concentrés, en appui sur nos bâtons. 5h00 du mat’, on rejoint le parking et on arrive enfin au van. On pose nos gros sacs, éreintés. On mettra du temps à se réchauffer et à s’endormir. Le van est lui aussi ballotté jusqu’au matin. Quand on se réveille, le vent est tombé, le soleil brille, la journée s’annonce radieuse. JL est déçu, son premier 5000 vient de s’envoler….