Chili : côte Pacifique

Publiée le 30/06/2026
Dernier mois de voyage. On quitte le Pérou par le sud pour arriver dans le nord du Chili et redescendre la côte Pacifique jusqu’à Santiago où nous allons nous séparer du van.

La boucle est presque bouclée

Du 1 au 25 juin 2026


Le temps 

Dernier mois de voyage. Ça nous paraît incroyable. Des images plein la tête, nous abordons ce mois de juin avec beaucoup de sérénité et le cœur rempli d’une énergie nouvelle. Cela fait bientôt une année que nous avons posé notre cerveau surchargé par notre quotidien pour laisser la place au temps. Cela faisait bien des années que je n’avais pas pris le temps de ce temps si précieux à ne rien faire ou à ne faire qu’en prenant son temps. Je réalise qu’il m’avait énormément manqué. Le temps de se lever, de flâner, de contempler, de nourrir son esprit à lire, à écrire, à prendre soin. En mode travail, je me bats pour l’avoir ce temps,  pour le garder le plus en équilibre possible. Nos métiers se complexifient, on est parfois propulsé dans une turbine qui tourne à mille à l’heure sans toujours savoir comment l’arrêter. Je suis aussi responsable de ça. Le temps que je ne prends pas à réfléchir, à me poser, je le gaspille. Il m’échappe car je me laisse emprisonner. Quand tout s’affole, quand est tout agité, il est difficile d’être dans le juste. Reposer sa tête, calmer son esprit prend aussi du temps. Quelques nuits d’un mauvais sommeil, et le temps s’épuise. De ce temps sans temps, j’en suis guéri. Je ne veux plus de temps volé, arraché à la journée comme si j’étais un voleur de minutes. J’ai réparé mon horloge, je suis de nouveau à l’heure.

Avez-vous remarqué que lorsqu’on a tout juste cinq minutes pour accomplir une tâche, on a l’impression que les minutes filent à toute vitesse comme dans une accélération incompréhensible ? Si j’ai une minute à disposition à ne rien faire, cette minute semble durer des heures. J’en déduis que prendre le temps de ne rien faire, rallonge donc le temps ou du moins le ralenti. C’est une sensation, mais elle est bien réelle. Cette année, elle n’est pas passée trop vite, je dirais même qu’elle est passée moins vite qu’une année de travail. Le rythme lent de nos journées, même si bien remplies, a prolongé le temps que nous avions à disposition. Se déplacer à vélo ou à pied instaure forcément une cadence différente. Même à bord de note van, nous n’avons jamais fait sauter le compteur… il n’en avait de toutes façons pas les moyens ! Le contact avec la nature a aussi contribué à ce ralentissement. On l’a côtoyé presque au quotidien et on s’est mis en diapason avec elle. La nature prend son temps, toujours, où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse. Elle se régénère, se restaure, se répare à un rythme qui lui est propre. Un exemple à suivre qui m’inspire et que j’ai toujours gardé dans un coin de ma tête.


Le nord et la côte Pacifique

Dès notre arrivée au Chili par le nord, nous filons à nouveau vers l’océan. C’est une côte très aride avec quelques villes plus importantes. Iquique est la première d’entre elle. L’arrivée par le haut de l’agglomération est impressionnante. Après La Paz, c’est notre deuxième arrivée spectaculaire dans une ville. La route semble comme taillée dans du sable. Depuis les hauteurs, on voit l’océan en contrebas bordé par des immeubles d’une trentaine d’étages et derrière, une dune colossale qui s’impose dans la ville ! C’est la dune du dragon, elle fait 6,4 km de long et atteint jusqu’à 550 m de haut. C’est vraiment un paysage urbain très atypique et spectaculaire. La ville vue du bas n’est pas extraordinaire du tout : une belle place, le splendide casino espagnol, une longue rue avec de beaux bâtiments coloniaux bien restaurés et un bord de mer aménagé  avec des installations sportives, ça s’arrête là.
Quelques kilomètres avant notre arrivée sur Iquique, visite de l’ancien village lié à l’exploitation du salpêtre, Humberstone, classé au patrimoine de l’Unesco. Nous sommes seuls et passons plus de deux heures à nous balader dans cette cité fantôme aux airs de far west. Elle a été habitée par des familles de 1862 à 1960 et se visite désormais comme un musée dont les baraquements ont été très bien restaurés : hôpital, école, église, place du village, magasins, échoppes, hôtel, piscine publique extérieure avec un bassin de 25m, salle des fêtes. Vraiment une très belle visite où on se plonge dans cette époque comme si on y était. 

Sur notre trajet, on longe régulièrement de petits hameaux au bord de l’eau. Les habitations sont faites de planches, de bois aggloméré, de tôle colorée et de grandes toiles. Un gros réservoir d’eau est posé à proximité. Elles sont très sommaires et principalement habitées par des pêcheurs et des communautés indigènes. La  route est quant à elle assez atypique. Coincée entre des terres arides et désertiques, il y a d’immenses plages de sable ou de rochers. Il est très facile de poser notre van pour la nuit dans des endroits calmes et loin de tout. On profite de beaux coucher de soleil. C’est l’hiver, et même si les températures sont agréables en journée, il n’y a pas de quoi se baigner.

Dans notre descente le long de la côte, on fait le crochet sur la presqu’île au large de Mejillones. On roule dans un décor surprenant avant d’arriver au bord de la plage où nous attendent des otaries! Elles font des bonds dans l’eau sous nos yeux. Dans le ciel, des oiseaux plongent à pic en escadron pour attraper des poissons. Un spectacle de danse et de précision. Un vol de pélicans passe au-dessus de nos têtes; il y a des oiseaux de partout. Nous resterons deux nuits dans cette baie avant de migrer de l’autre côté de la presqu’île pour deux autres nuits. Chaque jour, la Camanchaca (cette brume épaisse typique de la côte pacifique) est là au lever et se lève parfois en fin de matinée dévoilant tout le bleu du ciel et de l’océan qui devient alors turquoise par endroit.

Cap ensuite vers Antofagasta, autre très grande ville de la côte. Le temps de faire des courses, de manger au marché aux poissons et de prendre une bonne douche à la station Shell, et nous voilà repartis dans les hauteurs pour être au-dessus de la Camanchaca à 1700m. Dans la région, il y a plusieurs observatoires astronomiques car le ciel y est particulièrement limpide. Le hasard de la route nous mène à un point de vue extraordinaire. Nous nous y arrêtons pour la nuit au-dessus de la mer de nuages qui s’étale à perte de vue sur l’océan. Un magnifique coucher de soleil et un ciel mille étoiles loin des lumières artificielles de la ville à la nuit tombée. Un spectacle. 

À hauteur d’Antofagasta, nous étions à hauteur du Salar d’Uyini qui se trouve en Bolivie, de l’autre côté de la chaîne de montagnes, toujours la Cordillère. De ce côté-ci, c’est le désert d’Atacama qui nous tendait les bras, le pendant chilien du Sud Lipez. Nous y avons renoncé. Mille kilomètres l’aller-retour, tous les sites sont payants, chers et très très touristiques car une route asphaltée y mène. Nous n’avons plus envie de ça, d’autant plus que notre tête est déjà bien remplie d’images incroyables. Si nous avions commencé notre voyage par là, nous y serions sans aucun doute allés.

Notre dernière ligne droite sera marquée par un temps au ralenti. On a posé nos guides de voyage; on a juste envie d’être là. C’est le temps de l’assimilation. Nous longeons la côte, nous nous arrêtons ici et là au bord de l’océan, profitons des vagues, de la douceur du climat et des gens que nous rencontrons. On mange aussi d’excellents poissons dans les divers boui-boui rencontrés. On prend aussi peu de photos.

Notre longue descente vers Santiago passera encore par :


- Cifuncho, un village de pêcheurs méconnu mais qui vaut le détour. Sur la route, on y prend en stop un des nombreux pêcheurs qui y habite; il était en rade avec sa voiture. Il nous explique qu’il fait de la plongée pour pêcher et que le hameau ne vit que de cette activité. Ils sont une cinquantaine dans le village qui accueille des touristes chiliens pendant la période estivale. Il nous montre un restaurant ouvert à cette saison. Nous y allons le soir pour déguster un très bon poisson fraîchement pêché après nous être fait tracté hors du sable par un gros 4x4 ! Il fallait bien que ça nous arrive au moins une fois ! Le van s’est enlisé à l’endroit où nous espérions le poser pour la nuit . 🛞+⌛️= 🚜🪢,

- le parc national Pan de Azucar et ses cactus endémiques,

- Chañaral, 20 km avant, et les loutres au petit matin au moment du p’tit déj’. Elles sont rarement là, nous avons de la chance (encore),

- la plage “Bahia Ingles” et ses algues bioluminescentes à  la nuit tombée :  des vagues vert-bleu fluo qui roulent jusqu’à la plage,

- Vicuña, en retrait de l’océan, un des ciels les plus purs au monde, un petit village adorable aussi. On pousse jusque dans la vallée de l’Elqui qui va en direction de l’Argentine par une très belle route. Nous la suivons jusqu’à Pisco Elqui, autre village de villégiature estivale complètement déserté en ce moment. C’est aussi la vallée où il y a eu un épisode extraterrestre en 1998. Le Roswell chilien comme il l’appelle ici.

A hauteur de La Serena, notre diaphragme se ressert. On s’approche gentiment de la fin. Nous allons bientôt devoir nous séparer de notre van Pitufo. Le rendez-vous est pris chez le garagiste et chez le notaire. Nous organisons nos derniers jours au Chili. Tout semble se précipiter vers la fin pourtant chaque instant est vécu hors de cette pensée. Chaque moment est au-dessus de toute temporalité. 

Puis il y a : le dernier jour dans le van, le dernier repas dans le van, la dernière nuit, le dernier réveil, et on remet les clés la larme à l’œil.

À Santiago, nous retrouvons notre hôte du mois de décembre : il nous loue une chambre chez lui. La boucle est bouclée. Quelle émotion. Nous serons heureux de rentrer et de reprendre le cours de notre vie après cette magnifique parenthèse. Une ombre au tableau, le vol de mon portable dans le métro de manière incompréhensible. Bref, une vraie bonne galère pour cette dernière semaine. Heureusement que j’ai mon i-pad et le téléphone de Jean-Luc pour assurer le minimum. Je ne serai d’ailleurs plus joignable sur mon portable avant mon retour en France… j’ai dû bloquer les cartes SIM.

Nous envisageons encore un saut à Buenos Aires depuis Santiago. Nos billets sont pris et notre logement réservé. La capitale argentine promet d’être belle et festive à l’heure du mondial de foot, une quasi religion dans ce pays ! Ce sera notre dernière grande ville et notre dernière étape. Deux nuits encore dans la capitale chilienne, le temps de finaliser nos bagages, et retour maison.

Iquique vu du haut
Sur la presqu'île de Mejillones
Bord d'océan où se poser
Oiseaux en chasse
Sur les routes : toujours belles !
Ombres et lumières
Mer de nuages à 1700 m
Mer de nuages la nuit
Le van sous les étoiles
La Voie lactée
Au parc Pan de Azugar
Cifuncho, village de pêcheurs
A quelques kilometres de la fin.
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