Observer la ponte des tortues

Publiée le 20/07/2018
L'une des belles expériences à vivre au Costa Rica est d'observer la ponte des tortues. Mais avec la météo... rien n'est moins sûr.

L'aventure Tortuguero commence dès que l'on souhaite y aller. Comme tout village de jungle, je dois m'y rendre en bateau. Et pour économiser un peu, j'évite la route touristique. Bilan : 5 bus et 1 bateau, 10 heures de trajet pour 120 km parcourus. Le pire rendement de mon voyage ! Mais ces souffrances en valent-elles la peine ?

Ma journée de transit s'effectue sous une pluie battante, bienheureux de ne pas être dehors par ce temps. Comme son nom l'indique, les touristes se rendent à Tortuguero... pour observer les tortues ! Même si l'on est en pleine saison des pontes, elles ne sortent pas les jours de pluie. Des témoignages que je récolte, personne n'a vu de tortues les derniers jours. Je repense au trajet et j'avoue sentir poindre une note d'agacement... tout cela pour rien !! Je réserve un tour de canoë à l'aube pour ne pas avoir totalement perdu mon temps et pars me coucher penaud.

Le son du réveil me tire d'un profond sommeil. Je m'habille en silence pour ne pas réveiller mes colocataires de dortoir, mais quelque chose me semble étrange. Après quelques réflexions je m'aperçois que c'est le premier matin que je n'entends pas le son régulier de la pluie. J’accours dehors, et mes yeux sont immédiatement baignés sous les premiers rayons du soleil, pointant sous un grand ciel bleu ! Je n'y comptais plus !

La nature s'éveille doucement, la canopée sèche des semaines de déluges et les animaux pointent de nouveau leur nez. C'est un festival de singes, de paresseux, de toucans, de caïmans, de basilics, de tortues terrestres, d'iguanes, et d'oiseaux en tout genre. Je me surprends même à m'étaler une fine couche de crème solaire sur les épaules : le pied !

Ragaillardi par ces 3h à dériver, jumelles à la main, je décide de partir m'enfoncer seul dans le parc pour observer encore plus de choses. Je double aisément quelques groupes en les contournant rapidement pour me retrouver seul en tête. J'aime profiter de la vie sauvage en silence. Mais je me prends immédiatement un rappel à la réalité. Un guide s'empresse de me rattraper pour m'expliquer que je suis en train de me mettre en danger. Ce parc recèle de nombreux pièges et danger, et m'approcher de trop près des bordures du chemin constitue une prise de risque que je ne mesurais pas. Je le remercie et continue ma route sans me démotiver. Mais au fur et à mesure que je m'enfonce dans le parc je n'entends plus le bruit des pas, finalement réconfortants, des groupes derrière moi. J'ai cherché la solitude et je l'ai trouvée. Le soleil descend progressivement sur l'horizon. Dois je faire demi-tour ? Le bout du chemin est si proche... je continue encore un peu. L'obscurité gagne petit à petit le bosquet tout entier. Cela fait 1 heure que je n'ai pas vu signe de vie humaine. Le moindre craquement de branche me fait sursauter. Et le sommet de l'horreur est atteint quand je tombe sur le cadavre frais et encore en putréfaction d'une tortue géante. Quel genre d'animal peut infliger de tels dégâts à ce monstre marin centenaire et long de plusieurs mètres... je ne préfère pas le savoir. Mais je sais qu'une colonie de 30 jaguars habitent depuis peu le bosquet. Il ne m'en faut pas plus pour prendre mes jambes à mon cou et faire volte-face.

Quand on est seul, l'imaginaire s'emballe et la raison n'est souvent que d'un maigre secours. Je rejoins l'entrée du parc en moitié moins de temps qu'il m'en a fallu à l'aller, dans la pénombre du soir. Sain et sauf mais le palpitant à 200 !

Le soir venu je me décide finalement à prendre un tour pour observer la ponte des tortues vertes. Autant pousser la chance jusqu'au bout. Un tirage au sort me donne mon emplacement et mon horaire. Je suis le groupe le plus tard de la nuit et dans la partie la plus lointaine du parc... exactement de là où je viens !
Aux mêmes endroits où je courrais quelques heures auparavant, se cachent à présent des serpents mortels, des boas, des légions d'araignées et des grenouilles toxiques. Je prends alors la mesure de la mise en garde du guide. 

Le protocole pour observer les tortues est très strict. La plage est divisée en 5 secteurs où sont repartis des rangers. Nous attendons à l'extérieur de la plage que l'on vienne nous chercher si une tortue daigne sortir de l'eau. Les portables et appareils photos sont interdits et je dispose seulement de ma lumière frontale pour me repérer. Les groupes d'avant nous n'ont rien vu. 2 heures d'attente sans qu'aucun ranger ne soit venu les voir. Les mines sont fermées et nous recevons un timide et pas vraiment crédible : "buena suerte".
Je manque de m'asseoir sur un serpent qui se cachait dans le creux d'une chaise, et commence à prendre mon mal en patience. Même si les tortues ne sont pas là, passer 2 heures dans la forêt de nuit vaut son pesant de cacahuètes. La nature grouille plus qu'en journée !

Alors que je commençais à m'assoupir de cette longue journée, soudain dans le noir de la nuit, j'aperçois une discrète lumière rouge en provenance de la plage. Un ranger ! Mon guide bondit sur ses deux jambes et je comprends par son enthousiasme que quelque chose est en train de se passer : une tortue vient de sortir de l'eau !
Nous partons en file indienne vers la plage. Sans même une lampe. Je pourrais marcher sur la queue d'un jaguar que ça ne changerai pas mon euphorie. Nous attendons que la tortue finisse de nettoyer l'emplacement de son nid, pour qu'elle rentre en transe et que nous puissions l'approcher sans risque de perturber le processus. Une fois commencé l'accouchement, elle doit le finir ! Nous approchons avec respect et pudeur. Elle est revenue après des centaines d'années à parcourir les eaux du monde entier, à l'endroit de sa naissance. Un cycle incroyable est en train de se produire à quelques centimètres de mes yeux d'enfants. Le temps n'a plus d'emprise. La seule tortue de cette nuit est sortie à mon horaire et sur mon secteur. Dans la nuit sans nuage, j'adresse un clin d’œil à ma bonne étoile tout en rentrant me coucher, émerveillé. 

Coucou toi !
Trouvez le paresseux ! (indice : il n'est pas derrière l'objectif........)
Sécher ses ailes aux soleil
Des petites tortues !
Ya pas de lézard !
Les traces des tortues géantes sur le sable
Les oeufs éclos
1 commentaire

oliv58

Merci pour ce recit plein d enthousiasme qui m a rappelé mon propre voyage au Costa Rica. Tres beautextes et bien sur comme toujourstres belles photos.
Olivier

  • il y a 9 mois
1 Voyage | 45 Étapes
Parc national de Tortuguero, Limón, Costa Rica
218e jour (11/07/2018)
Liste des étapes

Partagez sur les réseaux sociaux