Dans les profondeurs des mines de Potosi

Publiée le 27/04/2018
Germinal des temps modernes, à la sauce bolivienne.

Si vous etiez nés il y a de ça quelques 500ans vous auriez forcément entendu parler de cette ville. En effet cette petite bourgade a été dans les années 1600, l'une des plus grandes villes du monde devant Paris et Londres. Rien que ça ! Et pourquoi cela me demandez vous ? Car elle est idéalement situé au pied de la plus grande mine d'argent au monde. Les espagnols ont très vite compris l'importance de ce site et ont réduit en esclavage les populations locales puis celles provenant d'Afrique pour extraire le précieux minerai. En 4 siècles, 8 millions de travailleurs sont morts dans ces mines dans des conditions de travail épouvantables, les poussant à rester sous terre parfois pendant 4 mois d'affilée. 8 millions... chiffre à mettre en comparaison avec les guerres modernes ou les grandes épidémies. C'est affolant. On dit qu'il y a suffisamment d'argent sorti de ces mines pour construire un pont de Potosi à Madrid, et qu'il resterait encore de la matière à faire transiter dessus... cela représente pas moins de 50% de la production mondiale d'argent.

En arrivant dans la ville, nous ressentons tout de suite la forte présence minière.  D'un car elle est visible depuis l'ensemble de la ville, mais aussi car elle représente la quasi totalité des emplois encore aujourd'hui. Après tout ce temps, on continue à exploiter les veines de montagne pour le Zinc. Mais les conditions ne sont pas pour autant grandement améliorées.

Nous sommes partis visiter l'intérieur des mines encore en activité. Visiblement les travailleurs ne sont pas dérangés par la présence des touristes et certains prennent même du plaisir à dialoguer avec nous.
En rentrant dans les boyaux de la montagne, l'ambiance s'obscurcit. Au fur et à mesure que l'on s'enfonce l'air est dur à respirer. Les bruits d'explosions de dynamite résonnent dans les couloirs, suivis rapidement par une forte odeur de poudre à canon. Les wagons transitent régulièrement, transportant une tonne de minerai. Ici la mine n'est pas traitée par une entreprise, mais par un ensemble de petits groupes de mineurs se partageant les zones en collectivités. Aucune sécurité sanitaire ou pécuniaire. Ces hommes sont livrés à eux même. A l'intérieur des enfants de 10 à 14 ans, pioches en main. De jeunes adultes déjà atteints de maladies incurables dûes à la poussière de silicate ainsi que des vieux, plus chanceux, qui finiront leur vie à creuser. Je ressens un profond malaise mais aussi beaucoup de respect envers ces hommes. Ils prient leur divinité, le diable, en espérant trouver le bon filon. Ils partagent avec lui leurs cigarettes, les feuilles de coca et l'alcool, à 96 degrés. Nous laisserons aux mineurs quelques maigres cadeaux et partagerons avec eux un shot d'une bouteille. Je n'avais jamais bu d'alcool à désinfecter, et je suis sûr que je ne recommencerai pas !
Notre guide nous demande en fin de visite si les conditions dans les mines de charbon étaient identiques. Il nous indique qu'il a vu le film Germinal et que cela semble vraiment terrible. J'ai honte de ne pouvoir lui répondre... réalisant qu'il en connaît plus que moi sur ma propre culture.
En sortant du tunnel principal, la lumière du jour me brûle les yeux, mais ce n'est rien comparé à la lumière qui vient d'être faite sur la condition de vie d'hommes en quête d'argent.

L'entrée du tombeau
Tête brûlée
Sympathy for the devil
1 commentaire

Nigga

C'est un récit bien triste et à la fois qui pousse à la réflexion, je n'imagine pas ce que ça doit faire cette nouvelle transition dans ce voyage, mais merci pour ce partage ! La suite !

  • il y a 1 an
1 Voyage | 45 Étapes
Potosí, Bolivie
140e jour (24/04/2018)
Liste des étapes

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