Cuenca

Publiée le 08/03/2018
Nous retrouvons Alex dans la charmante ville de Cuenca, idéale pour récupérer de nos émotions

Plus proches du soleil

Après le Cotopaxi la fièvre des montagnes est retombée. Il est vrai que je ne regarde pas les sommets avec le même regard, Mais l'envie d'en gravir un n'est plus d'actualité. Seulement Guillaume, qui découvre les paysages andins qu'il ne s'attendait pas à voir, commence à lui aussi s'intéresser à l’ascension. A plusieurs reprises il m'a subtilement glissé à l'oreille qu'il aimerait faire un tour au Chimborazo, la plus haute montagne d'Equateur, et accessoirement le point du globe le plus proche du soleil. 6300 mètres au dessus du niveau de la mer. Les chiffres sont vertigineux. 

Et voilà comment nous nous sommes retrouvés sur la route de Cuenca à marcher sur les paysages lunaires de la vallée de cendres de l'ancien volcan. Personne à droite, personne à gauche, derrière nous un paysage à perte de vue et devant, l'imposant maître des lieux. Il élève en son sein de nombreuses vicounias sauvages, plus petit camélidé du monde, aussi connu pour sa laine hors de prix. Je m'amuse à courir à leur rencontre, mais l'altitude me rappelle vite à l'ordre ! Après plusieurs semaines au bord de la côte mon organisme est un peu perturbé par le manque d'oxygène. A l'arrivée au dernier refuge, à 5100 mètres, l'effort commence à être trop intense. Sacré dépucelage de l'altitude pour Guillaume ! Nous profitons de la lagune pour nous poser quelques minutes avant la descente, L'occasion parfaite de perfectionner notre bronzage "nez brûlé", sur le point le plus proche du soleil... quelle bonne idée.

Hormis le tube de Biafine qu'il a fallu dans les jours suivants j'ai finalement adoré cette journée. Les paysages sont très différents de ce que j'ai pu avoir l'habitude de voir, et le coucher du soleil sur le volcan, exacerbe le rouge de la terre ferreuse qui constitue le flan du volcan. Nous rentrons en stop, à l'arrière d'un pick-up, spot parfait pour profiter de la vue sur le Chimborazo alors que nous entamons la suite de notre voyage.

Duel de regard
La vicounia
L'amour fou
Un troupeau
A bout de souffle
Le retour en stop

La ville de Cuenca

Débattre de quelle ville est la plus charmante, entre Cuenca et Quito, est une question épineuse qui nourrit bon nombre de discordes en Equateur. Pour notre part, nous avons fait notre choix.

Cuenca est une ville à échelle humaine, non sans rappeler Toulouse sur nombre d'aspects. Le centre historique regorge de bâtiments coloniaux, aux devantures et balcons qui vous transportent à une autre époque. C'est tout naturellement que nous y élisons domicile pour quelques jours. D'ailleurs, "nous" signifie Guillaume, moi,... et Alex, que nous venons de retrouver ! J'avais promis que ça ne serait pas long. 

Le matin, le petit déjeuner est une cérémonie à ne pas manquer. Un bout de pain, une omelette, du beurre et l'odeur du café nous parviennent sur la terrasse qui occupe tout le cinquième étage. Surplombant la ville, avec le soleil qui réchauffe doucement nos esprits encore endormis. Cette ville est agréable et nous en profitons, doucement. 

J'apprends au détour d'un musée l'histoire de ce pays peu connu, des civilisations pré-colombiennes de ses coutumes,  et notamment celle de sa monnaie : le dollar américain $$$. Cette dernière est intimement liée à l'agriculture de la fève de Cacao, richesse nationale à laquelle l'on porte plus d'importance encore qu'à l'or ou à l'argent. Je ressens la fragilité de ces pays, qui ont basé leurs économies il y a de ça une centaine d'années sur une ressource dont ils sont totalement dépendant (comme le café en Colombie). Quelques questions surgissent alors sur le modèle actuel de développement de plusieurs autres puissances mondiales, sur différentes ressources bien moins appétissantes...

Pour fêter l'arrivée du troisième mois de voyage, nous enfilons notre plus belle tenue -autrement dit, une chemise Décathlon et un pantalon portant les stigmates des randonnées boueuses des jours précédents-, direction l'opéra. Le ballet national d'Equateur interprète le célèbre Carmina Burana, ode à la fortune, à l'amour et aux plaisirs profanes. La puissance des chœurs transcendent la performance scénique. Sur l'air O Fortuna, un sourire incontrôlé apparaît sur mon visage, réalisant un peu plus quelle formidable aventure nous vivons.

Nous quitterons Cuenca sur un air de trompette, au Jazz Society Café. J'ai envie de m'attarder quelques lignes sur l'ambiance particulière de cette soirée. Nous entrons dans cette pièce fermée, au décor colonial prononcé. Les murs d'un jaune moutarde sont éclairés d'une lumière chaude par des lustres dont la majorité des ampoules vétustes sont éteintes. Les fresques peintes à même le bâtiment représentent en trompe l’œil des fenêtres ouvertes vers des paysages de natures vierges. L'invitation, peut-être, à briser le mur invisible qui nous sépare des musiciens. "Uno, dos, tres, quatro". Les mains du bassiste s'agitent sur le manche de la guitare paraissant voler au dessus des cases avec une légèreté déroutante. Le pianiste, d'environ 70 ans semble retrouver sa première jeunesse quand ses doigts se mettent à taper frénétiquement les touches du clavier. Caché sous sa casquette et une veste de sport trop grande, le batteur enchaîne les rythmes cadencés propres au jazz, en retombant avec une précision terrifiante sur la mesure. Le public écoute religieusement le concert des trois hommes qu'une trompette vient subtilement sublimer, tout en sirotant sur chaque table un pichet de vin rouge, que j'imagine (surement à tort) délicieux. C'est un moment qui m'a marqué, je ne sais pour quelle raison. Peut être car il me rappelle ce concert déchaîné dans la cave d'un bar à Berlin, ou encore le son virtuose des guitares dans le caveau des oubliettes à Paris. Quoi qu'il en soit cela me redonne l'envie de musique, et pourquoi pas dépoussiérer le saxophone de mon père à mon retour...


Coucher de soleil sur la ville
Un air de jazz...
Le jardin du musée

Le parc Cajas-trophe

Au détour d'une conversation, Alex parle de sa balade au Parc Cajas, agglomérat de lagunes glaciaires à une heure de Cuenca, où il a vu des pêcheurs s'affairer le long des lacs regorgeant visiblement de truites. Ni une, ni deux je m'échappe un soir vers le magasin de sports extérieurs le plus proche pour investir dans une canne et un moulinet de fortune. Il faut dire que j'ai un lourd passé avec ce poisson dans les rivières d'Aveyron, et l'envie d'en débusquer me prend soudainement.

Avec Guillaume et Alex, nous décidons même de pousser l'expérience plus loin en prévoyant un bivouac au bord du lac, et de dormir sous les tentes à 4000 mètres d'altitude. L'excitation de l'aventure monte, et nous nous lançons un ultime défi, ne rien prendre à manger pour le soir. Plus le choix, nous devons attraper un poisson pour manger ! Le plan koh-lanta est lancé. 

Bon... ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu.

A peine descendu du bus que je réalise peut-être qu'il aurait fallu regarder la météo. Les nuages sont bas, trop bas, et il ne tardent pas à nous tremper jusqu'aux os. Le vent, et le froid de la montagne se combinent parfaitement pour transformer cette marche en un calvaire. Les chaussures sont remplies d'eau et les vêtements pèsent 3 fois leur poids. Je m'arrête le long du lac pour commencer à lancer ma cuillère. La blanche à pois rouge, celle qui ne m'a jamais fait défaut !

Eh bien j'ai pris un capot monumental, avec seulement 2 poissons accrochés pour zéro sorti de l'eau. Le repas de ce soir risque d'être sommaire... Je pars retrouver Guillaume et Alex assis à l'abri de la pluie quand je réalise qu'ils sont partis, me laissant seul au bord du lac. Je pars à leur recherche, montant au sommet d'une colline pour obtenir un point de vue plus avantageux.

Je les retrouverai 5 heures plus tard à la tombée de la nuit, couverts de boue, après qu'ils se soient perdus dans une "petite balade" qui ne devait durer qu'une heure. Le dernier bus est parti, et finalement nous trouvons refuge dans un abri de montagne. Je me précipite sur la cheminée pour démarrer un feu, mais cette dernière est bouchée et je commence à enfumer la pièce. Tant pis, rien ne me réussit, je ferai donc sécher mes chaussettes au micro onde...

Nous concoctons à Octavio, le gardien du refuge, un repas avec les minces réserves que nous avons économisées sur le repas de midi. Un peu de farine et d'eau pour faire cuire du pain (à la poêle hein... pas dans le four micro-onde profané), une boîte de thon et de la mayo à tartiner dessus, et quelques beignets de platanas. Octavio est en admiration devant ce qu'il considère comme de la "cocina francesa"... La nuit sera particulièrement froide, le vent humide s’engouffre entre les lattes de bois dans un sifflement glaçant. Mais nous sommes bien heureux de ne pas nous trouver dans les marécages du parc, sous une toile de tente.

Nous rentrerons le lendemain affamés, fatigués et grelottants. Le plan koh lanta s'est soldé par un échec cuisant et les truites continueront de se développer sans que je n'ai pu les inquiéter. Je plie ma canne et la range dans mon sac avec un goût amer mais des souvenirs impérissables. Nous n'en resterons pas là !

Le calme avant la tempête
Pêcheur en herbe
Tenue camouflage
2 commentaires

EmmaM

Tes découvertes sont toujours intéressantes à partager.
Carl Orff a composé "Carmina Burana". Son attitude ambiguë à l'égard du III éme Reich soulève encore de nombreuses polémiques . J'ai vu "Carmina Burana" aux chorégies d'Orange , C'était fabuleux . Merci Claude ,( décédé le 07/12/17).bises

  • il y a 2 ans

Nigga

Le pécheur dompté par sa proie !
J'attend la suite...

  • il y a 2 ans
1 Voyage | 45 Étapes
Parc national Cajas, Azuay, Équateur
85e jour (28/02/2018)
Liste des étapes

Partagez sur les réseaux sociaux