C'est pas l'homme qui prend la mer...

Publiée le 04/07/2018
... C'est la mer qui prend l'homme ! TA-TA-TAM

Même après 8 mois de vagabondage, on peut encore se laisser surprendre. J'ai passé 1 mois au Chili, essentiellement dans la ville de Valparaiso, au lieu des 10 jours que je m'étais donnés dans mon programme. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce changement de plan de dernière minute. 

Tout d'abord car la ville de Valparaiso, littéralement la "Vallée du Paradis", a quelque chose de parfait pour s'arrêter. Ses ruelles retrouvent enfin le désordre qui m'avait manqué dans la symétrie des "cuadras", à l'espagnole. Le sentiment de se perdre à chaque courbe, de retomber sur des lieux connus sans même se rendre compte que notre inconscient nous y guidait. Les différentes collines vallonnées dominent l’énigmatique océan Pacifique dont la brume matinale se mêle aux graffitis, presque vivants, qui animent les murs. L'ambiance est mystique et le climat est doux malgré que nous sommes en plein milieu de l'hiver.

Mais c'est surement la deuxième raison qui m'a convaincu de prolonger. J'ai laissé Guillaume rentrer à la maison, dernier de mes compagnons de voyage. C'est amusant de se rappeler que lors de nos adieux en France, nos itinéraires étaient complètement différents, et nous nous étions promis d'essayer de nous croiser quelques jours... A Valparaiso !!! Lors de mon premier jour de solitude, je me renferme quelque peu, faisant le deuil de ces mois de bonne compagnie. Dans un premier réflexe je me rattache aux gens que je connais. Quelques personnes de l'auberge mais qui s'en iront le jour suivant, et cette chilienne, Ana, que j'ai rencontré dans le bus quelques jours auparavant. 

A notre première rencontre je suis plutôt distant, privilégiant la musique de mes écouteurs plutôt que la compagnie des discussions qu'elle partage avec sa mère et Guillaume. Ana étudie à l'université de droit de Valparaiso, qu'elle terminera l'année prochaine je le lui souhaite, et connait tout de la ville. Mais voilà, actuellement les universités chiliennes sont en grève féministe, soutenant un mouvement de mobilisation qui tend à augmenter les droits des femmes dans ce pays au passé plutôt machiste. Et c'est ainsi qu'Ana a commencé à partager gentiment le temps dont elle dispose, pour me sortir de ma déprime. 

Je peux lire sur le visage d'Ana tout un enchevêtrement d'origines. De grands yeux noirs soulignés d'un trait de maquillage fin, et un nez exigu, typiquement chilien. De long cheveux sombres et un visage rappelant la Chine dont sont originaires ses grands parents. Et quelques tâches de rousseurs qu'elle même n'explique pas. Elle arbore constamment un large sourire contagieux. Je prends plaisir à la retrouver chaque jour pour me balader sur la promenade de bord de mer, jouer de la musique dans un parc, nous enfermer dans une salle de cinéma quand le temps déchante,  ou prendre un thé et un completo pour "la once" à la terrasse d'un café. De nouveau je délaisse les activités touristiques qui entourent la ville pour me concentrer sur la vie locale, cadencée au rythme de la coupe du monde (Allez les Bleus !) et des caprices de l'océan.

Au travers de nos digressions et discussions, je découvre en Ana une personne touchante à laquelle je m'attache rapidement. Je m'identifie à sa personnalité notamment grâce à un nombre déconcertants de coïncidences qui suscitent ma curiosité. Rapidement je me surprends à baisser ma garde, et à profiter pleinement de l'instant présent. Sur les rochers de la jetée du vieux port de Valparaiso, nous regardons quelques phoques s'amuser dans les remous et profiter des derniers rayons du soleil. C'est à ce moment je crois que j'ai décidé de rester plus longtemps. Je partirai le lendemain de son anniversaire.

Je m'intègre rapidement à son groupe d'amis, ainsi qu'à sa famille. Les jours passent sans que je m'en rendent réellement compte, et mon départ se rapproche lentement sans que je n'en prenne la mesure. Je pense que l'intensité de ma rencontre avec Ana est en partie dûe  la fin programmée. Je la compare dans mon esprit à la condition humaine qui donne un intérêt à vivre pleinement sa vie. C'est assez déstabilisant et déroutant, mais je suis très heureux d'en avoir profité un maximum sans trop réfléchir finalement, comme à mon habitude.

On a beau le savoir et s'y préparer mentalement , les adieux sont toujours déchirants. Ce matin là, l'estomac est noué mais j'essaye au maximum de ne rien laisser paraître. Ce film ne pouvait se terminer mieux que par la scène sûrement trop connue, mais pas pour autant moins émouvante que celle des au-revoir sur le quai de la gare. Nous échangeons quelques souvenirs et quelques larmes pour nous rappeler le plus longtemps possible de ce mois hors du temps à Val-Paraiso... Hasta pronto ! :)


Les graffitis de Valparaiso
Les phoques sur leur aire de jeu
La plage de Viña del mar
Carnaval du solstice d'hiver (eh oui c'est pas l'été ici !!)
Le port industriel
Après sa défaite aux cartes
Le genre de vitrail que je veux dans mes toilettes !
Rock n Roll
2 commentaires

EmmaM

commentaire touchant de ce séjour à Valparaiso . Je me demandais pourquoi nous n'avions pas de nouvelles récentes !!! je comprends ...mille bisous de Mamie F

  • il y a 2 semaines

oliv58

Très beau récit d'une étape riche en émotions. Plus ce voyage progresse et plus je vous ( te) découvre , au début, tout début, un jeune touriste en quête de découvertes du monde, puis en voyageur curieux et à l'écoute de ses rencontres, et nous voilà dans une nouvelle étape, celle d'un jeune homme qui au fil du voyage finit par faire la rencontre la plus déroutante qui soit, lui même. Je vous( te ) souhaite que tes chemins soient toujours aussi beaux que celui ci. En tout cas je continue de vous (te ? va falloir que je me décide) suivre avec beaucoup de plaisir et d'émotions. Bravo et à bientôt

  • il y a 2 semaines