Coup de pouce et main tendue

Publiée le 18/12/2017
La Colombie : le pays des FARCS, des narcotrafiquants et des guérillas. Se mettre au bord de la route, lever le pouce et attendre l'inconnu est sûrement la dernière chose à faire, et pourtant....

La Via Alterna

J'arrache fébrilement le bouchon du stylo avec les dents et commence à écrire le lieu de ma destination. A l'image de l'odeur qui se dégage du marqueur, à la fois toxique et enivrante, l'encre du voyage s'imprègne petit à petit en moi. Plus je la respire et plus j'ai peur, mais je ne souhaite pas m'arrêter. La sentir encore et encore, pour en retirer l’essence même de l'aventure quitte à s'en faire tourner la tête.

Comme une provocation, je jette un regard de défi à ce voyage. Aujourd'hui tu vas me montrer ce que tu as dans le ventre car je m'en remets complètement à toi. Je me laisse guider par le hasard des rencontres et des lieux que tu voudras mettre sur mon chemin. Et la réponse ne s'est pas faite attendre ! Nous commencerons le stop en Amérique du Sud sur la Via Alterna (la voie alternative), joli clin d’œil au premier article de ce blog.

Le pouce est tendu, le sourire crispé. La réputation sulfureuse de la Colombie résonne dans ma tête et j'imagine derrière chaque vitre l'ombre de Don Pablo. Mais je n'abandonnerai pas si facilement je suis là pour découvrir ! Au loin sur la route je distingue une voiture, je lui fais signe et elle ralentit, puis nous invite à monter. Je claque la porte tout en laissant sur le bord de la route tous mes préjugés.


La lumière vient de s'éteindre dans la chambre de l'hôtel, Julian dort car la journée a été chargée en émotions. J'écris dans l'obscurité le paragraphe du jour mais les mots me manquent. Je tape sur le clavier, j'efface, je relis, je corrige, je ré-efface, je modifie puis recommence. Rien n'arrive à décrire fidèlement l'aventure humaine que nous avons vécue. Je pourrais vous expliquer que William nous a pris dans sa voiture. Qu'il nous a fait visiter le musée de Garcia Marquez avant de nous inviter à dîner chez lui. Je pourrais aussi vous montrer les photos des voisins qui nous ont invités à danser la salsa en buvant des shots de rhum ou même des enfants qui nous ont entraînés avec eux pour se baigner dans la rivière. Je pourrais faire tout ça mais ça ne suffirait pas. Cela ne suffirait pas à décrire le bouleversement interne dont j'ai été victime quand j'ai compris que personne n'allait me vider mon sac mais qu'au contraire on se préoccupait de me remplir de souvenirs.

Lire que "le monde est bon" dans un livre ou sur un blog fait souvent réfléchir les lecteurs, le vivre change le voyageur. Le stylo est toujours là, fermé et il attend sagement dans mon sac. Je n'ai qu'une hâte, le ré-ouvrir à nouveau pour découvrir quelles surprises il me réserve...

Dans la première voiture de notre aventure
Visite du musée, suivez le guide !
Baignade dans le fleuve avec les enfants de Fundacion
Le voisinage revisité aux couleurs colombiennes
Salsa !!!

Pedir chance o dar papaya ?

Santa Marta - Medellin : 900km à travers la campagne colombienne. Tous les voyageurs que nous avons rencontrés le font en avion. Pour environ 80€ et 1 heure de vol, nous aurions pu rejoindre Medellin et gagner 2 jours. Mais depuis le hublot nous n'aurions pas pu capter les arômes et saveurs de ce territoire et de ses habitants.

J'aime voyager de nuit, la voiture plongée dans l'obscurité et le visage collé à la vitre je profite de ce moment pour divaguer. La musique, ni trop forte ni trop faible accompagne cette méditation silencieuse. Je sais que nous arrivons à destination alors je me détends et dresse le tableau de nos rencontres.

En seulement 5 voitures, nous aurons traversé la moitié du pays. En taxi, "mula" (camion), voiture de luxe, ... avec comme seule monnaie d'échange un sourire, une discussion ou un tour de magie. Au début un jeune, fenêtres ouvertes qui sifflait toutes les chimbitas  sur le bord de la route en espérant peut être que l'une d'entre elles lui rendrait son sourire.  Puis des transporteurs, l'un de marchandises, l'autre de passagers. Enfin une mère et son fils, elle médecin légiste à Medellin et lui collégien la tête déjà dans les airs. Tous avec un point commun, le goût de l'entraide sans contrepartie.

Nous sommes restés bloqués plusieurs heures dans les montagnes. L'état des routes ne permet pas aux camions de se croiser ce qui crée des embouteillages records. Notre conductrice nous confie qu'une fois elle est restée bloquée 1 jour entier sans pouvoir bouger, mais ici les habitants y sont habitués. Les maisons qui jalonnent la route sont ouvertes et tout le monde profite de ce moment pour discuter et danser.

Quand le trafic se fluidifie enfin, un paysage nocturne que je n'avais encore jamais observé me sort de ma torpeur : Medellin. Les banlieues de la ville s'étendent dans les montagnes dont le contour s'estompe dans le noir du ciel. Les lumières se confondent avec les étoiles, l'arrivée est majestueuse. Le sentiment de plénitude prend le dessus sur celui d'insécurité. Protégé par la carapace de la voiture et par notre autoproclamé "angelito", nous descendons avec un jour d'avance sur le programme au seuil de notre auberge. 

Faire du stop se dit "pedir chance" en amérique latine. Mais je commence à croire que la chance ne joue plus vraiment son rôle quand il est si facile de se déplacer. Néanmoins tous nos conducteurs sont formels, ils se sont arrêtés car nous sommes des "gringos", Il est beaucoup plus dur d'accorder sa confiance à un local car beaucoup ont peur des personnes mal intentionnées : nous voici avertis. 



Le sourire aux lèvres et le ventre plein
Invités au restaurant
La mula roja
Need for speed Colombia
1 commentaire

EmmaM

je me sens émue par tes belles rencontres....

  • il y a 1 an
1 Voyage | 45 Étapes
Aguachica - Cesar, Colombie
12e jour (17/12/2017)
Liste des étapes

Partagez sur les réseaux sociaux