Zvornik, ville frontière

Publiée le 11/10/2015
Vous ne trouverez pas dans les guides touristiques Zvornik ((Est de la Bosnie), , et pour cause. D'un côté du pont qui enjambe la Drina c'est la Bosnie de l'autre c'est la Serbie. J'ai appris à mes dépends ce qu'est physiquement une frontière, chose que naïvement j'avais oubliée en traversant l'Europe. Les habitants de Zvornik ont l'habitude d'aller faire leur marché de l'autre côté du pont. Ils ont une carte et il y a deux guérites avec un contrôle de police à chaque entrée. Seulement le système ne fonctionne que pour les locaux, mais pas pour les touristes (de toutes façons il n'y en a pas). J'ai passé sans encombre le contrôle bosnien (sourire des douaniers) et présenté pattes blanche en Serbie (photocopie recto verso de la carte d'identité). Au retour, les bosniaques n'ont jamais voulu me laisser passer pour rejoindre ma voiture qui était à une centaine de mètres. Rien à faire. résultat un détour de 6km pour revenir au point de départ.

Attente  interminable du bus

Personne ne s'impatiente. les enfants attendent sagement, les jeunes discutent et moi j'ai le temps, un an devant moi (enfin plus que 11 mois). Pendant 3/4 d'heure, on a le loisir d'observer, d'écouter une langue que l'on ne comprend pas, de regarder tomber la pluie et surtout d'observer des visages fatigués : où étaient-ils, qu'ont-ils vu, que faisaient-ils sur cette frontière entre la Bosnie et la Serbie il y a 20 ans?

Installation à Zvornik
Etonnantes peintures sur les murs  du motel.

Après renseignement, il s'agit d'un peintre de Zvornik. Le réalisme socialiste revisité avec l'éclatement du bloc socialiste. Que font les conservateurs du musée d'Art Moderne? Ils ne doivent pas descendre au Novak Hôtel à Zvornik.

Un hôtel de luxe pour 4 euros de plus que le camping de Sarajevo. Mes affaires sont humides , le réservoir d'images est plein (j'ai beaucoup stocké dans mon petit cerveau en seulement 3 semaines) autant s'installer confortablement au chaud, même si l'environnement a quelque chose de sinistre. La chambre est vite transformée en atelier et la routine s'installe fort agréablement (on en a besoin de temps en temps!). Personne ne parle anglais, je peux seulement communiquer en russe avec un serveur(1)  et par geste avec d'adorables femme de chambre avec qui nous partageons des lukums. Le personnel (masculin) distant au début,  devient amical puis, presque chaleureux. En fait je passe trois belles journées malgré la pluie, la bruine, et les fumées toxiques. Quoi faire de mieux, dans ce contexte, que d'aller prendre l'air au cimetière, c'est l'endroit le plus aéré et le plus verdoyant de la ville.

(1) J'ai pu comprendre que le personnel était serbe, et que les serbes ont une forte admiration pour Poutine avec lequel la Serbie serait main dans la main (geste accompagnant la parole). Le premier soir en arrivant dans la nuit mes phares ont balaye les visages d'une centaine de migrants (des hommes) entassés vers le pont, lorsque je lui en ai parlé  il a simplement dit en souriant se sont des"criminels". Le lendemain avec la pluie les hommes avaient disparus. Je n'en n'ai plus revus.


Un rapport à la mort qui me paraît étrange et sympatique

Les photos sont grises, normal il pleuvait. Des tables et des bancs sont installés devant chaque tombe  sans doute pour discuter et partager les victuailles que l'on apporte régulièrement aux défunts. Autre chose : apparemment, quand on est vivant on est déjà mort. Sur nombre de tombes sont inscrites les dates de naissance sans la date de décès. La photo est associée.

80% des maisons sont en chantier et habitées

work in progress! Il semble cependant que les chantiers ne se termineront jamais car l'essentiel est là et le budget ne permettra jamais d'aller jusqu'au bout.  La taille des maisons est surprenante dans le contexte économique désastreux. Une hypothèse : il s'agit d'héberger plusieurs générations sous un même toit. La solidarité intergénérationnelle semble être une des conditions de survie.  Comment les personnes âgées, qui n'ont aucun  revenu, pourraient-elles séjourner en maison de retraite ?

Un moment de plaisir dans un salon de coiffure. Le mot ne convient pas pour décrire ce petit cabanon d'environ 12m² à l'intérieur très coquet où j'ai passé un moment délicieux avec les deux jeunes et ravissantes serbes toutes excitées d'avoir une cliente française. Café turc, cigarettes, mimiques pour essayer de se comprendre, éclats de rire. Je n'ai malheureusement pas de photo.

Une surprise sur le mur de la poste

Une peinture  à la gloire du film de  Kusturica qui a du être en partie tourné à Zvornik, avec des figurants de la ville. 

Enfin le soleil sur l'hôtel Novak.
13 octobre  prochaine étape, la Serbie, Novi Sad.
1 commentaire

syljos

Très belle approche de la Serbie. est-ce qu'il neige déjà ? Car ici il neige sans arrête depuis ce matin.
Sylvain

  • il y a 7 ans