Fort McMurray, Alberta

Publiée le 31/12/2017
Fort McMurray, vous n'en aviez jamais entendu parler ? C'est normal, moi non plus !

Après mon périple dans les provinces de l'Atlantique, mon passage en Ontario et un crochet par les États-Unis, il était de temps de se remettre au travail !

Ou comment je me suis retrouvé à Fort McMurray

Alors que j'avais eu tout mon temps pour mûrir ce dernier trajet de trois mois durant mes longues journées d'auto-stop aux États-Unis, et alors même que je prévoyais de remettre le bleu de chauffe début octobre, restait encore à déterminer mon point de chute. Au moment de débuter ma réflexion, mon objectif premier est simple : trouver un travail qui permettra de mettre un maximum d'argent de côté en vue de 2018, quelles qu'en soient les difficultés.

Première idée : l'agriculture. Comme j'avais pu l'expliquer en introduction de ce voyage, j'ai une attirance particulière pour l'agriculture, qui m'a animé durant de nombreux étés durant mes années estudiantines. Néanmoins, l'agriculture au Canada, en hiver, ce n'est probablement pas la meilleure idée. Du moins, pas dans une grosse exploitation qui pourra me proposer un nombre conséquent d'heures tout en pouvant me rémunérer convenablement. J'aurais probablement pu trouver du bénévolat, mais, aussi intéressant puisse-t-il être, ce n'est pas l'idée.

Deuxième idée : le service. J'ai un temps songé à essayer de trouver un poste de serveur, barman, ou tout autre emploi « à pourboires ». Problèmes : mon absence d'expérience dans le domaine conjugué au ralentissement de ce domaine d'activités durant la période hivernale. Qui plus est, je n'avais pas réellement envie de m’établir dans une grande ville.

Troisième idée : aller à Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest et advienne que pourra. J'avais découvert l'existence de cette ville dans l'émission Le Convoi de l'extrême, diffusée il y a quelques années, et l'idée de m'y retrouver pour plusieurs mois de galère me plaisait plutôt bien.

Après en avoir discuté autour de moi, je me suis néanmoins rendu à l'évidence que le coût de la vie dans cet endroit reculé est très élevé et que je n'avais aucune garantie d'y trouver l'emploi « de mes rêves ». J'ai donc fini par faire le deuil de cette perspective, qui m'aura tout de même trotté en tête durant de nombreuses semaines.

Quatrième idée : durant un trajet en auto-stop entre Saint-Jean de Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon, mon chauffeur me parle de Whistler, plus grosse station de ski du pays, située sur la côte ouest à environ 120 kilomètres au nord de Vancouver. C'est d'ailleurs là que se sont déroulés les Jeux olympiques d'hiver de 2010. Et là, comme une révélation, je me dis : « Mais OUI ! C'est exactement ce qu'il me faut ! Je vais pouvoir y travailler dur tout en pouvant profiter des pistes pour occuper mon temps libre. » (avec un sourire de satisfaction jusqu'aux oreilles).

Néanmoins, je déchante assez rapidement. Après quelques recherches sur les Internets, je comprends qu'effectivement, du travail, il y en a, mais que s'y loger est une misère sans nom. Qui plus est, le travail est souvent peu rémunéré, la concurrence est forte et le prix des forfaits de ski est exorbitant. Je recherche d'autres opportunités dans d'autres stations, mais le constat reste généralement le même. Qui plus est, la saison ne commence guère avant fin Novembre et je veux commencer à travailler en Octobre. Encore une idée à oublier.

Cinquième idée : c'est finalement de manière inattendu que j'ai compris où moi et Petit-Pas (je ne l'oublie pas !) allions poser nos sacs-à-dos pour l'hiver. À mon départ du Saguenay, la personne qui me prend en auto-stop se dirige vers Montréal, pour embarquer dans un avion, direction Fort McMurray, au nord de l'Alberta.

À ce moment-là, j'ai le vague souvenir d'avoir déjà entendu ce nom et/ou de l'avoir déjà vu sur une carte du Canada. C'est lorsque ma conductrice me remémore le gigantesque incendie qui a touché la ville et sa région en mai 2016, que mes connexion neuronale s'établissent. L'événement avait fait l'objet de reportages les journaux télévisés français.

Incendie de Fort McMurray

L’incendie de Fort McMurray est un feu de forêt qui s'est déclaré le 1er mai 2016 dans le secteur de services urbains de Fort McMurray de la municipalité régionale de Wood Buffalo, en Alberta, dans l'ouest du Canada. L'incendie prend rapidement de l'ampleur au point de menacer sérieusement la localité, décidant les autorités à l'évacuer en quasi-totalité ; environ 100 000 habitants sont concernés.

Le 18 mai, le feu a atteint les 423,000 hectares de brulés. A la mi-Juin, la pluie et les températures basses ont aidé les pompiers à contenir l’incendie, et le 4 juillet 2016, l’incendie est déclaré sous contrôle. Début 2017, le feu était encore considéré comme toujours actif et il ne sera considéré comme éteint que le 2 août. Au total, il aura parcouru 5.895 km², et près de 2.500 maisons et édifices auront été détruits.

On estime en juillet 2016 qu'il a causé 3,58 milliards de dollars canadiens (2,49 milliards d'euros) de dégâts en faisant la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l’histoire canadienne.

Source : Wikipédia

Voici deux vidéos permettant de se rendre vraiment compte de l'enfer vécu par les habitants de Fort McMurray ces jours-là :

Ce qui m'a finalement convaincu de m'y perdre pour l'hiver est la quasi-certitude d'y trouver du travail dans le domaine de la construction ; une partie importante des infrastructures étant à reconstruire. Qui plus est, les salaires en Alberta sont parmi les plus importants du Canada.

Fort McMurray est une ville ouvrière, dont l'économie est exclusivement basée sur l'exploitation des sables bitumineux (la ville est située sur la plus grande réserve au monde). En prenant cette décision, je n'escompte donc pas me retrouver dans un endroit super sexy, je sais que je vais vivre un rude hiver, mais après tout, c'est l'expérience que je recherchais !

Direction Fort McMurray !

Après ma semaine à Chicago, je suis revenu passer quelques jours supplémentaires dans le Michigan, toujours en auto-stop. La route la plus courte vers Fort McMurray aurait dû me mener de nouveau sur les routes de l'Illinois, avant de traverser le Wisconsin, le Minnesota et le Dakota du Nord, pour enfin atteindre le Canada. Mais honnêtement, j'en avais un peu ma claque des américains… J'ai donc choisi de tirer au nord, pour rentrer au pays des caribous via Sault-Sainte-Marie. Cela a rallongé mon trajet de près de 400 kilomètres, mais si je voulais préserver ma santé mentale, il me fallait quitter ce pays au plus vite ! (J'exagère, même si j'ai de plus en plus de mal à supporter la mentalité de ce pays.) Me voilà donc lancé dans un trajet de 3 600 kilomètres, qui s'annonce épique !

Sortez-moi de là !

Première étape, regagner la frontière. Sur le papier, rien de bien méchant : une route assez direct de 540 kilomètres. Dans les faits, cela m'a pris 11h15 et surtout, j'ai dû compter sur… 17 automobilistes ! Nouveau record personnel explosé ! Ce n'est pas nouveau, faire du pouce aux USA, c'est compliqué, mais avec de la volonté et de la patience, on y arrive !

Coucher de soleil sur le Mackinac Bridge

La nuit est déjà tombée lorsque j'atteins finalement la frontière. Nouvelle problématique : le Canada se trouve de l'autre côté d'un pont. Traverser une frontière à pied, ça ne me fait pas peur, mais lorsqu'il s’agit d’emprunter un pont, c’est différent. Il va donc me falloir beaucoup de chance pour qu'une personne accepte de faire traverser un inconnu. Optimiste, je me poste juste en face des douanes américaines, m'attendant à me faire jeter très rapidement. Lorsque s'arrête un vétéran, parti pour aller jouer aux cartes avec ses potes canadiens. Improbable ! À peine arrivé, je me mets à la recherche d'un endroit où planter ma tente pour la nuit.

C'est sous la pluie que je reprends mon trajet le lendemain matin. Objectif : convaincre un chauffeur routier de m'embarquer. Comme j'avais déjà eu l'occasion de l'expliquer, ceux-ci n'ont, dans leur grande majorité, pas le droit de faire monter des inconnus dans leur camion. Au moment de se lancer dans cette entreprise, il faut donc, plus que jamais, savoir se montrer souriant, courtois et sympathique. Après plusieurs refus catégoriques, j'arrive finalement à échanger quelques mots avec un routier. Je distingue à son accent qu'il a des origines slaves ; il me confirme être russe. Je lui demande alors discrètement un renseignement bidon, pour pouvoir lui lâcher un petit « спасибо » (lire spaciba), « merci » en Russe (ouais, je me suis mis au Russe !). Et là, magie des langues, je me vois notifier d'un « Okay, bouge pas, je vais prendre une douche et je vais y réfléchir. » (la douche porte conseil, c’est bien connu !). Bingo ! En route pour Winnipeg, dans le Manitoba, à 1 600 kilomètres de mon objectif final.

Les magnifiques couleurs de l'Ontario, au début de l'automne
Quelque part en Ontario
Non loin du lac Supérieur
Taché, au Manitoba : « centre » du Canada

Après une nuit passée dans les couchettes du camion (petite infidélité à la tente), me voilà déjà arrivé à Winnipeg, un peu plus de deux jours après être parti du Michigan. Pas le temps de souffler, je reprends ma quête du camion ! Après m'être fait jeter d'une station-service où je prospectais (certains propriétaires n'aiment pas trop voir les gens avoir des interactions sociales… ça dérange, paraît-il !), je me fais aborder par un jeune Québécois, qui m'avait aperçu, pancarte à la main, quelques minutes auparavant. Et ça tombe bien, puisque c'est exactement lui que j'attendais, après avoir vue un plaque d'immatriculation du Québec sur le parking d'un fast-food ! Malheureusement pour moi, celui-ci se rend à Vancouver, via une route différente de la mienne. « Tu sais quoi ? Au lieu de passer par Calgary, je vais passer par Edmonton, où je pourrai te déposer. » « Mais tu es conscient que c'est plus long pour toi ? » « Ouais, j'm'en câlice ! De toute manière, je voulais aller voir un pote à Edmonton ! ». Voilà en gros la teneur de notre premier bref échange. Que demander de plus ?! En route pour 1 300 kilomètres à travers les plaines céréalières du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta.

Un convoi à perte de vue !
Des trains, encore des trains
C'est plat, vraiment plat

Arrivés à Saskatoon, capitale du Saskatchewan, pour y passer la nuit, c'est le drame, deux mauvaises nouvelles, coup sur coup :

  • « Je te paie l'hôtel pour cette nuit ! »
  • « Tu sais quoi, je vais t'emmener jusque Fort McMurray. J'ai envie de voir à quoi ça ressemble ! ».

« J’ai envie de voir ! », ce mec est fou !

Il est encore le temps de choisir !

Voilà comment je n'ai finalement mis « que » trois jours et demi pour rejoindre Fort McMurray en auto-stop, alors que je tablais sur au moins une journée supplémentaire. Non pas vraiment grâce à dix-sept américains (que je remercie néanmoins), mais grâce à un Russe et un Québécois (je devrais dire « Canadien », mais bon…), avec qui j'ai partagé de supers moments. Faire du pouce n'est pas toujours une partie de plaisir, mais cela réserve tellement de surprises et génère énormément de souvenirs, surement gravés à jamais.

Poucomètre

Poucomètre : 19 941 kilomètres.

Mon but désormais est de rester environ cinq-six mois à Fort McMurray, le temps de mettre suffisamment d'argent de côté pour envisager de nouveaux voyages en 2018 !

« Si l’on ne se remet pas en question, si l’on ne court pas une vraie aventure, au bout de laquelle on sera vainqueur ou vaincu, avec le risque de se casser la gueule, alors ça n’a aucun intérêt… »

– Louis Guilloux

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1 Voyage | 100 Étapes
Fort McMurray, AB, Canada
265e jour (09/10/2017)
Étape du voyage
Début du voyage : 18/01/2017
Liste des étapes

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