Traversée du Canada en vélo : semaine 6

Publiée le 30/09/2018
La semaine où les conditions météorologiques ont radicalement changées.

Jour 36 : Trois-Rivières – Berthier-sur-Mer (180 km)

Je pars de Trois-Rivières sans objectif précis pour ma journée, si ce n'est de dépasser la ville de Québec. Si la veille j'ai eu le droit à un magnifique ciel bleu et des températures idéales, il fait bien plus frais aujourd'hui ! Guère plus de 8 °C de moyenne sur l'ensemble de la journée. Malgré tout, les sensations sont bonnes, la route l'est, dans l'ensemble, tout autant. Suffisant pour poursuivre tranquillement mon chemin le long du fleuve Saint-Laurent, en passant de village en village.

Pont enjambant la rivière Batiscan
À Québec, passage sur la rive sud du Saint-Laurent

C'est finalement stoppé par la nuit, après 180 kilomètres de selle, que je m'arrête dans le village de Berthier-sur-Mer. J'aurais aimé atteindre Montmagny, localité suivante, de taille plus importante, mais la nuit est tombée bien trop vite ! Qu'importe, j'ai pu profiter d'un joli coucher de soleil sur la marina, là-même où je décide de planter ma tente.

Coucher de soleil sur la marina de Berthier-sur-Mer

Jour 37 : Berthier-sur-Mer – Pohénégamook (172 km)

Réveil difficile pour ce 37e jour. Les températures ont considérablement chuté durant la nuit, pour frôler avec le négatif. Avant même d'enfourcher le vélo, je suis déjà transit de froid.

Réveil avec vu sur le Saint-Laurent

8 °C de moyenne hier, 6 aujourd'hui. Autant dire que ça pique et que ça n'aide pas vraiment à trouver la motivation. Après un peu plus de deux heures de routes, je m'accorde une première pause. Probablement l'une des plus longues jusqu'à présent, tant je n'avais pas envie de quitter la chaleur du café dans lequel je m'étais réfugié.

Saint-Roch-des-Aulnaies
Coucher de soleil sur le lac Pohénégamook

C'est après une longue journée de 10h30 (dont près de trois heures de pause…) que je m'arrête à Pohénégamook, une nouvelle fois stoppé par la nuit. Le genre de journée où je ne sais vraiment pas comment j'ai finalement réussi à avancer de 172 kilomètres…

Pohénégamook

Pohénégamook est une localité située à la frontière avec l'État du Maine, aux États-Unis. De l'autre côté de cette frontière, se trouve Estcourt Station, village de quelques maisons, construites pour certaines avant l'établissement de la ligne frontalière. On y retrouve donc par exemple une station-service, côté étasunien, accessible uniquement par le Canada. Et pour y faire le plein, un passage par les douanes américaines est imposé. À quelques pas, se trouve également le parc de la frontière, situé à cheval sur les deux pays. Amusant.

En savoir plus sur cette frontière…

Le poste de douane de Pohénégamook
Le parc de la frontière

Jour 38 : Pohénégamook – Saint-Léonard (139 km)

Résumé d'une vraie journée de merde à la conquête du Canada :

  • Se réveiller, en tente, par -3 °C ;
  • Monter sur le vélo en ayant déjà les pieds et les mains gelés ;
  • Souffrir, douter, craquer. Dès le deuxième kilomètre ;
  • Se rendre compte après moins d'une heure de route que j'ai perdu mes lunettes de soleil en partant ;
  • Voir sa tendinite au tendon d'Achille, qui traîne depuis la deuxième semaine mais qui m'avait laissé tranquille depuis plusieurs jours, se réveiller ;
  • Lutter contre un vent de face la majeure partie de la journée et affronter les pires rafales depuis mon départ ;
  • Rouler la dernière heure sous la pluie ;
  • Finir par se payer un motel à 100 $.

Le genre de rafale de vent à te coucher un panneau !

Le point positif de la journée est que j'ai atteint la septième des dix provinces : le Nouveau-Brunswick.

Nouveau-Brunswick !

Pour l'anecdote, hier, je m'amusais à imaginer le genre de « chiffres clés » que je pourrai lister en conclusion de ce périple. J'avais en tête d'écrire « Nombre de fois où j'ai chialé : 0 ; Nombre de fois où je suis passé au bord des larmes : quelques-unes ; Nombre de fois où ça aurait servi à quelques choses : 0 ». Au départ ce matin, le froid était tellement saisissant, la baisse de moral était telle que je n'ai cette fois-ci su me retenir… Vous ne verrez donc pas ces chiffres en conclusion :D Aussi, c'est au moment de conclure cette journée de merde, alors que je me voyais lutter contre les rafales de vent, tout en devenant de plus en plus humide, que j'ai esquissé mon premier sourire de la journée. Les choses pouvaient difficilement être pires, et ça m'a amusé.

Jour 39 : Saint-Léonard – Hartland (124 km)

Nouvelle journée pluvieuse aujourd'hui. Deux options se présentent donc à moi : prendre un jour de repos ou essayer de rouler un minimum, en sachant que je vais finir trempé. Dans les deux cas, je vais à nouveau devoir sortir le chéquier pour échapper à une nuit en tente sous une pluie diluvienne. Partant de ce constat, je décide de prendre la route pour avancer d'une centaine de kilomètres.

Au final, savoir qu'une douche et un lit m'attendaient en fin de journée aura rendu cette étape assez peu désagréable, malgré un taux d'humidité de 120 % (au moins !) et une fine pluie qui n'a pas laissé insensible le breton que je suis. Pour être honnête, j'ai même vraiment apprécié cette journée passé en bordure du fleuve Saint-Jean : malgré la pluie, la température est remontée au-dessus des 15 °C, le réseau secondaire que j'ai emprunté était quasi vierge de toute circulation et les paysages observés étaient peu comparable à ceux que j'ai croisé depuis mon départ de Victoria. Aussi, j'ai finalement pu découvrir une attraction qui m'avait échappée l'an passé : le plus long pont couvert au monde, situé à Hartland (ma destination du jour). Bref, une courte journée, mais au vu de la météo, elle eut pu être bien moins productive !

Le long du fleuve Saint-Jean
Le long du fleuve Saint-Jean
Pont couvert d'Hartland

Jour 40 : Hartland – Oromocto (120 km)

Après un début de semaine très, très frais et humide, le soleil fait enfin son retour aujourd'hui ! Parfait pour une longue journée de vélo. Ou pas ! Moncton, ville où j'ai fait du volontariat dans une auberge de jeunesse l'an passé, se trouve à 270 kilomètres d'Hartland. Depuis mon départ il est clair que je souhaite faire un nouvel arrêt par cette auberge. Impossible de boucler la distance en une journée ; il m'a donc fallu scinder cette section en deux étapes. Même si j'aurais adoré profiter de cette belle journée pour avancer au maximum, faire ce choix m'a toutefois permis de passer un peu de temps à Fredericton, capitale du Nouveau-Brunswick, où je n'étais jamais venu. L'occasion de visiter l'édifice de l'Assemblée législative de la province. Cela restera la seule visite touristique que je m’accorderai durant ce périple.

Édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

Bien que courte, j'ai vraiment pris plaisir sur le vélo aujourd'hui. Notamment durant la première moitié, passée sur des petites routes de campagne, bien désertes. Il est toujours plaisant de découvrir l'arrière-pays d'une province, chose dont j'avais peu eu l'occasion lorsque je me déplaçais en auto-stop ou en voiture.

La campagne du Nouveau-Brunswick
Les couleurs commencent à changer !
Bill Thorpe Walking Bridge

À noter enfin que j'ai passé aujourd'hui le cap des 6 000 kilomètres :) Encore 1 500 jusque St. John's !

Jour 41 : Oromocto – Moncton (152 km)

Après deux nuits en motel, j'en reviens aux fondamentaux : le camping sauvage, dans un parc public d'Oromocto. Nuit perturbée par trois-quatre personnes venues, à deux reprises, en quad, siroter quelques bières non loin de ma tente. C'est au réveil que je me rends vraiment compte à quel point passer une bonne nuit au chaud aide grandement dans ce genre d'aventure. Et j'en aurais probablement eut grand besoin avant d'aborder cette journée dantesque. Si, au départ, la température est acceptable (environ 10 °C) et la météo relativement clémente, il ne m'aura pas fallu attendre une heure pour subir les premières goûtes. Pluie qui n'aura au final jamais cessé jusque mon arrivée à Moncton. 6 heures à prendre la saucée, à subir les ventes contraires, sur des routes de campagnes souvent en piteux état, par 7 °C de moyenne. J'ai beau être breton, ça pique ! Et ça plombe le moral…

Route Transcanadienne

Alors que j'avais tendance à prendre de plus en plus de pauses ces derniers jours, je me suis contenté d'un petit quart d'heure en tout et pour tout aujourd'hui. Déjà parce tout au long de ces 150 kilomètres, je n'ai guère croisé que quelques habitations, bâties de manière sporadique. Aucun vrai village. Nul part où m'abriter. Ensuite parce que je savais que si je m'arrêtais trop longtemps, il me serait impossible de trouver le courage de repartir.

Très dure journée. Le genre qui fait douter sur mes envies d'aller jusque St. John's. Mais la météo devrait redevenir un peu plus acceptable dans les jours à venir.

Jour 42 : Moncton – Charlottetown (150 km)

Magnifique étape. Même si les températures restent fraîches, le soleil pointe de nouveau le bout de son nez. Que ça fait du bien ! Journée parfaite donc pour découvrir une partie de la côte du Nouveau-Brunswick où je n'étais pas passé l'an dernier. Un vrai délice !

Route 950
Route 950

Au terme des 95 premiers kilomètres, il me faut poser pied à terre. Fin de parcours au Nouveau-Brunswick ; direction l'Île-du-Prince-Édouard, via le pont de la Confédération. Celui-ci étant interdit aux piétons et cyclistes, c’est en navette (gratuite dans ce sens) que je traverse le détroit de Northumberland.

Pont de la Confédération en vue !
Le pont est long de 13 kilomètres

Je n'avais consacré que 2/3 jours à l'île l'an passé. Certes, la province est petite (5660 km²), mais elle aurait sûrement mérité que je m'y attarde d'avantage. Même si mon retour par cette province sera express (deux demi-journées), je suis vraiment heureux d'y reposer pied. L'ambiance y est réellement particulière je trouve, bien plus apaisée que dans la plupart des autres provinces du Canada.

Après 65 kilomètres supplémentaires, j'arrive finalement à Charlottetown, plus grande ville et capitale de la province. Il n'est que 16h00, la météo est clémente, j'aurais largement pu rouler deux heures supplémentaires. Mais j'ai un hôte qui m'y attend et j'ai le sentiment d'avoir fait le nécessaire pour aujourd'hui. C'est donc sans regret que je conclus ma semaine après 150 nouveaux kilomètres parcourus aujourd'hui.

Les chiffres de la semaine

  • Jours roulés : 7/7 ;
  • Distance parcourue : 1 038 kilomètres ;
  • Temps passé sur le vélo : 44h29 ;
  • Dénivelé positif : 4 631 mètres ;
  • Crevaison(s) : 0 ;
  • Calories dépensées : 30 539 ;
  • Provinces traversées : 7/10.

Distante totale parcourue : 6 329 kilomètres.

Conclusion de la semaine 6

En atteignant Montréal, j'ai pensé que le plus dur était fait. Que le dernier tiers allait être une formalité. J'ai eu tort. On m'avait pourtant averti que, dans le Canada atlantique, la météo change radicalement à mi-septembre. Il m'était néanmoins difficile d'imaginer passer pareil semaine. Si elle a bien commencée et s'est bien terminé, j'ai eu froid, tellement froid que ça m'a tiré quelques larmes. J'ai été mouillé jusqu'aux os. Plutôt trois fois qu'une. Et j'ai, presque chaque jour, dû composer avec des vents défavorables. Bref, les prairies n'étaient pas vraiment une partie de plaisir. Basculer dans les provinces de l'Atlantique au début de l'automne s'avère être tout aussi délicat à aborder, sinon plus. Les prévisions pour les derniers 10 jours sont un peu meilleures. Je croise tous mes doigts pour qu'elles subsistent.

Le parcours de la semaine 6

« Plus je vais loin, plus je me rapproche de moi-même. »

– Andrew McCarthy

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1 Voyage | 108 Étapes
Charlottetown, PE, Canada
620e jour (29/09/2018)
Étape du voyage
Début du voyage : 18/01/2017
Liste des étapes

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