Road trip : le bilan

Publiée le 02/09/2018
« On fait le Bilan calmement en s'remémorant chaque instant. »

Trois mois et demi après être parti de Calgary, retour à la case départ. Trois mois et demi d'un road trip durant lesquels j'ai traversé deux fois l'Amérique du Nord, d'un océan à un autre. Trois mois et demi durant lesquels j'en ai souvent pris plein la vue, mais durant lesquels tout n'a pas toujours été aussi évident qu'espéré. Avant de revenir sur les sentiments qui m'animent au moment de rentrer au Canada, voici plusieurs chiffres, bien plus évocateurs que de longues palabres :

Roadtripomètre

  • Durée : 3 mois et 16 jours (108 jours) ;
  • Distance initialement estimée : entre 25 et 30 0000 kilomètres ;
  • Distance théorique parcourue : 34 000 kilomètres ;
  • Distance finale réellement parcourue : 38 060 kilomètres ;
  • Litres d'essence consommés : 3 865 L (soit environ 3 000 €) ;
  • Passages à la pompe : 95 ;
  • Passages aux stands : 5 ;
  • Heures derrière le volant : 644 heures (soit un peu moins de 27 jours) ;
  • Accidents : 0 ;
  • Contraventions : 0 ;
  • Animaux percutés : 0 !
  • Montant dépensé en péages : 0 $ ;
  • Auto-stoppeurs embarqués : 15 ;
  • Provinces et territoires parcourus : 7/13 ;
  • États parcourus : 20/50 ;
  • Parcs nationaux canadiens visités : 5/42 ;
  • Parcs nationaux américains visités : 16/60 ;
  • Plus longue période entre deux douches : 9 jours… ;
  • Changements de fuseau horaire : 12 ;
  • Nombre de photos prises : 4 357.

Carte des provinces et États parcourus
Route du road trip

Au moment de faire le bilan de cette dernière aventure, mes sentiments sont assez partagés. Je vais commencer par évoquer les aspects négatifs, ce qui m'a dérangé, déplu, fatigué, etc. Pour ensuite aborder le positif qui, au final, doit largement prendre le pas sur tout le reste !

Le négatif

Le timing – Pour commencer, je sais que je n'ai pas autant apprécié ce road trip que si je l'avais fait en tout début de voyage. Déjà parce que l'excitation de l'aventure s'est un peu estompée, qu'une part de fatigue morale s'est installée, ensuite parce que cela fait déjà quelques mois que ressens l'envie, le besoin de rentrer en France, de revoir certains proches, de renouer avec une culture qui me ressemble bien plus. L'envie aussi de retrouver une certaine stabilité, de m'engager dans de nouveaux projets. L'envie de retrouver une vie normale, bien rangée, en quelque sorte. Et je me sens d'une certaine manière coupable d'éprouver ce genre de sentiments, car ce voyage est un choix, est une opportunité, est une chance, et j'estime ne pas avoir le droit de me plaindre de quoi que ce soit.

La solitude – Mais un voyage c'est souvent bien d'avantage que de belles photos et de beaux récits. C'est aussi, pour ma part, une part de solitude qui m'allait bien durant la première année, aussi longtemps que je l'ai assimilée à une réelle liberté de décision, de mouvement et de rencontre. Or, durant ce road trip, et certainement pour la première fois depuis mon arrivé au Canada, je me suis senti fautif de parcourir tous ces kilomètres, de voir tous ces paysages, tous ces parcs, sans en faire profiter qui que ce soit, et sans pouvoir le partager (si ce n'est avec une amie durant une dizaine de jours). Je pense avoir compris durant cette partie de mon voyage (dès l'Alaska d'ailleurs) que se créer des souvenirs c'est bien, mais pouvoir les partager c'est encore mieux.

Les rencontres - Autant durant cette première année j'ai multiplié les rencontres via Couchsurfing. Autant ici je n'ai sollicité des hôtes qu'à une reprise, à Whitehorse, au Yukon. Et pour cause, mes plans changeaient constamment : parfois je restais plus longtemps que prévu à un endroit, souvent moins longtemps, parfois je changeais ma route. Pouvoir dormir dans mon véhicule me rendait également sans aucune mesure plus libre dans mes déplacements et dans mes choix que lorsque je faisais de l'auto-stop. Si je voulais garder cette liberté, difficile donc de consacrer chaque jour ou presque au moins une heure à solliciter des hôtes. Enfin, faire du Couchsurfing n'est pas totalement gratuit : il est courant de cuisiner pour nos hôtes ou d'aller boire un verre. Autant de dépenses que je ne pouvais malheureusement me permettre. Beaucoup plus rares en devenaient donc les personnes avec qui je pouvais échanger, discuter, partager.

La dynamique – Au cours de ce road trip, je me suis également rendu compte de la difficulté d'intégrer une ou plusieurs personnes à son voyage. Voyager de la sorte, faire attention à chaque dépense, ne pas se préoccuper de son propre confort, avoir une alimentation basique, accepter de ne pas avoir une hygiène toujours irréprochable, etc. n'est pas forcément en adéquation avec les attentes de quelqu'un qui te rejoint pour quelques jours, avec un budget vacances équivalent à six mois de voyage pour toi, avec l'envie de ne pas se limiter, de profiter autant que possible. Aussi, une personne en vacances va parfois avoir la volonté de « décrocher » des réseaux sociaux, de son téléphone, là où moi je n'ai absolument pas cette envie. Au contraire, mon téléphone et les réseaux sociaux demeurent mon lien avec la France, avec ma famille et mes amis. Un lien qui m’est important. Deux dynamiques totalement différentes donc, qui occasionnent quasi inévitablement des conflits.

Le contenu – Enfin, tout ce que j'ai vu ne m'a pas plus. J'ai tout d'abord quitté l'Alaska légèrement déçu, mais ça c'est plus lié à un mauvais choix de ma part. Il faut s'y rendre en hiver ou en été, mais pas à l'intersaison. Aussi, de Cleveland à Minneapolis, j'ai souvent eu l'impression de perdre mon temps. Huit villes enchaînées, sans qu'aucune ne m'interpelle réellement. Au Canada, c'est d'avantage le fait d'avoir raté mon passage par les parcs nationaux de Banff et Jasper qui reste une déception. Encore un mauvais choix de ma part en décidant de m'y rendre fin avril, alors que la neige y étaient encore très abondante. J'avais en tête d'y revenir en toute fin de périple, avant de retourner à Calgary, mais faute de temps, et ayant déjà explosé mon compteur kilométrique, j'ai préféré faire définitivement une croix sur ce que beaucoup considèrent comme deux des plus beaux parcs du pays. Dommage.

Le positif

Malgré cette litanie d'aspects négatifs, je n'ai que peu de regrets quant à ce road trip. J'ai conscience d'avoir eu l'opportunité (je n'aime pas dire « la chance » parce que j'estime que c'est à la portée d'à peu près n'importe quelle personne qui s'en donne les moyens) de voir énormément de choses, de (re)parcourir 8 des 13 provinces et territoires canadiens, de découvrir 20 nouveaux États des États-Unis, de visiter une vingtaine de parcs nationaux, etc. Et tout ceci en totale liberté, dans mon véhicule personnel, sans avoir eu le moindre accident ou réel ennui mécanique. Il est toujours possible de faire mieux, de s'attarder plus à certains endroits, de faire plus de rencontres, mais il faut aussi savoir accepter ses contraintes de temps et budgétaires. Un exemple parfait je trouve : mon terrain de camping favori fut les parkings du Walmart, mastodonte de la grande distribution qui autorise la plupart du temps les gens à stationner devant ses magasins pendant la nuit. Bien loin de la carte postale du type qui se réveille dans son mini-van au bord d'un lac au pied des montagnes. Mais cela m'offrait de nombreux avantages : c'était gratuit, j'avais accès à du WiFi et à des toilettes en y arrivant et en repartant, je pouvais aller y faire mes courses au jour le jour et c'était assez sécuritaire du fait de la présence de caméras de sécurité. Aussi, cela m'évitait surtout de passer, chaque soir, une heure à trouver un endroit autorisé où me garer.

Des camping-cars sur un parking Walmart

Où ai-je pris des douches ?

  • Campings ;
  • Hôtels / Motels ;
  • Hôtes Couchsurfing ;
  • Parcs (nationaux et provinciaux) ;
  • Piscines / centres de loisirs ;
  • Refuges pour SDF ;
  • Salle de sports ;
  • Stations-services (truck stops).

Ainsi, si ce road trip était à refaire, j'y changerais finalement assez peu de choses : je songerais peut-être à effectuer la boucle dans le sens inverse par exemple. Mais pour moi qui adore conduire, parcourir ces 38 000 kilomètres fut un vrai plaisir. Être au volant de mon mini-van, à écouter de la musique et profiter de paysages et de parcs tous plus variés les uns que les autres, loin de l'agitation touristique de certains sites, était parfait ! Ma voiture fut d'ailleurs l'endroit où je me sentais le mieux, le plus libre. Je me sentais d'ailleurs tellement libre qu'il m'arrivait souvent de douter durant quelques secondes de la ville, de l'État, voire même du pays dans lequel je me trouvais à l'instant T. Peut-être un symptôme d'une surconsommation de lieux, mais qui m'amusait plus qu'autre chose :)

Une dernière chose vraiment appréciable lorsque l'on voyage en Amérique du Nord est la quasi absence d'autoroutes à péage. Il n'y a guère qu'autour de certaines grandes villes qu'on en trouve, et ces axes sont facilement contournables. C'est pourquoi je n'ai jamais déboursé un dollar pour emprunter une route.

Quelques conseils

  • Tout au long de ces trois mois et demi, j'ai utilisé l'application smartphone GasBuddy, me permettant de trouver les meilleurs prix pour l'essence. Je pense que l'utiliser m'a permis d'économiser pas mal d'argent au bout du compte.
  • Toujours au sujet de l'essence : aux USA, il est souvent plus avantageux de payer son essence en argent comptant (10 centimes par gallon en moins). Si vous en avez la possibilité, trouvez un distributeur de billets qui ne retient aucun frais sur les retraits (difficile à trouver, mais il y en a) et payer votre essence cash !

Les États-Unis : mon avis

En ayant définitivement terminé avec les États-Unis, je vais également dresser un bilan sur ce pays qui apparaît souvent comme un eldorado, une destination de voyage privilégiée, le pays des libertés, de la démesure, etc. Pour y avoir passé de nombreux mois au cours de l'année et demie écoulée, j'en ai désormais une vision assez différente.

Les États-Unis sont extrêmement vastes, variés et d'une grande richesse naturelle. Avec pas moins 60 parcs nationaux et des dizaines d'autres sites protégés, tous plus différents les uns que les autres et parfaitement aménagés, ils constituent un vrai paradis pour les voyageurs. Il est également très facile de s'y déplacer, avec un réseau routier très étendu, globalement en bon état, et gratuit ! Aussi, même si j'y ai souvent eu l'impression de voir et revoir les mêmes villes, certaines d'entre elles sont tout de même réellement d'exception, pour différentes raisons :

  • New York City : qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, la grosse pomme est définitivement une ville réellement à part, à l'atmosphère très singulière ;
  • Philadelphie et Boston : là où s'est écrit une part importante de l'histoire des États-Unis ;
  • Washington DC : la capitale du pays, son Capitole et ses innombrables musées ;
  • Miami : à l'instar de NYC, certains l'aime, certains non, mais Miami est à part aux USA ;
  • San Francisco : avec son Golden Gate Bridge, ses rues en pente et ses tramways, SF est d'une grande singularité ;
  • Las Vegas : incomparable !
  • Chicago : une ville à l'architecture incomparable aux États-Unis ;
  • Detroit : de par son histoire trouble et sa renaissance amorcée.

Mais la vision que je garderai de ce pays est malheureusement toute autre. Si je me suis finalement rendu compte que ce ne sont pas les gens qui m'y agacent, mais la société, pour moi les États-Unis c’est :

  • Une société entièrement basée sur l'argent, où tu es soit pauvre, soit riche ;
  • Une société richissime où l'accès à l'éducation est un luxe ;
  • Une société toujours gangrenée par le racisme et le communautarisme (clivage noirs/blancs notamment) ;
  • Une société totalement ignorante du monde extérieur, voire même parfois arrogante vis à vis de celui-ci ;
  • Une société totalement paranoïaque, où le sentiment d'insécurité semble omniprésent chez les gens ;
  • Une société hypocrite qui t'interdit la consommation d'alcool si tu as moins de 21 ans, mais où tu peux posséder une arme de guerre à n'importe quel âge (dans certains États) ;
  • Une société qui prône la liberté, mais où tu es entouré d'écriteaux « Strictement interdit de… », « Réservé à… », « Propriété privée », « Pas d'intrusion », « Remorquage à vos frais » et j'en passe ;
  • Une société hyper religieuse, où l'amour de Jésus est omniprésent et s'affiche en grand le long des routes, où les seules stations de radio que l'on capte en permanence sont les radios religieuses ;
  • Une société à la limite de la propagande, où chaque infrastructure, bâtiment, objet, site naturel, etc. est toujours le plus grand au monde, le plus long, le plus haut, le plus lourd, le plus vaste, etc. ;
  • Une société égocentrique, où les gens pensent plus à parler d'eux et de leurs expériences plutôt qu'à écouter ;
  • Une société de surconsommation, où le gaspillage de nourriture et de ressources naturel est affligeant ;
  • Une société où l'alimentation est un vrai désastre ;
  • Une société dégueulasse, où jeter ses détritus par la fenêtre de son véhicule ne semble pas choquer grand monde ;
  • Une société où l'écologie semble être le cadet des soucis d'une grande part de la population. L'irrespect de la nature y est souvent affligeant.

«Bienvenue à Rennie, pays de quelque chose… ou de quelqu'un de connu… un jour… peut-être…»

Les États-Unis est un pays que j'ai adoré visité, que j'ai adoré détester, où j'ai aimé retourner, où j'ai vu et vécu des choses incroyables, mais j'ai également toujours éprouvé un certain soulagement en repassant la frontière vers le Canada, tant cette société, totalement détraquée à mes yeux, finissait par m'oppresser. Un pays où il me reste encore beaucoup à découvrir, mais où je ne retournerai très probablement jamais.

« Si tu rencontres un Asiatique à plus de 2,5 kilomètres de son moyen de locomotion, c'est certainement qu'il est perdu. »

– Fabien S. J.

2 commentaires

TonioPS

HAHAHA belle citation!

  • il y a 2 ans

Rano

Ce fameux Fabien S.J., toujours inspiré

  • il y a 2 ans
1 Voyage | 108 Étapes
Calgary, AB, Canada
566e jour (06/08/2018)
Étape du voyage
Début du voyage : 18/01/2017
Liste des étapes

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