Auto-stop aux États-Unis : le bilan

Publiée le 10/08/2017
Le retour à Montréal marque l'heure d'un petit bilan sur cette première vraie expérience d'auto-stop.

Le road-trip en chiffres

Avant de livrer mes impressions sur ce road-trip qui m'a mené sur la côte est des États-Unis, voici quelques chiffres qui permettront de mieux comprendre l'expérience :

  • Durée totale : 48 jours.
  • Journées d'auto-stop : 18 jours.
  • Distance parcourue : environ 2 550 miles soit 4 100 km.
  • Nombre de villes visitées : 14 (en incluant Miami).
  • Nombre de lifts : 72 (moyenne de 4 par journée d'auto-stop).
  • Nombre de fois où la police m'a demandé d'aller voir ailleurs : 2.
  • Nombre de fois où j'ai été embarqué par la police : 1.
  • Nombre « d'échecs » : 1 (j'ai dû me résigner à louer une chambre d'hôtel pour la nuit. C'est d'ailleurs ce même jour que je me suis fait embarqué par la patrouille. Ce n'était pas mon jour !).
  • Plus longue distance parcourue en une journée : 620 km (Jacksonville -> Charlotte).
  • Plus longue durée d'attente à un même endroit : environ 5 heures (2 heures + 3 heures le lendemain).
  • Budget total : 1 670 USD soit environ 1 510 € (essentiellement de la bière… !).

Faire de l'auto-stop aux États-Unis

Avant même de partir, on m'avait dit qu'il était impossible de faire du pouce aux États-Unis. Impossible vous av(i)ez dit ?! Alors, effectivement, il est devenu très difficile de faire de l'auto-stop au pays de l'oncle Sam. Cette pratique, apparemment très répandue entre les années 60 et 80, est depuis tombée en désuétude. Cela peut s'expliquer de diverses raisons : l'avènement de l'automobile ; tout le monde ou presque en dispose d'au moins une aux USA. Quelques affaires sordides liant des auto-stoppeurs, qui ont ancré dans l’imaginaire collectif cette pratique comme étant dangereuse pour les automobilistes. Enfin, cette pratique est plus ou moins interdite dans la majorité des États (« plus ou moins » car je n'ai jamais réussi à savoir si la elle est prohibée uniquement sur les autoroutes ou sur l'ensemble du réseau routier).

Tous les chemins mènent à Rome

Avec du recul (j'ai terminé ce trajet il y a maintenant près de deux mois) et après avoir depuis pas mal expérimenté le pouce dans l'est Canadien, je me rends compte qu'il m'a réellement été compliqué de me déplacer de cette manière aux États-Unis. Je pense avoir attendu en moyenne une heure à chaque fois avant de trouver un lift (un « lift » étant un « déplacement » offert par un chauffeur). J'imagine que dans le centre du pays, cet usage doit s'avérer encore plus compliqué. Je ne parle même pas du fait que je suis blanc, jeune, sans barbe ni tatouage, etc.

Durant tout ce temps passé au bord des routes, j'ai pu constater à quel point les étasuniens ne sont pas (plus) familiers avec la pratique et à quel point ils sont méfiants de tout et de tout le monde. Lorsque tu attends durant plus d'une heure à un endroit, et que tu vois défiler plus de 750 véhicules à l'heure (au bout d'un moment, tu te prends à faire des statistiques :D), pour la plupart disposant de plusieurs places libres, sans qu'aucun ne s'arrête, c'est qu'il y a un problème quelque part… Les regards ne trahissent également pas. J'ai pu constater à de nombreuses reprises de l'incompréhension (beaucoup voient un auto-stoppeur pour la première fois de leur vie), de la surprise (beaucoup m'ont dit ne pas avoir vu d'auto-stoppeur depuis plus de quinze ans…), de la suspicion, voir même du dégoût ou du mépris. J'ai souvent eu le sentiment d'être assimilé à un sans domicile fixe : beaucoup regardent du coin de l’œil tout en essayant de faire comme s'ils n'avaient rien vu… Certains vont même jusqu'à prendre des photos ou te filmer, probablement pour alimenter leurs réseaux sociaux. Il était aussi parfois amusant de voir des gens me parler depuis leur véhicule, probablement pour m'expliquer la bonne excuse qui les pousse à ne pas s'arrêter (Heuuu… Tu sais que je ne t'entends pas mec ?!). Moins amusant : les conducteurs qui te font des doigts d'honneur pleins de rage (Pourquoi tant de haine ?!), qui te font des feintes, qui t'enfument délibérément (pratique appelée le rolling coal) voire même qui feignent de vouloir t'écraser. Heureusement, ces pratiques restent très marginales. Il m'est même arrivé à deux ou trois reprises que l'on me dirige dans la mauvaise direction (certains ont apparemment quelques difficultés avec leurs points cardinaux…).

Bricolage de pancarte pour aller dans le New Jersey

Malgré tout, même si ce fût parfois long et difficile, si c'était à refaire, je le referais dix fois ! N'ayant d'autre choix que d'être patient et que de rester toujours positif et souriant, je pense que c'est un excellent travail sur soi-même, Qui plus est, cela m'a permis de faire énormément de belles rencontres et de me rendre compte qu'il y a tout de même énormément de personnes qui sont toujours prêtes à aider (parfois au-delà de nos espérances). 

La culture de l'insécurité

Durant ces deux mois passés aux États-Unis, j'ai été marqué par la profonde culture de l'insécurité et de la suspicion. De mon point de vue (largement partagé par les gens que j'ai rencontrés), tous les américains sont racistes : les blancs sont racistes de noirs, les noirs racistes des blancs (voire même des noirs non-américains, selon les dires d'un nigérian qui vit ce sentiment) et les asiatiques ne se mélangent quasiment pas aux autres communautés. Je n'ai d'ailleurs jamais été pris en stop par une personne d'origine asiatique et rarement par des gens de couleur. Lorsque ce fût le cas, ils n'étaient pas américains (africains, haïtiens, cubains ou sud-américains).

Un discours qui m'a marqué également, venant d'un policier hors service qui me conduisait : lorsque je lui ai demandé s'il avait déjà voyagé hors des États-Unis, sa réponse fût sans équivoque : « Non ! C'est beaucoup trop dangereux ! ». Affamés de médias d'informations, beaucoup sont persuadés que le monde est d'une dangerosité sans nom (à commencer par la France, où ils vont tous mourir s'ils y posent le pied…) et qu'ils sont bien plus en sécurité au sein de leurs frontières, armés jusqu'aux dents. Autre exemple significatif (à mon sens) : la nuit, tous laissent la lumière extérieure de leur maison allumée, se sentant ainsi plus en sécurité.

En approche de New York City

La grande majorité de mes rencontres prononçaient également les mêmes mots au moment de les quitter : « Fait attention à toi, c'est très dangereux ici tu sais ! », « Ne fait pas confiance aux gens ! », « Ne vas surtout pas là, c'est trop dangereux » (en parlant à chaque fois de quartiers où la population est en majorité afro-américaine…). Merci de vous soucier de moi les gars, mais honnêtement, à la longue, ce discours était vraiment fatiguant à entendre. En quarante-huit jours, je n'ai jamais eu le moindre problème avec personne (si ce ne sont des gens qui ne voulaient pas m'adresser la parole quand je les sollicitais, mais ça, c'est un autre problème), je n'ai jamais eu la moindre crainte en parcourant des quartiers « noirs », je ne me suis pas senti une seule fois en insécurité. Je ne prétends pas que ce climat d'insécurité est infondé, mais je pense qu'il est largement alimenté par les ouï-dire et très rarement par de réelles expériences personnelles.

Quelques conseils pour faire du pouce

Au fil des jours, je comprends de mieux en mieux ce qui peut m'aider à motiver les gens à s'arrêter pour moi. Premièrement, il faut avoir bien conscience que les automobilistes ont souvent un bref instant pour prendre leur décision, de l'ordre de deux ou trois secondes. Il faut donc leur donner envie s'arrêter, ou au moins, ne pas les en dissuader :

  • Bien présenter.
  • Sourire, toujours, même quand ça fait trois heures que l'on attend !
  • Être dynamique : j'essayais de toujours bouger le bras tendu, même quand cela faisait trois heures que j'attendais !
  • Rassurer : j'évitais de porter lunettes de soleil et casquette, pour ne pas laisser l'impression que je cherchais à dissimuler quelque chose. J'ai également apposé un drapeau français sur ma pancarte, qui rassurait beaucoup à priori.
  • J'évitais aussi de détourner l'attention sur des futilités, en évitant par exemple de porter mon maillot de l'EAG et ses multiples inscriptions.
En outre, la sécurité était pour moi primordiale : hors de question de faire du pouce au bord d'une autoroute par exemple. Je m'efforçais de trouver un lieu sûr, tout d'abord pour moi, mais également pour les automobilistes. Un lieu où les gens peuvent s'arrêter facilement, sans gêner la circulation, s'ils décident de m'embarquer. J'ai toujours préférer marcher une heure pour essayer de trouver un meilleur spot plutôt que de me contenter d'un endroit que je ne jugeais pas adapté.

Large accotement, permettant aux gens de s'arrêter sans danger

Les États-Unis

Voici quelques faits qui m'ont marqué sur les États-Unis, en vrac :

  • Leurs autoroutes sont de vrais cimetières à pneumatiques. On retrouve énormément de gommes éclatées au bord des routes. Contrairement aux pays d'Europe de l'ouest, il ne semble pas exister de vrai service de nettoyage des autoroutes aux USA.
  • Les USA sont tellement va-t-en-guerre que l'on retrouve des mémoriaux partout !
  • Tous les bancs publics (ou presque) sont à l'hommage de quelqu'un…
  • Les américains (et surtout américaines) parlent avec une voix nasillarde assez fatigante à la longue…
  • Les universités sont des lieux souvent très intéressants à visiter.
  • Les étasuniens semblent vouer un véritable culte à leurs villes et universités. Ils portent « tous » un pull, un t-shirt, une casquette à leur effigie.
  • La notion outrancière à l'argent est vraiment dérangeante. Tout est financiarisé, tout à un prix.
  • Je n'ai pas eu le sentiment qu'il existe une réelle classe moyenne aux USA : soit vous avez de l'argent, soit vous n'en avez pas.
  • Les villes ne sont pas aussi hautes que je l'imaginais. Outre New York City, il semblerait que seule la ville de Chicago dispose d'un grand quartier de gratte-ciels.
  • Quand une voiture de police par en intervention, il y en a toujours vingt-cinq autre qui suivent !
  • La France fait vendre : personne ne voudra d'un « bon caca » à 2 USD, mais tout le monde s'extasiera sur un « bon FRENCH caca » à 200 USD…

Banc à Stowe

Les clichés sur les Français

Quelques clichés sur les Français, entendus durant ces quelques semaines de voyage :

  • Paris = la France, la France = Paris,
  • Il semblerait que l'on se balade tous baguette sous le bras, béret vissé sur la tête,
  • Nous sommes radins,
  • On fume beaucoup,
  • On boit du vin à tous les repas,
  • Tous nos repas durent une éternité,
  • On ne se lave pas,
  • On doit obligatoirement trinquer avant de boire (bon, ok, ça c'est vrai !),
  • On s'obstine à vouloir attendre que tout le monde soit servi avant de daigner commencer à manger (bon, ok, ça c'est vrai aussi !).

Conclusion

La première chose qui me vient à l'esprit pour conclure est : ne laissez personne vous dire que quelque chose est impossible ! Faire du pouce aux États-Unis a été compliqué, mais loin d'être insurmontable. Bien que je n'ai croisé aucun autre auto-stoppeur sur les routes, je sais qu'il y en a d'autres qui continuent à en faire dans ce pays. Les gens qui m'ont dit que c'était impossible et dangereux n'en ont, pour la grande majorité, jamais fait de leur vie… De la même manière, sachez écouter quand on vous déconseille de faire quelque chose où d'aller quelques part, mais ne prenez pas ça comme argent comptant. Faites-vous votre propre expérience.

Théorème du singe

Le théorème du singe est une histoire enseignement utilisée pour mettre en valeur le fonctionnement du conditionnement mental à travers une expérience scientifique comportementale imaginaire menée sur des chimpanzés.

En savoir plus : Wikipédia

J'ai l'impression d'avoir constaté ce phénomène aux États-Unis plus qu'ailleurs. Il est vraiment désolant de voir à quel points ses citoyens sont, pour leur grande majorité, craintifs de tout et de tout le monde, suspicieux et vivent avec un sentiment d'insécurité permanent. J'ai vraiment le sentiment qu'ils ont perdu toute notion de confiance entre l'autre.

L'un de mes chauffeurs, en mode « Drive »

J'ai malgré tout énormément apprécié ce trip car il reste, bien heureusement, encore énormément de personnes prêtes à aider et à rendre service. J'ai pu rencontrer énormément de monde, souvent l'espace d'un instant, durant un lift, parfois d'avantage. Le couchsurfing m'a également énormément aidé. Hormis la nuit d'hôtel à 60 USD que j'ai dû payer lorsque je suis resté bloqué sur la route de New York, je n'ai jamais dépensé un dollar pour me loger. Certains de mes hôtes préféraient se contenter de m'héberger quand d'autres, plus disponibles, ont été de véritables guides dans leur ville, me faisant découvrir des endroits que je n'aurais probablement pu deviner par moi-même. La contrepartie à cela est que, faute de réel vision au-delà de deux-trois jours, j'étais obligé de passer la plupart de mes soirées à rédiger des requêtes d'hébergement. Beaucoup de temps et d'énergie, mais au final, ça en valait la peine.

En outre, même si j'avais parfois accès à un vrai lit, cela restait l'exception. En l'absence de bonnes conditions de sommeil, additionnées à une mauvaise alimentation, à la fatigue physique liée au fait de marcher énormément pour visiter chaque ville étape et à la fatigue mentale liée à l'auto-stop, j'ai commencé à me sentir épuisé arrivé à Washington. Je m'endormais parfois dans les métros, voir même dans les voitures qui me transportaient… Cela m'a poussé à revenir me reposer à Philadelphie durant une dizaine de jours, où mon hôte me proposait de m'héberger de nouveau, gracieusement. Si j'évoque cela, c'est pour essayer de faire comprendre que, même si d'extérieur ce genre de voyage peut paraître magnifique avec un quotidien tout rose, ce n'est pas forcément le cas. Essayer de voyager avec un budget minimum est loin d'être reposant. 

Le pneu de l'un de mes chauffeurs a eu un coup de mou également

De plus, l'un des inconvénients de voyager en pouce est le manque de mobilité. En l'absence de voiture, difficile de m'aventurer en dehors des villes pour découvrir l'arrière-pays, les parcs, etc. Mon budget serré m'a également laissé à l'écart de la vie nocturne et des restaurants, souvent tout aussi importants pour bien saisir l'essence d'une ville. Comme précisé plus haut, j'ai dépensé environ 1'500 € durant ces quarante-huit jours (dont dix passés à glander à Philly). Pour la totalité des trois mois et quatre pays visités, mon budget aura été d'un peu moins de 4'000 €, billets d'avions compris.

Malgré les inconvénients d'un trip basé sur l'auto-stop et le couchsurfing (que je tenais à mettre en avant pour bien montrer qu'un voyage n'est pas juste de belles photos et de belles paroles), j'ai bien conscience d'avoir eu l'opportunité (ou plutôt de me l'être créée d'ailleurs) de voir, de découvrir énormément de choses, de rencontrer énormément de gens et, je pense, de m'enrichir personnellement (je fais bien évidemment référence aux 100 USD que l'on m'avait donné sur le retour d'Atlantic City !). J'ai énormément pris goût au pouce et ne me déplace désormais plus que de cette manière. Place désormais à la découverte des provinces canadiennes ! J’avais presque oublié être en PVT… au Canada !

Poucomètre

Kilomètres parcourus en auto-stop : 4 723 kilomètres.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

– Mark Twain

5 commentaires

Ben

Article très intéressant comme d'hab. J'ai du mal à comprendre d'où nous vient ce cliché que nous ne nous lavons pas ?! C'est eux qui se lavent trop ! :)

  • il y a 1 an
Félix

FelixEtVivi

Excellent ce retour sur l'auto-stop ! Tu devrais voir avec les admin pour en faire un article dans le Mag !

  • il y a 1 an
Fabien

GxiGloN

Si tu as un contact parmi eux, je suis preneur ! :D

  • il y a 1 an

LaMum

J'aime beaucoup ce bilan avec recul sur l'auto-stop aux US mais surtout sur le road trip en lui-même avec le choix assumé du parti prix économique. La richesse des contacts en stop comme couch-surfing j'y crois. C'est une formule très courageuse avec la part de concessions (l'attente, l'incertitude de l'adresse du soir, le sacrifice des entrées payantes ou sorties...).
J'aimerais voir à quoi ressemble les chaussures de ce globe-trotteur et le contenu du sac à dos pour partir si "léger" si longtemps !!...

  • il y a 5 mois
Fabien

GxiGloN

Merci pour votre commentaire. Pour vous répondre, j'ai usé deux paires de chaussures la premières années (et quelques tubes de colle forte pour les réparer) :D

  • il y a 4 mois
1 Voyage | 100 Étapes
Montréal, QC, Canada
148e jour (14/06/2017)
Étape du voyage
Début du voyage : 18/01/2017
Liste des étapes

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